Musique

[Live report] José Gonzalez, Joey Bada$$ et Ratatat au We Love Green

[Live report] José Gonzalez, Joey Bada$$ et Ratatat au We Love Green

01 juin 2015 | PAR Pierrick Prévert

La veille les habits des festivaliers du We Love Green étaient courts, très courts, afin de profiter au mieux du soleil. Les prélassements dans l’herbe, avec leurs œillades complices, laissaient deviner un prélude timide aux amours estivales, le tout sur les rythmes terriblement efficaces de Django Django et de Christine and the Queens. Aujourd’hui, avec une arrivée sous la pluie, un ciel gris, et de nombreux festivaliers en cirés jaunes et bottes, on s’approchait plus de l’ambiance d’une visite de famille chez un vieil oncle breton. Contre mauvaise fortune météorologique les artistes auront fait bon cœur, et nous avons assisté aux concerts de Flavier Berger, Citizens!, Låpsley, José Gonzalez, Joey Bada$$, Julian Casablancas ainsi que Ratatat.

A peine arrivés, le pas preste pour éviter les gouttes, nous nous dirigeons vers la scène « Dancefloor », où Flavien Berger (déjà vu ici) nous attend pour nous proposer dans une coïncidence troublante, sinon coupable, l’univers aquatique de son Léviathan (le nom de son album). Tout au long d’un set solo, agrémenté d’une projection vidéo basée sur l’univers du jeu vidéo Second Life, l’électro-crooner parisien capte et conquit un public d’une centaine de personnes au départ, à plusieurs centaines à la fin, sans difficulté. Ainsi dès « Bleu sous-marin », deuxième titre joué, les premiers déhanchés apparaissent pour se propager dans le public — ils ne les quitteront plus. De « La Fête Noire », où il lancera d’ailleurs son micro autour du cou comme on enroulerait une écharpe pour se mettre sur son synthé, à « Océan Rouge », en passant par « 88888888 », « Gravité » où, joignant le geste à la parole il se retrouvera à genoux, tout le monde se laisse prendre à son jeu et ce malgré quelques maladresses. En terminant son set par le très réussi morceau fleuve « Léviathan », il confiera visiblement impressionné que « c’est la première fois [qu’il] joue devant autant de personnes ». Si ses performances sont toutes aussi réussies, il aura très vite l’occasion d’y habituer.

Nous nous rendons ensuite vers la grande scène afin d’y être accueillis par les londoniens de Citizens!. Tom Burke, le chanteur, porte un blouson aux manches argentées et au dos duquel est écrit « EUROPEAN SOUL« , du nom de leur dernier album, un jean slim et des souliers vernis, comme un petit minot qui sait se jouer des cœurs. Tout au long de leur set, Citizens! couvrent l’ensemble du spectre sentimental amoureux : des amours qui ne sont pas ou plus réciproques (Have I Met You?), aux séparations approchantes (Waiting for your Lover), amitiés perdues (Caroline), aux déclarations d’amour enflammées (Only Mine) ou outrancières (I’m In Love With Your Girlfriend), chacun peut butiner dans ce miel de quoi s’identifier. Ainsi, c’est sans trop de difficulté que le public se laisse emporter par la synthpop sentimentale du groupe et suivra d’ailleurs volontiers l’invitation à chanter lancée sur My Kind Of Girl.

C’est ensuite au tour d’une très heureuse découverte du jour, la britannique Låpsley, qui développera une magnifique soul électronique minimaliste. Depuis un an l’artiste voit sa carrière exploser : son premier court EP enregistré dans sa chambre puis publié sur soundcloud a rencontré un vif succès, ce qui l’a amenée à être diffusée en radio et, de fil en aiguille, la voilà un an et un EP plus tard sur la grande scène de We Love Green, toute vêtue de noir comme les deux musiciens qui l’accompagnent. Elle comblera les lacunes de son répertoire nécessairement modeste avec une jolie reprise de Rhiannon de Fleetwood Mac, et gratifiera même les festivaliers d’un morceau non encore publié et intitulé « Take a Minute« . Un des moments de grâce de la journée sera le souvenir d’elle, seule sur scène, avec sa grande blouse noire, assise sur son tabouret avec le clavier à hauteur des genoux, en train de chanter le morceau « 8896 » d’une voix qui véhiculait bien plus d’émotions que de mots. « This songs means a lot to me« , prévenait-elle.

Profitant du changement de plateau et pour rappeler à tout le monde que nous sommes dans un festival citoyen, écolo et responsable, le « capitaine » Paul Watson est brièvement introduit sur la grande scène pour rappeler l’échéance approchante de la COP-21. Il y développera un discours sur l’insuffisance des politiques et l’indispensable mobilisation citoyenne pour changer les choses, prenant en exemple les actions menées par son organisme au travers du monde, la Sea Shepherd Conservation Society et invitera à poursuivre le débat sur ces questions à l’espace « Think tank » du festival.

Quand José Gonzalez s’empare du micro, d’abord tout seul en ouvrant sur Crosses, titre issu de son album Verneer, le silence se fait. C’est ainsi avec José Gonzalez, c’est beau, ça interpelle, alors le silence s’impose comme un respect. Son groupe le rejoint ensuite et l’ensemble interprète délicatement chansons lentes et calmes qui seraient idéales à écouter allongés dans l’herbe et au soleil. Mais le temps ne s’y prête pas, aussi le public semble se lasser un peu et trépigne. Ainsi, quand résonnent les premières notes de « With The Ink Of A Ghost » et que les discussions nombreuses et bruyantes du public se mêlent à la mélodie, on imagine le concert définitivement perdu. C’est alors que le groupe mystifie tout le monde en repartant sur des chansons plus énergiques et jouées particulièrement vivement (pour un concert de José Gonzalez), telles que Let It Carry You, Killing For Love, Teardrop (reprise de Massive Attack) et Down The Line sur laquelle le batteur cassera même une baguette (!) qu’il jettera vers le public. Bien évidemment tout le monde l’attendait, alors le concert se terminera sur Heartbeats, la fameuse reprise des Knife et morceau signature s’il en est.

