Electro
[Live report] Flavien Berger au Point Éphémère

[Live report] Flavien Berger au Point Éphémère

27 mai 2015 | PAR Bastien Stisi

Pour fêter la sortie de son premier album, dont on a déjà souvent vanté les formidables mérites au cours des dernières semaines, Flavien Berger a choisi le Point Éphémère, et ses rives bordées par les flots incertains du canal Saint-Martin…

Mais malgré les regards jetés par quelques courtisans à l’imagination bien développée (et à la bière bien digérée…), rien de monstrueusement colossal ne jaillira de ces eaux-là. Le canal n’est de toute manière pas assez profond. Car la bête étrange (ou plutôt en l’occurrence, le gentil schizo en permission), c’est bien à l’intérieur du club qu’il se trouvait hier soir. Et peu importe que ce garçon-là, dont la release est sold-out depuis longtemps, soit seul sur la petite scène du club, simplement entouré par ses sampleurs, ses claviers, et son micro déformateur de cordes vocales : Flavien Berger, nouveau témoignage équivoque, est décidément aussi bizarrement gigantesque que le Léviathan que nomme le titre de son album paru chez Pan European Recording, son label qu’il remerciera à plusieurs reprises durant le concert (c’est aussi celui de Koudlam, de Buvette, de Judah Warsky).

Alors, pour fêter l’événement et la sortie du premier élément (le troisième en réalité, puisque ses deux premiers EP Glitter Gaze et Mars Balnéaire méritaient bien plus d’attention que nombre de LP) de quelque chose d’aussi impressionnant, les petits plats sont mis dans les grands, et des paires de lunettes en 3D sur le nez des gens. Les plus chanceux (parce qu’il n’y a pas autant de lunettes que de nez), pourront ainsi voir le concert, et tout spécialement les mises en scène du déjà culte « Océan Rouge » (une espèce de torche synthétique est brandi) et de « 88888888 » (un hélicoptère mécanique avec une boule à facettes fait écho aux paroles du morceau) avec la vision aussi troublée que la voix souvent vocodée de Berger. Rien n’est normal, et tout est bon.

La foule, ainsi parée, ressemble à une horde de zombies sous MD venue célébrer avec excitation (ça hurle dans tous les coins…) l’avènement du futur, avec l’espoir secret que la pop de demain ressemblera vraiment à cette association de techno décérébrée et d’electronica cérébrale toujours portée par des paroles chantées dans un français toujours lettré, toujours intelligent, jamais pédant.

Flavien a ainsi raison de le chanter : sa release party ressemblera à cette « fête foraine devenue noire » évoquée par le tube le plus pop de son album (« Fête foraine », qu’il saccade et rénove malheureusement un peu trop), mêlant les instants de sombre bacchanale (« 88888888 », « Inline Twist ») et les instants de déprime pas vraiment assumés (il le dit pourtant en sourdine : l’album parle d’amour perdu et de longues descente aux Enfers…), toujours gérés avec une autodérision et un second-degré très décalé (il se la joue crooner de bas-fond au piano sur « Rue de la Victoire »), comme s’il n’était pas vraiment certain de vouloir vraiment prendre tout cela au sérieux. Ça l’est pourtant, et essentiel même sur l’interprétation de « Léviathan », ce morceau phénoménal et allongé qui clôture l’album et amènera même sur scène deux violoncellistes, venus donner le temps d’un morceau magistral un peu d’organique aux samples fantomatiques jusqu’ici véhiculés. C’est sublime, comme l’ovation, logique, qui ponctue le set de Berger et de son troupeau d’adeptes qui le suivront encore, s’ils en ont la possibilité,  ce week-end au We Love Green, puis à La Route du Rock en août.

Visuels : (c) BS

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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