Musique

Live report : Budam et Orka au Centquatre (28/04/11)

29 avril 2011 | PAR Mikaël Faujour

Lieu transdisciplinaire, le Centquatre accueillait ce jeudi 28 avril un artiste puis un groupe venus des îles Féroé. Le premier, que nous suivons depuis son premier album, c’est Budam, qui a livré une belle performance. Le second a été une révélation, une claque : le bien nommé Orka (« énergie », en féringien), qui a publié ce mois-ci son deuxième album, sur lequel il va nous falloir nous pencher avec intérêt tant sa musique expérimentale est excitante.

Après avoir défendu ses deux très attachants albums, le premier sous le soleil de Tom Waits et le second, récemment paru, pop sophistiquée plus personnelle, nous nous sommes fait un plaisir de découvrir Budam sur scène. Le chanteur féringien, accompagné d’un batteur/choriste et d’un pianiste/claviériste, a livré une performance à la hauteur de l’idée qu’on se faisait de lui. Durant un set d’environ trois quarts d’heure, sa forte personnalité a étincelé. Avec quelques accessoires, l’artiste est au cœur d’une mise en scène théâtrale minimaliste de ses propres chansons (on rêve de voir dans une salle parisienne la mise en scène plus aboutie, remarquable, qu’a pu voir le public caennais à l’occasion du festival des Boréales 2010, voir vidéo intégrale ici). D’une voix qui sait être aussi bien caressante et délicate que puissante, mais toujours émotionnelle, Budam a défendu son splendide deuxième album Man, offrant une interprétation merveilleuse de bijoux tels que l’intense « The Fly », l’élégiaque « You Are My Religion » ou le single « The Bicycle », qui est l’une des plus belles chansons pop que nous ayons entendues depuis des mois. Ajoutez à cela un rappel d’une chanson, en solo, en façon de blues vocal graveleux sur le sujet de la fellation et du cunnilingus, chanté remarquablement, l’artiste battant un dément le rythme sur sa poitrine. En plus d’être talentueux et attendrissant, Budam a aussi de l’humour.


Nous aurions pu en rester là et rentrer ravis, mais c’était sans compter sur la découverte stupéfiante d’Orka, groupe compatriote et ami de Budam, et dont le « contrebassiste » a produit le dernier album de celui-ci. Orka en est également à son deuxième LP, lequel vient de paraître le 11 avril. C’est à peu près tout ce qu’il y a à dire quant aux liens entre les deux. Car musicalement, Orka évolue dans un tout autre registre, quant à lui expérimental. Pas un hasard quand on sait que l’un des membres est connu en tant qu’Oktopus comme moitié du duo hip-hop/shoegaze dälek. Le quatuor étonne d’abord par les curieux instruments qu’il utilise, la plupart (voire tous ?) étant bricolés : contrebasse avec un bambou en guise de caisse de résonance, percussions de tôle ou bidon, harpe horizontale, simili-violon… Le groupe réussit le pari d’une musique d’inspiration industrielle qui a su se départir de la froideur initiale du genre. On pense de fait beaucoup à Einstürzende Neubauten, un petit peu aussi au Depeche Mode des débuts (tendance « People Are People »), aux percussions profondes du « Human Behaviour » de Björk, ou « There There » de Radiohead. C’est que la puissance percussive donne à la musique des Féringiens une dimension immédiatement physique, dansante – et ceux qui seront restés jusqu’au bout auront d’ailleurs bien remué, disposant d’ailleurs de l’espace laissé par la moitié (voire les deux tiers) du public en allé… En effet, guère accessible et « grand public » comme celle de Budam, la musique d’Orka est bidouilleuse en même temps qu’envoûtante et quasi psychédélique. Claire et puissante, le plus souvent réverbérée, tantôt la voix du chanteur se mêle à celle de ses compagnons à l’unisson, tantôt elle se triture et mute sous les divers effets du rack. Nous allons très vite aller voir de plus près de quoi il en retourne en nous plongeant dans leurs deux albums : nous devrions donc vous en reparler.

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Mikaël Faujour

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