Musique

(Live Report) John Cale au Trianon, un retour vers le futur raté

15 février 2013 | PAR Lucie Droga

Fondateur du mythique groupe The Velvet Underground, on ne peut pas dire que la fin de son aventure avec Lou Reed et ses acolytes l’ai décidé à chômer : producteur de Patti Smith, The Modern Lovers ou The Stooges, il possède parallèlement une discographie phénoménale, dont le très remarquable « Paris 1919 » sorti en 1973. C’est pourtant son dernier album, « datant d’octobre dernier qu’il venait présenter mardi, sur la scène du Trianon.

 

Le succès de John Cale n’a jamais manqué à l’appel, même après son départ au sein du Velvet en 1968. A la différence de Lou Reed, son cher et tendre compagnon de route, le violoniste hors pair a toujours su être là au bon moment, mais avec la volonté touchante de ne pas se mettre au premier plan. L’homme de l’ombre s’appelle John Cale : c’est pourquoi chaque passage à Paris se fait dans la discrétion la plus totale, quand bien même le virtuose vient présenter son trente-troisième album.

C’est donc devant un public peu nombreux, composé de mélancoliques de l’époque velvetienne que John Cale se produit ce soir là dans la salle du Trianon. Malgré la magie de sa voix claire et profonde qui ne semble ni s’épuiser ni s’érailler avec le temps, le retour sur scène est loin d’être convaincant. Non pas que la prestation de Cale soit mauvaise (loin de là), mais dûe plutôt à cause d’un manque cruel de lucidité.

Qu’on s’explique : n’est pas vraiment l’album rêvé pour un sexagénaire accompli. Loin de la fragile sensibilité qui émanait des chansons comme « Chinese Envoy » ou « Andalucia », ce dernier disque se veut malheureusement trop mécanique, empruntant un jeu sec et froid, éloigné de la subtile douceur des précédents albums. A l’image de Shifty Adventures In Nookie Wood, John Cale donne sans grande surprise un concert peu chaleureux, adressant à peine quelques remerciements à son public, mais surtout, et c’est bien cela qu’on regrette avant tout, jouant et chantant de façon automatique. Prétendant être présent sans réellement l’être, il se cache derrière un clavier qui produit des sons robotiques affolants et interprète pendant deux heures les chansons du dernier album, qu’il ne semble pas maîtriser totalement; comme si, à soixante-dix ans passés, il fallait produire un album pop aux sonorités électro pour ne pas tomber dans l’oubli, alors même qu’on s’appelle John Cale et que notre réputation ne serait plus à faire.

L’artiste qui nous avait habitués à des perles musicales tente durant tout le concert de se convaincre, lui et son public, qu’il reste encore une place dans le XXIème siècle pour les grands monuments qui ont fait l’histoire du rock, mais rien n’y fait : « Vintage Violence » exaspère, « I Wanna Talk To You » pourtant co-produite avec Danger Mouse non plus. Seule éclaboussure lumineuse, “Living with You” ne suffit néanmoins pas à porter le concert. Devant cette grossière farce, où l’artifice devient le maître mot, le public n’hésite pas à se ravitailler en bière toutes les deux minutes plutôt que d’écouter une musique qui est loin d’être du John Cale.

Un retour plutôt raté, qui n’enlève rien ni au charisme du chanteur, ni au professionnalisme qu’il incarne. Simplement, le public attendait peut être un peu plus d’authenticité de la part d’un si grand monsieur. Alors, la retraite pour John Cale ? On ne l’espère pas, mais la prochaine fois, on ne peut que trop lui conseiller de ranger son vocoder et de re-sortir les violons.

 

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Lucie Droga

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