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Lisztomanias à Châteauroux, grand rendez-vous entre Liszt et ses amis

Lisztomanias à Châteauroux, grand rendez-vous entre Liszt et ses amis

24 octobre 2019 | PAR Victoria Okada

La 18e édition du festival Lisztomanias se déroule sous le thème « Les amis de Liszt ». Le pianiste et compositeur a réellement connu certains de ces « amis », considérait d’autres comme des amis spirituels. Ces amis qui portent pour nom Berlioz, Paganini, Chopin, Schumann, Schubert… se réunissent 150 ans après dans cette ville où Liszt souhaitait créer un festival de musique.

Alexandre Kantorow © Jean-Baptiste Millot

La manifestation a été imaginé par Jean-Yves Clément d’après l’idée de Liszt lui-même qui écrivit le 30 mai 1844 à George Sand : « Si, au mois d’août, vous étiez encore à Nohant, nous pourrions réaliser notre ancien projet de festival à Châteauroux. » En effet, Quelques jours après la séparation entre Liszt et Marie d’Agoult, le compositeur s’apprêtait à quitter la France et il voulut, avant de partir, voir George Sand à Nohant afin de la saluer. C’est là qu’il lui écrit pour savoir quand ils pourraient réaliser leur vieux rêve de tenir un festival à Châteauroux. En lisant cette lettre (qui était publiée), Jean-Yves Clément a décidé d’accomplir le rêve de ces deux amis. Lisztomanias existe aujourd’hui parce que Franz Liszt et George Sand l’ont voulu !

Les deux premiers jours du Festival sont déjà riches en événement. Le dimanche 20 octobre, en prélude au Festival, Alexandre Kantorow, qui ne cesse de faire parler de lui depuis son premier prix au Concours Tchaïkovsky à Moscou en juin dernier, donne un concert avec Malédiction pour piano et cordes de Franz Liszt, avec l’Orchestre Colonne sous la direction de Vahan Mardirossian. Rarement jouée, l’œuvre renferme cependant une part mystérieuse où Liszt exprime des sentiments confuses comme il est indiqué sur la partition : « orgueil, raillerie, pleurs-angoisses-rêves ». Le jeu de Kantorow est libre comme une fenêtre ouvrant à cette nuée de ressentiments. Puis, il brille dans les deux bis : La chasse-neige (extrait des Etudes d’exécution transcendante de Liszt) et L’oiseau de feu de Stravinsky (transcription d’Agosti). Son extraordinaire concentration et sa capacité d’entrer immédiatement dans la partition entrainent l’auditoire dans son univers, permettant à celui-ci de vivre la musique de l’intérieur. L’Orchestre Colonne, en petite formation, joue entre autre Siegfried Idyll (Wagner) et la Symphonie pour cordes n° 9 en do majeur d’un jeune Mendelssohn, pour illustrer une lignée musicale sur laquelle Liszt se situe.

La matinée du lundi 21 octobre est consacrée à des master-classes de Bruno Rigutto avec trois jeunes pianistes : John Gade, Sayoko Kobayashi et Maxime Alberti. Jean-Yves Clément de préciser sur l’échange entre un professeur expérimenté et les jeunes musiciens : « Ces cours sont là pour mettre en relief la forme d’enseignement que Liszt a inventée : un maître et des élèves autour de lui [contrairement à l’enseignement de tête à tête entre le maître et l’élève qui se pratiquait avant lui]. Nous essayons de restituer cet aspect quasi-familiale de l’enseignement ».

Goran Filipec © Petar Fabijan

Dans l’après-midi, Nicolas Dufetel, conseiller artistique du Festival, illustre différents aspects d’« amis » de Liszt dans sa conférence, puis, la journée se poursuit à 17 heures avec un récital « impromptu » par Goran Filipec. Le pianiste, en tant que lauréat du Grand Prix International du Disque de la Société Franz Liszt de Budapest pour son album Paganini Studies (Naxos, 2016), entre dans ce prestigieux cercle d’artistes : Vladimir Horowitz, György Cziffra, Maurizio Pollini… Son programme du récital, composé de Liszt (Après une lecture de Dante), Wagner/Liszt (Mort d’Isolde), Verdi/Liszt (Paraphrase de concert sur le Miserere du Trouvère) et Paganini/Liszt (Etudes n° 1 à 6, dédiée à Clara Schumann), symbolise cette lignée dans une interprétation techniquement aisée doublée d’une élégance sûre, sans aucune tape-à-l’oreille. Sous ses doigts, les thèmes, même cachés dans un épais tapis sonore, ressortent nettement pour conduire l’ensemble dans une direction bien définie ; cette clarté est tout à fait plaisante surtout pour des pièces comme les Etudes Paganini, écrites dans une virtuosité redoutable dans laquelle on peut facilement se noyer.

Le festival se poursuit jusqu’au 26 octobre avec des récitals (Bertrand Chamayou, Eric Arts, Jonas Vitaud, Jean-Marc Luisada, Béatrice Berrut, Yves Henry…) un ciné-concert (Karol Beffa), des concerts de musique de chambre (Denis Pascal, Alexandre Pascal, Manuel Vioque-Judde, Marc Labonnette, Laurène Durantel, Aurélien Pascal, Marie-Paule Milone ; Guillume Coppola, Arnaud Thorette…) un concert-littérature (Pierre Réach, Alain Carré), atelier pour enfants (Petra Mengeringhausen) ou encore des concerts des jeunes solistes de l’Académie.

L’édition 2020 fêtera les 250 ans de la naissance de Beethoven, père spirituel de Liszt. Jean-Yves Clément pense déjà au 20e anniversaire des Lisztomanias : « Ce sera une édition dont le thème sera l’anniversaire lui-même, consacré à “Lisztomanias” ; cela va être une édition vraiment flamboyante ! »

 

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