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Live Report’: Orchestre National de France et Beethoven, entre amélioration et insatisfaction

Live Report’: Orchestre National de France et Beethoven, entre amélioration et insatisfaction

07 novembre 2012 | PAR Marie Charlotte Mallard

Pour le deuxième concert du cycle Beethoven, L’orchestre National de France dirigé par Dianele Gatti donnait à entendre la deuxième et la sixième symphonie, ainsi qu’une œuvre inédite de Bechara El Khoury, Espace-Fragmentations, poème symphonique n°6. Après une prestation moyenne et inégale jeudi dernier, on attendait de voir l’orchestre se ressaisir et les cordes notamment redresser le niveau.

Si les premières notes de la Deuxième Symphonie nous ont un moment laissé présager du pire (premières attaques imprécises et fausseté chez les violons), on ne peut nier que la prestation fut hier soir bien meilleure que la précédente. De manière générale, l’orchestre fait preuve de beaucoup plus d’implication que pour lors de l’exécution de la première symphonie jeudi dernier, plus de son, plus d’ampleur, et également plus d’intensité. Dans la deuxième symphonie de Beethoven, transparait continuellement solennité et noblesse, énergie et fierté, candeur et fougue. Des caractères que Gatti met parfaitement en lumière par le ménagement soigneux du tempo, assuré, posé, souple sans non plus faire preuve de trop de véhémence. De même, l’extrême précision quant aux nuances qu’il tente continuellement d’imposer à ses musiciens, soucieux de laisser la parole à chacun, de faire ressortir chaque instrument, témoigne de beaucoup de finesse et de justesse dans l’interprétation du maestro et permet de faire ressortir de l’œuvre tendresse, clarté et candeur. Toutefois cela ne suffit malheureusement pas totalement à nous faire voyager, un manque d’écoute, d’harmonie et d’unité gènent malheureusement encore le plein abandon à la musique.

La création de Bechara el khoury, Espace-fragmentation reçut un accueil mitigé. Plus abrupte que celle de Fabien Waksman, peut-être moins accessible également, de par les dissonances et le morcellement thématique qui la caractérise. Aussi, elle interpelle et dérange en même temps par les couleurs angoissantes qu’elle dégage. Désorganisée, elle évoque volontiers l’univers des films d’Hitchcock. Fourmillements, accents meurtriers, interventions tonitruantes et percutantes des cuivres créent un suspense étrange auquel on s’accroche, poussé par la curiosité de savoir quel rebondissement viendra nous surprendre et nous faire sursauter. Un climat sombre, terrifiant, grave et inquiétant qui ce lundi soir sembla refroidir quelque peu l’assistance du Théâtre des Champs Élysées. Le public applaudit donc mollement les deux exécutions.

 

Enfin, point d’orgue du concert, très attendue par le public, la Sixième Symphonie dite Pastorale l’une des plus connue du compositeur. Sans doute également l’une des plus poétiques, comme en témoigne les titres des différents mouvements tel éveil d’impressions agréables en arrivant dans la campagne, scène au bord du ruisseau pour ne citer que les deux premiers. Avant même que Gatti ait levé sa baguette l’on sent l’orchestre davantage concentré et attentif que pour la deuxième symphonie. L’œuvre peint le doux calme de la campagne et les mœurs des bergers, ces réunions joyeuses de paysans du nom du 3ème mouvement, mais également la nature bienfaisante, protectrice, généreuse, qui si elle peut se montrer colérique et rageuse comme dans le 4eme mouvement évoquant l’orage et la tempête, reste porteuse néanmoins de vibrations providentielles. En effet, après la pluie vient le beau temps et avec lui les élans de joie des paysans évoqués par le dernier mouvement. Malgré un départ un peu abrupt aux cordes, l’éveil de la nature est parfaitement retransmis dans le premier mouvement. On salue notamment la prestation du hautbois, lumineux, aérien, enchanteur et enchantant et de façon générale l’ensemble du pupitre de bois qui tout au long de la symphonie fut d’une exactitude et d’une constance admirables. Le deuxième mouvement laissait entendre un climat à la fois doucereux, tendre et naïf. Contrairement au précédent concert l’orchestre semble prendre du plaisir à jouer cette sixième symphonie et s’amuser enfin, particulièrement dans les troisième et cinquième mouvements que joie et fête déterminent particulièrement. La prestation sera d’ailleurs largement applaudie par le public enfin satisfait de l’exécution, et Gatti rappelé par quatre fois pour saluer sur scène.

Néanmoins, l’on regrette toujours de ne pas réussir à être pleinement transporté par un orchestre qui étant donné la renommée, le statut et la qualité des musiciens qui le compose, devrait nous livrer des prestations bien plus abouties si ce n’est parfaites. En cause, encore une fois le pupitre de violon qui bien que faisant preuve de plus de cohésion manque toujours cruellement de subtilité dans ses interventions, mais également celui des cuivres et particulièrement les cors, dont les attaques crachotantes tout au long du concert ne manquèrent pas de nous agacer. On espère donc que jeudi l’ONF sera enfin pleinement au point, et les cors au rendez-vous d’autant que sera donnée la célèbre cinquième symphonie.

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Marie Charlotte Mallard
Titulaire d’un Master II de Littérature Française à la Sorbonne (Paris IV), d’un Prix de Perfectionnement de Hautbois et d’une Médaille d’Or de Musique de Chambre au Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise, Marie-Charlotte Mallard s’exerce pendant deux ans au micro d’IDFM Radio avant de rejoindre la rédaction de Toute la Culture en Janvier 2012. Forte de ses compétences littéraires et de son oreille de musicienne elle écrit principalement en musique classique et littérature. Néanmoins, ses goûts musicaux l’amènent également à écrire sur le rock et la variété.

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