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Les documentaires de la NHK sur grand écran

Les documentaires de la NHK sur grand écran

22 juin 2019 | PAR Laetitia Larralde

Jusqu’au 6 juillet, la Maison du Japon à Paris diffuse une série de documentaires réalisés par la NHK World – Japan. L’occasion d’approfondir sa connaissance des arts et de l’histoire du Japon.

Pour sa cinquième année à la MCJP, la chaîne anglophone du radiodiffuseur public japonais NHK propose de découvrir onze films originaux. Si la majorité des films sont des documentaires, l’un d’eux est une série historique : The Founder. Reconstitution en costumes, la série s’intéresse à la création au début du XVIIeme siècle d’Edo, ancienne Tokyo, par Tokugawa Ieyasu, l’unificateur du Japon et premier shogun. On suit la tâche ardue de transformer un village marécageux servant de quartier général pendant la guerre en nouvelle capitale, avec le problème de l’eau pour focus. Comment assainir l’embouchure de plusieurs rivières, éviter les inondations fréquentes, et surtout, comment approvisionner une population toujours grandissante en eau potable? La série souligne l’ingéniosité du système de canalisations tout en romançant l’histoire, pour un résultat typiquement japonais.

Gros plan sur les artistes

Les artistes constituent le thème le plus récurrent des documentaires. Du maître de l’animation Hayao Miyazaki, au pianiste syrien Aeham Ahmad en passant par des créateurs d’art brut, l’éventail des profils est large. Chez chacun des artistes, le besoin presque vital de créer est sensible. Miyazaki a dédié sa vie entière à l’animation, cherchant inlassablement à s’améliorer et innover, même après ses grands succès. Le documentaire en quatre épisodes qui lui est consacré le suit sur une période de dix ans et commence à la genèse de Ponyo sur la falaise, mettant en lumière un processus créatif libre et atypique. Mêlant vie personnelle et création, on apprend à connaître Miyazaki, discret derrière ses films, bien qu’il mette de lui dans chacune de ses œuvres.

Dans un processus créatif très différent et beaucoup plus viscéral, Creation from the obscure suit trois autodidactes représentants de l’art brut japonais contemporain. Ils manifestent tous les trois cet élan primaire qui les pousse à créer, sans intellectualiser leur production, ni remettre en question cette pulsion. Exposés au Lieu Unique à Nantes en 2017 parmi 42 artistes d’art brut, l’art est devenu pour eux un moyen de survie, de lien avec eux-mêmes et avec l’extérieur.

The Lost Hokusai prend une forme différente en intégrant des passages en animation. Utilisée pour évoquer des passages de la vie d’Hokusai, le choix est pertinent de faire appel au dessin. Le documentaire s’intéresse à la reconstitution d’une peinture du maître, disparue lors de l’incendie du temple qui l’abritait. A partir d’une seule photo noir et blanc, en utilisant techniques traditionnelles et technologies de pointe, la peinture de presque trois mètres retrouve ses couleurs et commence sa nouvelle vie au Sumida Hokusai museum de Tokyo.

Renaître après le drame

Autre thème commun à plusieurs films, la question de la reconstruction après une catastrophe est très présente. Si la renaissance de la peinture d’Hokusai en est un exemple, celle d’Hiroshima en est un autre poignant. Un artiste américain, Cannon Hersey, petit-fils d’un homme qui a écrit sur sa visite de la ville un mois après l’explosion de la bombe et sur ses rencontres avec des survivants, s’intéresse aux arbres survivants dans Survivor trees. Parsemant la ville, réduits à un tronc nu, ces arbres ont constitué un symbole fort d’espoir et de renaissance en repoussant malgré le traumatisme. Un mois après l’explosion, l’herbe recouvrait déjà les ruines de la ville, montrant la résilience de la nature et sa capacité implacable d’adaptation.

The pianist from Syria pose lui aussi la question de la reconstruction, particulièrement ici celle des réfugiés de Syrie. Un jeune pianiste syrien réfugié en Allemagne utilise la musique pour reconnecter les enfants à leurs racines et recréer le lien dans les familles traumatisées par la guerre. En s’inspirant de la reconstruction d’Hiroshima, il cherche l’espoir nécessaire pour rêver la renaissance de son pays.

 

Ces films de la NHK World mettent en relief la force de la création. Vision d’un shogun, besoin viscéral de peindre, renouveau inéluctable de la nature : un message d’espoir sous-tend cette série, un optimisme qui peut renaître malgré les catastrophes. A découvrir cet été à la MCJP.

 

Projections jusqu’au 6 juillet à la Maison de la Culture du Japon à Paris
Programme ici

visuels : NHK World-Japan – The Lost Hokusai, 10 years with Hayao Miyazaki, Creation from the obscure, The Founder

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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