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Metal : Devildriver, Beast

Metal : Devildriver, Beast

03 mars 2011 | PAR Vincent Brunelin

Deux ans après un Pray for Villains mi-figue mi-raisin, Dez Fafara et sa bande réveillent la bête qu’on croyait définitivement endormie avec un album moins immédiat mais plus brutal qui marie le heavy et le death en passant par le thrash avec une habileté insoupçonnée. S’il ne révolutionne pas le paysage metal, Beast fait montre d’une évolution certaine et salvatrice dans l’univers de Devildriver.

Il semblerait que le groupe ait (enfin) fait le deuil de feu Coal Chamber (la première formation du frontman déjanté Dez Fafara) et s’éloigne définitivement de ce style certes efficace mais redondant et, à la longue, peu inspiré. Finis aussi les atours groove metal dont il se parait à ses débuts. Devildriver fait sa mue en approfondissant les mélodies et un riffing plus complexe sans jamais se départir de sa rage d’antan, bien au contraire.

Symboles de ce changement, une production particulièrement léchée, un son lourd qui fait la part belle aux envolées techniques des guitares, et des compos plus tortueuses exécutées à un rythme étourdissant.

L’évolution sans doute la plus marquante concerne le chant de Dez Fafara. Il dévoile une palette vocale étonnamment variée, jouant sans cesse aux questions-réponses entre les grognements rauques qu’on lui connaît et des hurlements aigus beaucoup plus surprenants (dans le très heavy « Hardened » ou les couplets aux consonances black metal de « Shitlist » notamment). On peut cependant déplorer que son timbre rocailleux si particulier soit par moments noyé dans une surenchère de pistes et d’effets.

Si on veut bien franchir le cap de la première écoute, il se dégage de ce nouvel album une maîtrise redoutable. Soutenu par un jeu de batterie diaboliquement efficace, Devildriver explore les sous-genres du metal avec une grande virtuosité.

Pourtant, le survol des premiers titres laisse présager un relatif ennui. Des riffs répétitifs (le single qui ouvre l’album, « Dead to Rights ») et des chansons qui peinent à accrocher l’oreille immédiatement. Moins abordable que les opus précédents, Beast se révèle progressivement, au gré des gimmicks puissants et des solos ravageurs.

Au détour de ce déluge sonique, le groupe multiplie les cassures rythmiques avec à propos, distille quelques courtes intros mélodiques (« Shitlist » toujours) et achève de nous convaincre avec plusieurs refrains imparables (« You Make Me Sick ») et entêtants (la reprise du classique de 16 Horsepower « Black Soul Choir »). Il passe allègrement du metalcore de « Bring The Fight (To the Floor) » à un hymne thrash/death dans la lignée de Pantera ou Machine Head avec l’intense « Coldblooded ». Et après le virage final clairement orienté vers un death mélodique, on se dit qu’on tient à coup sûr l’une des pépites metal de ce début d’année 2011.

On pourra d’ailleurs découvrir la puissance de feu de Devildriver sur scène, lors du prochain Hellfest. Avis aux amateurs…

Devildriver, Beast (Roadrunner), 2011

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Vincent Brunelin

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