Musique

[Live-Report] : LFSM, Mirel Wagner & Dillon au Théâtre de la Cité Universitaire (24/03/2012)

25 mars 2012 | PAR Yaël Hirsch

Cette année le festival Les femmes s’en mêlent a investi la Coupole du Théâtre de la Cité Universitaire. Après Dark Dark Dark et Dom, vendredi 23 mars, c’était au tour de  deux voix aussi marquantes que différentes d’envoûter le palais des étudiants étrangers de Paris. Live-Report.

Sous le dôme du Théâtre de la Cité Universitaire, dont l’acoustique est juste formidable, le décor était planté en noir et blanc pour le festival LFSM. Teinte noire sur noir et gros néon aux lettres du festival.

Arrivée seule avec sa guitare arme et sa concentration pour unique secours, la très attendue finnoise Mirel Wagner a vraiment su habiller pauvres et malandrins de sa voix de velours. Il y a beaucoup d’amour et aussi beaucoup de mort dans ses chansons terribles, qui ont toutes la gravité de berceuses composées pour le corps d’un enfant mort. Elle a d’ailleurs commencé par le titre « Despair » et a immédiatement accroché toute l’attention du public en nous annonçant que « Toutes les étoiles étaient descendues ». Ce festin d’après le désastre, elle l’a livré sobrement, les yeux fermés et concentrés sur une émotion absolument contagieuse. Elle s’est présentée, a remercié plusieurs fois l’audience pour son écoute quasi-religieuse, et toutes les deux chansons, nous a nommé juste les titres de ses chansons (qui sont presque tous formés d’un seul mot) et a spécifié si certaines étaient nouvelles et ne figuraient pas sur son album éponyme. L’enfance est arrivée dès les souvenirs de vélo et d’exil avec « No Hands », puis il y a eu le chagrin d’amour avec « Red ». Un blues d’une pureté de diamant. Puis l’inquiétant « Dream ». Avec des mots anglais simples que son timbre de Billie Holliday remplit d’images bouleversantes, elle en est arrivée au thème du Stabat Mater, qu’elle a su complétement réinventer quelques part entre l’Éthiopie et la Finlande : d’abord « Lean on me », un nouveau morceau où la responsabilité survit à la mort. Puis avec le  premier single de son album « No Death », où la chanteuse assiste au refroidissement du corps de l’être aimé en jurant que « le  » mort (c’est un « he » chez Mirel Wagner) ne les séparera pas. La gorge aussi serrée que son public, elle a enchaîné sur une chanson un tout petit peu plus légère bien qu’aussi désespérée  « Who am I to sing a love song ». Puis elle a convié la figure de « Joe » condamné à mort et qui supplie qu’on dise à sa mère au-revoir pour lui et qu’il a été un « bon garçon ». Nostalgique, elle a fêté « The Well ». Et toujours avec autant de simplicité, elle a livré en bis le premier titre de son disque  » To the Bone ». Ajouter  des superlatifs à la description de tant de terrible beauté ne servirait à rien; Nous traduisons donc un extrait de cette dernière chanson :  « Ton amour me traîne vers le fond / Comme les vêtements quand on nage/ Au fond, plus au fond/ Comme les racines d’un vieil arbre / Mon cœur n’a pas de maison/ Tu m’as fait des bleus jusqu’aux os/ Ma chère Petite/ Ca va aller/ Tes bleus vont disparaître / Et tes os n’ont pas cassé ».

A peine le public a-t-il pu se remettre de l’émotion causée par Mirel Wagner qu’un homme en noir est entré en scène. Complice de l’allemande Dillon, il a ajouté un beat musclé à la musique jusqu’ici très piano-voix-intime de la diva. Surprenant (notamment par rapport aux superbes chansons acoustiques de la belle), un brin  adolescent, le concert de la Berlinoise était un véritable son et lumière. Habillée en moine avec gros godillots sous la soutane, la belle a joué la mystérieuse : on n’ a jamais vraiment vu son visage pendant qu’elle battait d’un bras de corbeau le rythme électro qu’elle accompagnait d’une voix extrêmement puissante et aux modulations dignes de Regina Spektor. En revanche, à temps, c’est la salle qui était éclairée par le dôme et souvent les 18 projecteurs placés derrière les deux musiciens agressaient le public en mode stroboscope. certains sont immédiatement entrés dans la rave et se sont levés pour danser, d’autres ont dû sortir, tant le son était fort. Les paroles étaient difficiles à saisir- quand il y en avait car la chanteuse psalmodiait souvent des sons quasi-religieux. Une jolie performance gothique-éléctronique, encore renforcée par deux bis de Dillon, seule au piano, qui nous a prouvé qu’elle n’avait pas besoin des sons produits par les ordinateurs de son complice pour nous emplir les oreilles. Plus expérimental que prévu, donc, et il n’est pas sûr que le côté techno apporte grand chose au talent de la belle cachée.

LFSM continue toute la semaine prochaine à Paris, tout le programme,  ici.

Photos : Yaël Hirsch

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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