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[Live Report] Hellfest 2019 – jour 1

[Live Report] Hellfest 2019 – jour 1

22 juin 2019 | PAR Simon Théodore

Vendredi 21 juin. Fête de la musique, fête de l’enfer. Du côté de Clisson, la cathédrale du Hellfest ouvrait officiellement ses portes à quelques 60 000 festivaliers pour un week-end métal de trois jours. Accueillant la veille la Knotfest, le site dévoilait pour la première fois la totalité de son espace.

Du black metal pour débuter la journée

Il est 8h du matin. Les milliers de festivaliers émergent tranquillement au camping et la triste nouvelle tombe. Manowar annule son show et est remplacé par les Suédois Sabaton déjà aperçus la veille. Colère pour les fans venus du Mexique, indifférence pour ceux qui connaissent les rapports du groupe avec l’hexagone, l’information anime nombre de discussions durant ce premier jour. Difficile néanmoins de ne pas retenir sa déception alors que le groupe était annoncé dès la fin de l’édition précédente. Alors que la polémique est sur le bout des lèvres de chacun, le site dévoile la richesse et la grandeur de son installation : six scènes, extrême market, grande roue, cascade d’eau et food market ; il s’agit d’une véritable petite ville qui vit au rythme du Métal.

La fin de matinée est placée sous le signe du black metal. Après avoir succéder à Khaos Dei, les Français de Aorlhac s’emparent de la Temple stage. Dans la langue de Molière, les musiciens chantent les vieilles légendes et histoires du sud de la France. « On est là pour raconter l’histoire de nos aïeux » argue le chanteur entre deux morceaux. Les riffs envoûtent les personnes présentes et la performance est épique. Malgré une trop courte durée, on passe un agréable moment. Le soleil est déjà là pour faire rougir les peaux et certains campent à l’ombre, sous le chapiteau dédié à l’art noir, pour la venue de Uada. Il est 13h30, le quatuor originaire de Portland prend d’assaut la scène. Vêtus de cuir et encapuchonnés malgré la chaleur, les musiciens s’inscrivent dans la mouvance esthétique et musicale du black metal en vogue actuellement. Les riffs sont puissants, profonds et le pit est à présent bien rempli. L’ambiance brumeuse, l’absence d’interaction avec le public, le caractère lancinant de la musique et la longueur des morceaux permettent aux fans de remuer la tête en fermant les yeux. Bien que la performance soit plus qu’agréable, on ne pourra nier que ce registre métallique gagne en puissance lorsque le spectacle se déroule dans la pénombre d’une salle.

Une scène 100% française !

Vers 16h, le post metal de My Sleeping Karma permet de s’échapper de la furie des guitares acérées et vrombissantes. De nombreuses personnes profitent de la prestation, assises au soleil sur l’herbe. Pour la première fois dans l’histoire du Hellfest, la programmation d’une des grandes scènes était dédiée au métal français. Sans aucun doute, cette idée fut une réussite et depuis le début de matinée, des noms plus ou moins importants de la scène hexagonale (Klone, Blackrain ou No One is Innocent par exemple) se succèdent. Reuno de Lofofora est toujours aussi hargneux et politisé mais la première grosse impression de la journée vient des Marseillais de Dagoba.

Les Sudistes sont de retour d’une tournée japonaise et arrive sur la mainstage sous les acclamations. Leurs prestations en plein air sont connues pour les wall of death, circle pits et autres danses métalliques. Une nouvelle fois, la prestation est sportive et l’endurance est requise. En ouverture, « I, Reptile » fait remuer la foule. La batterie assurée par Nicolas Bastos agit comme un véritable rouleau compresseur et le frontman ne cesse d’haranguer les fans. « Marseillais, loin d’être fatigué » argue-t-il avant de lancer « Black Smokers ». Dans le pit, la convivialité règne et un métalleux en fauteuil roulant est soulevé par la foule puis transporté derrière les crash barrières avant d’être réceptionné par la sécurité. Un beau moment ! Tout comme en 2014, alors que les flammes réchauffent l’atmosphère, Shawter demande à la fosse de se séparer jusqu’au bar pour lancer un wall of death d’anthologie. « The Things Within » marque la fin d’un concert aussi physique qu’intense ! Sans être véritable adepte de la production du groupe, il faut reconnaître que le groupe phocéen fait partie des ambassadeurs internationaux du métal français.

