Musique

Les jouelistes de l’été (1) : évocations urbaines

01 juillet 2011 | PAR Mikaël Faujour

Cet été, Toutelaculture.com vous offre des sélections thématiques de chansons. Pour commencer, quelques chansons urbaines, odes enamourées ou historiettes douces amères avec la ville pour décor.

Java : « Le métro »

Ecrire une chanson avec les noms de station du métro parisien (et RER un peu) ? C’est l’exercice oulipien auquel s’est livré Java, l’un des meilleurs et plus atypiques groupes de rap français. Un classique.

Claude Nougaro : « Nougayork »

Sitôt que l’on parle de musique et de ville, New York évoque des chansons à la pelle : du Velvet Underground aux Strokes, en passant par Frank Sinatra ou Liza Minnelli (« New York, New York », bien sûr), par les Ramones (« 53rd & 3rd », entre autres), LCD Soundsystem (l’évidente « New York, I Love You (But You’re Bringing Me Down »), par Sting (l’exquise « Englishman in New York ») ou encore par des bataillons d’artistes hip-hop… Un énorme catalogue pourrait être édité sur les chansons consacrées à New York, sur tous les tons et dans tous les genres musicaux. « Nougayork », l’un des derniers tubes de Claude Nougaro, pour sa voix et sa scansion uniques, pour son art consommé de faire claquer les mots, s’est avéré un choix de coeur.

Jacques Brel : « Il neige sur Liège »

Capable de mordante férocité ou de lyrisme exalté, Jacques Brel savait se faire d’une tendresse immense. Si Amsterdam (et avec quel chef d’oeuvre), Bruxelles, Varsovie et même Vesoul sont les villes qui viennent à l’esprit le plus évidemment, la chanson qu’il a écrite sur Liège est un bijou qui rappelle la grande richesse d’un répertoire qu’on ne cesse de se réjouir de redécouvrir.

Weezer : « Beverly Hills »

Nerd timide à crever, le brillant songwriter pop Rivers Cuomo chante le fantasme de la célébrité qui prend le mec banal à la vie trop étriquée. Issue de Make Believe, qu’on peut considérer comme l’un des meilleurs albums de Weezer (derrière les trois indétrônables premiers albums), « Beverly Hills » est l’un des plus gros tubes du groupe.

Wipers :  « Doom Town »

Au temps où l’explosion punk commença de faire des émules aux Etats-Unis, les Wipers livraient une flopée d’albums extraordinaires, qui ne seraient pas sans marquer des groupes comme Mudhoney ou Nirvana. Venu de Portland, le trio emmené par Greg Sage ne connut pas le large succès que sa musique tendue et mélodique aurait mérité et se cantonna au circuit alternatif US et à une reconnaissance régionale dans le nord-ouest américain, préfigurant le grunge. Un morceau comme « Doom Town » (mais on aurait aussi bien pu choisir « D-7 », connu pour avoir été repris avec brio par la bande à  Cobain, qui adorait les Wipers) démontre le talent de ce groupe avec cette évocation de la ville conçue comme une fatalité d’ennui, comme un enfermement.

Sonic Youth : « Free City Rhymes »

Groupe nouillorcais par excellence, Sonic Youth signa en 2000 nyc ghosts & flowers, album qui reçut un accueil critique plutost tiède, voire froid. Assez ennuyeux, il comportait toutefois quelques éclats fascinants. Le titre d’ouverture, « Free City Rhymes », mélange de beat poetry et de noise rock du meilleur effet, à la poésie matutinale est à ranger parmi les plus remarquables pièces musicales jamais écrites sur la ville. Très visuel, ce morceau paraît évoquer la fin de la nuit et l’aube qui se lève et illumine l’agitation urbaine qui monte, puis s’apaise quand revient une nuit pleine d’étrange. Un chef d’oeuvre, rien moins.

NWA : « Straight Outta Compton »

Nid de bourdons où débutèrent Dr. Dre, Ice Cube (dont la présence et le flow éclatent ici, rappelant quel grand rappeur il était, dès ses débuts) et Eazy-E, NWA fut probablement LE crew le plus capital dans l’orientation du rap de la côte Ouest. « Straight Outta Compton », classique absolu du rap US et l’une des pierres fondatrices du gangsta rap ne pouvait que très logiquement trouver sa place dans une sélection musicale d’évocations urbaines.


Léo Ferré : « Cannes la braguette »

S’il est aujourd’hui moins souvent cité que Jacques Brel, Georges Brassens ou surtout Serge Gainsbourg, Léo Ferré reste un des plus grands chansonniers francophones du XXe siècle. Non seulement pour les tubes « Avec le temps », « Jolie môme » ou « C’est extra », mais encore pour des dizaines de chansons, tantôt poèmes tendres, évocateurs, oniriques ou mordants, et tantôt expérimentaux, engagés, furieux jusqu’à l’étrangeté. « Cannes la braguette » montre le Léo Ferré des débuts, d’une verve littéraire et d’une interprétation qui lui ont permis de porter la chanson au rang de poésie. Humour, férocité et jubilation : Cannes, la Côte d’Azur et la Méditerranée font les frais de la causticité du Monégasque génial.

Le Klub des Loosers : « Sous le signe du V »

Dans le paysage rap français, Fuzati et son projet Le Klub des Loosers tiennent une place à part. Résolument situé sur le versant « alternatif », ce fourre-tout dans lequel sont rangés en somme ceux qui ne jettent pas le hip-hop dans la fosse à purin nommée Skyrock, Le Klub des Loosers est un peu au rap ce qu’est Houellebecq à la littérature française : grinçant, mordant, d’une drôlerie froide et clinique… et passablement abject, à l’occase. « Sous le signe du V », tiré de l’excellent premier album du duo, ce morceau à l’atmosphère oppressante est une attaque à charge contre la très huppée Versailles, dont Fuzati, à coups de rimes tranchantes et avec une voix et un flow originaux, dépeint la face obscure, faite de misère sociale, d’hypocrisie bourgeoise, d’ennui urbain et de dépression.


Scott McKenzie : « San Francisco « 

Classique hymnesque du Flower Power, la chanson de Scott McKenzie évoque, à quarante ans de distance, une sorte d’Arcadie californienne, une ville d’harmonie, d’espoir, d’art et d’amour. La réalité n’était évidemment pas si monolithiquement belle, mais cet hymne hippie demeure, aux côtés notamment du « California Dreamin' » des Mamas & Papas l’un des tubes d’une époque où le mot « pop » n’était pas encore entaché

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