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Live Report : Avishaï Cohen fait swinger dans le Café de la Danse (28/06/2012)

Live Report : Avishaï Cohen fait swinger dans le Café de la Danse (28/06/2012)

29 juin 2012 | PAR Yaël Hirsch

Alors que son nouvel album, « Duende » (Blue Note) est sorti le mois dernier (voir notre critique), le bassiste israélien avait convié son fan club hier sur la plateau du Café de la Danse. Un lieu cosi qui lui va comme un gant pour un concert à seulement deux instruments : la basse bien sûr, qu’Avishai Cohen sait transformer quand il faut en percussion, et le piano à queue, tenu d’un swing de maître par le jeune et talentueux Nitaï Hershkovits. Un très beau moment de grande musique.

C’est avec modestie, voire presque application, qu’Avishai Cohen entame ce concert à Paris. Reconnaissant d’être dans la capitale française qu’il dit considérer un peu « trop » comme sa maison et face à ses fans parisiens qu’il considère comme « le meilleur public », le bassiste a largement vanté la dextérité de son jeune pianiste (Nitaï Hershkovits a 24 ans), ainsi que son sens du swing, un swing qui l’a poussé à sortir de son rôle habituel de compositeur pour également (ré)interpréter des maîtres classiques : Cole Porter, Theolonious Monk ou John Coltrane. C’est dans l’ordre et avec une concentration immense que le duo offre au public les pistes de l’album « Duende » dans l’ordre. Ultra-réactive, la salle applaudit chacun des solo avec tant de chaleur que celle-ci semble se rajouter au nombre très élevé de degrés qui fait bouillir les corps. Avishai Cohen se détend, sort du climat quasi-spirituel qu’instaure la suite « Criss Cross » et « Four verses » pour faire une blague mutine sur le fait qu’il risque de se déshabiller. Puis la tension reprend, Cohen arc-bouté sur sa basse comme sur un être précieux mais regardant toujours en direction de Hershkovits coincé derrière son immense piano. C’est yeux dans les yeux que les deux musiciens parviennent avec une harmonie parfaite à trouver un équilibre en le toucher à la fois répétitif et mélodique du pianiste et les emportements fougueux de la basse. Et ils finissent ce tour de « Duende » sur le très intense « Anne’s Tune » où le piano de Hershkovits se fait presque romantique.

Passé à la deuxième serviette noire qui doit lui éponger le front, Avishaï Cohen se montre alors d’humeur joueuse et bavarde. Il raconte comment se retrouver sur les affiches du métro parisien à côté de photos du président français le comble d’honneur. Puis il évoque brièvement la « stupidité » de la situation au Moyen-Orient pour donner ses propres variations d’une mélodie populaire de la star libanaise Samira Tewfik. C’est la première fois qu’Avishai Cohen interprète cette musique, surtout avec un piano et une basse seulement; néanmoins, la magie opère immédiatement et le public bat le rythme avec les paumes avec une très forte envie de danser. Pour la suite, le duo va plonger dans le riche corpus des compositions d’Avishai Cohen : « Ani Maamim » (je crois), extrait de l’album « Continuo » puis le public accueille avec jubilation le rythme endiablé de « Seven seas », titre éponyme de son avant-dernier album.

Premier salut, standing ovation, la salle tape des pieds et des mains pour rappeler les deux musiciens. Avishai Cohen réapparaît seul, s’installe au piano et chante « Shir Preda » (extrait de l’album Aurora). Il repasse à la basse pour interpréter en Ladino « Morenika » en hommage à sa mère. Dernier interlude avec une reprise (instrumentale) de la chanson de Samira Tewfik. Puis un « Remembering » qui s’étale avec gourmandise et semble marquer la fin des bis. Le public se lève à nouveau pour applaudir, et Avishai Cohen donne seul en scène un dernier bis: le bouleversant « Alfonsina », chanson engagée vantant la poétesse argentine Alfonsina Storni Martignoni.

Il fait environ 35 degrés quand nous quittons le concert d’Avishaï Cohen après deux heures ininterrompues de musique. En eaux et ravis, nous jubilons encore bien après le dernier salut du bassiste.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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