Si le concert de Dagoba fut impressionnant, celui d’Ultra Vomit fut légendaire ! Lorsque leur concert débute, il est impossible de se trouver une place dans la fosse. Les Nantais jouent à domicile et livrent l’un des meilleurs concerts de cette édition du Hellfest ! Le quatuor prouve qu’il est possible de faire du métal parodique de manière professionnelle et endiablée. La bonne ambiance plane et il est difficile de compter le nombre de canards gonflables s’envolant dans les airs. L’ombre de feu Lemmy plane durant le titre d’ouverture (« Quand j’étais Petit »). Niko, chanteur de Tagada Jones, fait son apparition sur le très punk « Un Chien Géant » et la ballade morbide « Je ne t’es jamait autans aimer » est agrémentée d’un chœur reprenant le classique des Cramberies « Zombie ». Ultra Vomit ne cesse d’inviter des gens sur scène. « Calojira » est le moment choisi par un sosie de Calogero pour investir le scène (le nombre d’articles sur internet pour savoir si c’était le vrai a d’ailleurs fait le buzz..). Plus qu’un concert, il s’agit d’un véritable spectacle vivant où l’humour côtoie le Métal. Lors de « Jesus », un chœur de gospel participe à la fête et un messie distribue des saints croissants. Aujourd’hui en pleine succès story, le quatuor n’oublie pas ses racines grindcore et « I Like to Vomit » nous rappelle la belle époque où le groupe officiait dans un registre cacophonique graveleux aux côtés des Gronibard et autres formations à l’âme poétique. Déguisé en Claude François anatidés, Andréas se déshabille pour le tube « Je Collectionne des Canards (Vivants) » et les confetti pleuvent. En guise de rappel, les deux singles du dernier Panzer Surprise !, « Kammthar » et « Evier Metal » mettent fin à un show qui s’affiche déjà comme un étape historique dans la carrière d’Ultra Vomit. Au final, les musiciens annonçaient vouloir faire mieux que Mass Hysteria et Gojira ; une chose est sûre, c’est réussi !

Une fin de journée en demi teinte 

En fin de journée, la déception est toujours présente. Les Suédois Sabaton remplacent Manowar. Alors que la voix du chanteur est fatiguée par la prestation de la veille, ses acolytes l’épaulent. Le spectacle ravit les fans du combo tandis que les autres vont voir les mythiques Hellhammer et Carcass à la Temple et l’Altar. À 1h du matin, sur une Warzone blindée, Sum 41 clôture cette première journée. Les premiers titres renvoient de nombreux fans à leur époque adolescente où les skates et baggys étaient les accessoires nécessaires (« Motivation », « The Hell Song », « We’re All to Blame »). La densité de la fosse rend les pogos et nombreux jumps impressionnants tandis que ces punk rockeurs canadiens proposent des titres plus récents pour varier la setlist. Agréable mais moins entrainants… Sur les coups de 2h du matin, après une reprise de Queen, le triptyque « In Too Deep », « Fat Lip » et « Still Waiting » achèvent les derniers courageux qui ont besoin de reprendre des forces. Le rendez-vous est alors donné au camping pour les joutes quotidiennes de brutal caddies et les danses nocturnes du Makumba.

En somme, malgré une annulation qui reste encore dans les esprits de certains festivaliers, cette première journée du Hellfest fut une grande réussite pour le métal hexagonal, notamment grâce à la programmation cent pour cent française d’une des deux grandes scènes. Dagoba confirme, Ultra Vomit franchit une étape et Gojira se positionne comme une future tête d’affiche du festival.

Visuels : (c) Mouskito

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Simon Théodore

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