Musique

Let there be Darc….

Let there be Darc….

23 décembre 2011 | PAR Hassina Mechaï

Daniel Darc a sorti début novembre un nouvel album, « La Taille De Mon Âme ».  Sous ce  titre emprunté à la bouche d’Arletty, le toujours très Darc glisse un humour lumineux et une foi irrésistible en la vie. Un grand moment de musique.

Sur la pochette de l’album, il pose agenouillé, à l’intérieur de l’Eglise Sainte Marguerite, tel Harvey Keitel dans le film de rédemption horrifique, Bad Lieutenant d’Abel Ferrara. A genoux, une valise qu’on imagine vide, il est au centre exact d’une croix formée par le triptyque derrière lui et la nef où il est agenouillé. Entrez dans l’espérance ? Entrez dans la désespérance ?
Car depuis l’époque des premiers succès-excès de Taxi Girl, il nous restait en mémoire sa voix chaude et sourde aussi, comme angoissée. Il nous attendrissait, son romantisme d’ange déchu, déçu, qui portait ses tatouages en bandoulières de peau vive. Il nous revenait en tête, son goût des mélodies, son « parlando » à la Gainsbourg. Figure post punk, hantant le Palace, jouant avec sa vie par peur de la vivre, défonçant, par timidité maladive, les portes existentielles à grands coups de poings; lisant Céline, Burroughs puis la Bible…cherchez l’erreur, cherchant l’horreur. Car il affola, ce garçon qui, en 1979, en première partie des Talking heads, s’était tranché les veines en public…ceci est mon sang, ceci est ma chair ; cher payé, cette scène new wave, cette Cène new age qui le laissera, 20 ans après cabossé, perclus d’excès et pourtant la foi chevillée au cœur.. Perdu dans ses paradis « artifi-ciels », il entame une carrière solo, enregistre trois albums, tous boudés. Son retour se fait en 2003 avec l’album Crève Cœur . Et la chanson Je me souviens je me rappelle, aux mots lourds et à la ligne si mélodique : « Une croix trop lourde pour moi, un bois qui pèse et m’écartèle, pourtant comme j’aimais cette croix. » Darc y avait également mis en musique le beau Psaume 23, tout comme Bashung l’avait fait, en son temps, pour le Cantique des Cantiques.
La voix y racontait sa noirceur, mais aussi sa lumière. Car Darc entra dans la lumière. Celle d’une conversion à la foi chrétienne, protestante. Daniel, né Rozum dans une famille juive russe, éduqué aux controverses talmudiques au cours de son adolescence et baptisé en 1997 au sein de l’Église réformée. « Je n’aime pas trop le dire, car je passe pour un illuminé, mais disons qu’à un moment, Jésus est devenu très important pour moi.»
Et Daniel qui s’était fait Darc, Dark, d’âcre avec ces années de chute, devint d’Arc, Diacre ; mais d’encre toujours il a été, ses textes sont là. Daniel Darc s’y « encre » donc, avec son nouvel album, « La taille de mon âme » (Jive Epic/Sony), à un ar-rime-age solide : celui de ses chansons.

Darc donc nous confie sur cet album la taille de son âme. Et quelle âme…La chanson éponyme, sur un tempo de valse, est tout simplement une merveille. On y entend la voix de Jean Louis Barrault et de Pierre Brasseur, toute l’atmosphère du boulevard du crime dans le film de Marcel Carné, Les Enfants du Paradis. Et surtout on y entend Arletty dans son rôle de Garance ; d’elle faut il dire voix gouailleuse, titi parisien, comme évidemment on doit s’y attendre ? non la voix d’Arletty est au-delà. « je ne suis pas belle, je suis vivante » glisse-t-elle. Belle profession de foi pour cette fille d’Eve, qui correspond si bien à celle de Daniel Darc. Il n’est pas que beau cet album, il est vivant.
Et puis le titre « c’est moi le printemps », gai, détaché, vivant, oserait-on le mot « primesautier » ?Oui, juste pour le plaisir d’associer, le temps d’une chanson, Daniel Darc à cet adjectif qui lui a si peu correspondu.
Darc parfois joue des mots, je-de-maux, gainsbourien jusqu’au bout de son dédoublement : Darc est Crad de temps en temps, Crad est Darc à chaque instant » . Ou encore « tous mes vœux de bonne année, d’année (damné) en année…De Petits moments d’ironie affleurent, auto dérision amusée : « les filles aiment les tatouages qui partent au lavage…elles aiment les malabars et moi je suis mal barré ». Le Superbe « Sois sanctifié », piano léger et mots louanges, paroles au fils prodigue de la Bible peut être: « si tu avais commis tous les crimes, une place te resterait…sois pardonné, la douleur te bénit ».Et puis aussi le très beau « Ana », violoncelle en écho, ana pleine de grâce (Hannah en hébreu), juste parfait. D’autres morceaux encore comme le jazzy et contemplatif « vers l’infini », ou encore « my baby left me » où Darc, au détour d’une rime, il cite le Qohelet ou l’Ecclésiaste : «ce qui a existé existe toujours », oui rien de nouveau sous le soleil de Darc.

Darc est lumineux. Et nous savons la taille de son âme. Immense et légère à la fois…Alors écoutez cette album : so let there be dark, and there was light, and it was good (que Dark soit, et la lumière fût et cela était bon…)

La taille de mon âme, Jive/Epic/Sony, sortie le 7 novembre 2011.


 

John Cage mis en chorégraphie par Olivia Grandville
Les yeux du parapluie d’Ingrid Chabbert illustré par Loren Bes
Hassina Mechaï

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