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[Live-Report] L’orchestre de chambre de Paris et Gavin Bryars ont ouvert le Festival Temps d’Images

[Live-Report] L’orchestre de chambre de Paris et Gavin Bryars ont ouvert le Festival Temps d’Images

10 octobre 2012 | PAR La Rédaction

Hier soir, les happy few se pressaient au 104 où le si beau lustre de Joana Vasconcelos rend la froide nef chaleureuse.  Depuis hier et jusqu’au 21 octobre, au 104 donc mais aussi à la ferme du Buisson et sur les écrans d’Arte se déroule un anniversaire, celui des 10 ans du Festival Temps d’Images qui  donne à voir des formes hybrides comme on les aime. Du théâtre, de la performance, de la musique, de la vidéo.  Exigez le programme !

En guise d’ouverture grandiose nous avons eu l’occasion rare de redécouvrir l’oeuvre culte de Gavin Bryars « Jesus’ Blood never Failed me »,ce monument auquel Tom Waits avait notamment prêté sa voix et ici interprété par l’Orchestre de chambre de Paris, sur une création vidéo du réalisateur Olivier Smolders et du photographe Jean-François Spricigo.

En 1971, le compositeur Gavin Bryars prépare alors un documentaire sur les sans-abris. Il fut touché par la voix d’un homme. Cette partition fut créée à partir de l’enregistrement d’une litanie fredonnée par un SDF londonien. Sa voix arrive seule pour débuter, longtemps, hésitante et étrange, ensuite viendront tous les instruments de l’orchestre de chambre de Paris emmenés par Pascal Rophé, qui a notamment dirigé l’orchestre de Radio France et qui ici, se confronte avec bonheur avec une spatialisation plus qu’originale.

L’espace est circonscrit par quatre écrans, qui resteront opaques, silencieux, tout comme les instrumentistes de l’orchestre le temps que ces treize mesures installent leur emprise.  Ensuite chaque groupe de musiciens s’éclairera et jouera à son tour et en boucle sa partition avant d’être rejoint par le groupe suivant dans une accumulation qui n’efface jamais l’autre. L’écoute se densifie, cette répétition obsessionnelle, avec sa douceur infinie, réveille des images bien avant qu’elles ne commencent à apparaître sur les écrans. Leur surface aveugle va s’animer comme pour accueillir ces réminiscences, des projections qui semblent sourdre de l’inconscient de chaque spectateur désormais sous leur emprise. Cette lente apparition, l’attente et le travail de l’imagination auquel elle laisse une juste place, donnent la mesure de l’intelligence sensible de la proposition signée conjointement par le réalisateur Olivier Smolders et le photographe Jean François Spricigo. Artisans aguerris de l’image, qu’ils poussent souvent, dans leurs travaux respectifs, dans ses derniers retranchements, les deux artistes connaissent sa puissance écrasante, ici libérée par à-coups, selon une subtile partition qui engage de surprenantes résonances avec l’œuvre de Gavin Bryars, s’avance parallèlement à cette dernière, sans jamais étouffer les germes de l’imaginaire. Pas de trame narrative, mais des moments qui pourraient évoquer la vie de tout un chacun : des jeux de l’enfance, la balançoire, le bord de mer, la mort dans les allées d’un cimetière, le mariage et une naissance, des temps d’errance et des temps d’oubli. Des sourires, des yeux grands ouverts, graves ou rieurs, des petits gestes – la façon dont on sert les poings en dormant, le fait de courir un peu de biais – nous permettent de nous reconnaître, d’activer des liens de parenté imaginaires avec ces visages anonymes, réveillent des affects insoupçonnables dans la relation qui s’instaure avec eux.
Au delà des spécificités du médium, les photographies de Jean François Spricigo et les séquences extraits des films d’Olivier Smolders s’engagent dans des jeux rythmiques étonnants : la persistance obsessive d’un regard fixe et l’éclat de vie d’une course sans cesse recommencée se contaminent réciproquement. Une même texture granuleuse les caractérise, fortement contrastée, avec des noirs profonds et des blancs laiteux, éclatants. Le flou dense, mouvementé des photographies qui donne l’épaisseur d’un réel qui n’est pas nommé, mais rendu sensible, fait écho à l’indétermination immémoriale dans laquelle nous recevons des films conçus selon le principe du found footage, et les séquences oniriques ouvrent un accès à la richesse archétypale que manifestent souvent les archives anonymes, quand elles sont libérées des signes qui les rattachent à une histoire individuelle et singulière.

Cette magnifique ouverture, la dixième édition d’un festival intitulé Temps d’images laisse une véritable place à la vie, aux imaginaires épars et diffractés et à la musicalité qu’ils contiennent en puissance. Il y va en effet, dans cette installation de l’écoute tout autant que du regard, de rythmes intérieurs, de sursauts d’instantanés figés et de pulsations de la pellicule. Dans une époque ou l’image est devenue un outil tout puissant au service du matraquage médiatique, cette proposition d’une rare générosité nous est précieuse. Voir l’orchestre de chambre de Paris s’associer à l’image pour magnifier la voix d’un oublié.  Quelle merveille.

Smaranda Olcèse et Amélie Blaustein Niddam

visuel : ABN

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