Arts

« Rembrandt et la figure du Christ » au Louvre jusqu’au 18 juillet

10 mai 2011 | PAR La Rédaction

Jusqu’au 18 juillet, le hall Napoléon du Louvre accueille une exposition centrée autour du génie amstellodamois sur le thème de la figure du Christ. Dialoguant avec des œuvres d’autres grands maîtres antérieurs, de Rogier van der Weyden à Dürer, les dessins et peintures exposées attestent l’ambition de Rembrandt d’égaler et dépasser les plus grands, témoignage de sa déférence et de sa connaissance de l’histoire de l’art qui l’a précédé.

« Une tête du Christ d’après nature » : cette appellation singulière, voire absurde, fournit le motif initial de l’exposition que présente le Louvre. Celle-ci fut apposée en 1656, à l’occasion de l’inventaire de biens et œuvres de Rembrandt, par la justice néerlandaise que lui-même sollicita alors qu’il était au bord de la faillite. La formule trouble en effet : comment peindre le Christ d’après nature ?

Les quelque 85 œuvres rassemblées pour cette belle exposition apportent un éclairage sur l’appropriation par le maître d’Amsterdam de la figure du Christ, son assimilation et ses hommages aux grands maîtres antérieurs (Mantegna, Vinci, Schongauer, Dürer… des dessins de plusieurs d’entre eux étant exposés, notamment de remarquables gravures de Lucas de Leyde), son renouvellement des motifs afférents, autour de quelques-unes de ses œuvres-phares telles que Les Pèlerins d’Emmaüs du Louvre ou Le Christ prêchant, merveilleuse eau-forte conservée à la BNF. Ce faisant, l’exposition embrasse la carrière et la vie de l’artiste tout entières, de la jeunesse à la maturité. Elle rend ainsi compte d’une recherche artistique personnelle, en même temps peut-être qu’un parcours de foi catholique. Le peintre se défait des atours dramatiques de sa jeunesse (à l’image du beau et sombre Christ en croix de 1631, qui inspire les « réponses » de ses contemporains Lievens et Backer qui l’entourent ici) et évolue vers une personnalisation et une humanisation de la figure christique.

Rembrandt se dépouille donc de la tradition d’idéalisation, renouvelant ainsi la représentation de la figure christique. (Du moins est-ce le propos de l’exposition. Il peut toutefois être nuancé si l’on se souvient d’antécédents tels le Christ de douleur d’un Albrecht Bouts ou des inouïes Crucifixions de Matthias Grünewald, ressortissant d’une tradition nordique de longue date plus encline au réalisme qu’à l’idéalisme de l’art italien.) L’ambition vériste de Rembrandt le conduit à rechercher la vraisemblance dans la représentation du Christ. A cette fin de véracité historique, il réalise des portraits (sept sont ici exposés) d’un jeune Juif qui vivait dans le quartier du peintre et qui servit de modèle pour représenter le Fils de Dieu – d’où le « d’après nature ». (On repense à l’exposition de dessins de Rembrandt au Musée d’art et d’histoire juifs en 2007, intitulée « Rembrandt et la Nouvelle Jérusalem Juifs et chrétiens à Amsterdam au Siècle d’Or », où d’ailleurs avait été exposé l’un des portraits.) Œuvres relevant donc à la fois de la représentation du Christ et du portrait, ces très beaux tableaux sont l’œuvre d’un maître du genre, ce qui n’est pas un mystère. La douceur, la pénétration psychologique, l’empathie pour  le modèle, fondent l’image d’un Christ doux, vraisemblable, peint dans sa nature humaine, incarné, en effet éloigné des modèles antérieurs, souvent plus froidement hiératiques, plus distants, ce que rappelle, par exemple, celui majestueux du triptyque de la famille Brague déplacé par le Louvre pour l’occasion et présenté au début.

Tenant d’un clair-obscur symbolique, indirectement hérité du Caravage via son maître Pieter Lastman, Rembrandt est connu pour se l’être approprié d’une manière très personnelle. Loin du tranchant du maître italien, elle ne semble guère traduire chez lui la tragique lutte de la lumière contre la ténèbre, du divin contre le maléfique, du miracle contre l’incrédulité. Elle semble plutost, modelant les formes, se diffusant en reflets dorés et mordorés à partir du Christ, dissiper l’informe, le ténébreux, adoucir le monde sous l’effet de la grâce divine, traduction d’une foi plus paisible.

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