Changement radical d’ambiance avec le débarquement du hip-hop de Brooklyn à Paris, en la présence de Joey Bada$$, qui sera introduit sur scène par le DJ Statik Selektah, ami du collectif dont Joey Bada$$ est cofondateur. Ils seront rejoints plus tard par Dyemond Lewis qui viendra donner la réplique et aider à quadriller la scène pour défier le public. La sono crache les hits, comme le morceau Teach Me, ou des morceaux plus vieux (tel 95 Till Infinity) devant un public survolté qui, comme un seul homme, marquera pendant tout le concert le rythme le bras en l’air. Joey Bada$$ en profitera pour rappeler qu’il s’agit du festival We Love Green et qu’il adore le « green », en prenant la peine de bien insister pour faire comprendre le fameux « green » dont il parle, et qui se fume. Un instant particulièrement touchant, pour qui a suivi l’histoire du bonhomme, sera quand Joey Bada$$ demandera au public de lever sa main, en faisant le signe « V » avec les doigts, en l’honneur de deux anciens membres de Pro Era : un doigt pour Capital Steez, qui s’est suicidé à Noël en 2012 et l’autre pour Junior B, son cousin, mort des suites d’un accident de voiture en décembre dernier, ce qui avait poussé Joey Bada$$ à annuler sa tournée européenne. Il clôturera son set sur « Survival Tactics » devant un public satisfait mais qui n’aurait pas été contre une heure de plus.

Le concert de Julian Casablancas+The Voidz commence alors que le crachin, qui se maintenait depuis le début de l’après-midi, se transforme en véritables averses : les instruments sont reculés sur scène, mais rien n’y fait. En quelques minutes, tout est trempé et seules les toilettes écolos du festival restent sèches. La foule se disloque devant la scène, certains courent à l’abri d’arbres lointains, les VIPs et autres accrédités se réfugient sous le petit chapiteau qui leur est dédié, alors que d’autres se rendent vers l’autre scène un peu mieux abritée par les arbres. Certains, probablement, ont aussi décidé de rentrer chez eux. Les plus motivés, décidément peu nombreux, resteront devant la scène. Julian plaisantera de la situation, soulignant à quel point il est plaisant de jouer sous la pluie et ajoutera qu’il pensera désormais à demander la pluie comme condition dans ses riders. Mais au vu du spectacle offert par le chanteur des Strokes on se dit que, finalement, partir n’est pas ce qui a pu arriver de pire au public tant le groupe peine musicalement à convaincre — et ce n’est pas faute de la part des musiciens de donner tout ce qu’ils ont. Que ce soit Father Electricity, Crunch Punch, Business Dog, Take Me In Your Army ou encore la finale Dare I Care (introduite comme « Do I Give A Fuck?« ), pour ne citer que ceux-là, tous les morceaux se ressemblent dans leur côté déstructuré, écrasé, noisy. C’est foutraque et ça sonne en live encore plus mal qu’en enregistrement.

La crainte de voir le festival totalement déserté suite à l’orage disparaît quand Ratatat, que l’on pensait disparus ces dernières années et qui, à l’occasion d’un nouvel album approchant, sont présents sur tous les festivals (Coachella, Primavera…) ouvrent leur set sur le morceau Pricks of Brightness, une piste non encore publiée de leur nouvel opus. Presque instantanément,  surgissant de nul part, les festivaliers se groupent et c’est carton plein sur la grande scène. La pluie, redevenue fine, est toujours présente mais peu importe : tout le monde danse au rythme des morceaux électro-rock du duo new-yorkais. Et si le doute était encore permis chez certains de savoir sur quel pied danser, le deuxième morceau (Loud Pipes de l’album Classics), achève de mettre tout le monde d’accord. Suivent ensuite des titres de LP4 (Neckbrace, Grape Juice City) comme de LP3 (Falcon Jab, Mirando) et bien évidemment d’autres de Classics (Wildcat, Gettysburg). Finalement assez peu de nouveaux morceaux de l’album en préparation seront joués sinon, en plus de Pricks of Brightness, Cream on Chrome, publiée dernièrement en single, ainsi que Abrasive. Pendant tout le show derrière le groupe défilent et pivotent sur des écrans des bustes, des nuages, des visages, des oiseaux (aigles, pigeons, colombes…) ou des lions sur Wildcat. Le groupe fait le show, basculant d’un instrument à l’autre dans des chorégraphies travaillées, pointant les guitares au ciel, et venant défier le public par moment. Alors que la météo et le concert précédent laissaient craindre un naufrage, du point de vue du public les Ratatat n’auront non seulement pas quitté le navire We Love Green mais ils auront même sauvé la soirée.

visuels : Pierrick Prévert

Gagnez 1×2 pass pour le Festival L’Edition de Marseille les 12 & 13 juin
Le prix Albert Londres est décerné à Luc Mathieu, Cécile Allegra et Delphine Deloget
Pierrick Prévert

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *