Musique

Le Cirque des Mirages : un régal de cabaret expressionniste

26 octobre 2009 | PAR Mikaël Faujour

Duo tout à fait singulier dans le paysage musical français, le Cirque des Mirages tient autant du music-hall français que du fantastique ou de l’expressionnisme allemand. Drôle, farfelu, bizarre, poétique, il offre un spectacle de haut vol à découvrir IMPÉRATIVEMENT.

Composé du chanteur/auteur Yanowski et du compositeur/pianiste Fred Parker, le Cirque des Mirages est un projet théâtro-musical hors norme. Guère de pompe et de faste : un piano, un chanteur, baste ! Et pourtant, à force de charisme, de brio poétique et d’un humour dévastateur, le pianiste et le chanteur – et quel chanteur ! quel interprète total ! – nous embarquent dans leurs contes noirs et autres fantaisies.

Fouillant l’absurde (« Le Fonctionnaire », ou Jacques Brel perdu dans un cauchemar à mi-chemin entre Kafka et Maupassant ou Villiers), le délire surréaliste (« Les Barbares sont dans Paris »), la fantaisie baudelairienne (« Fumée d’Opium ») et le sombre univers de l’expressionnisme, Yanowski incarne avec force chaque histoire, servi à merveille par un pianiste aussi astucieux que brillamment polyvalent (jazz, valse, romantisme, rococo…).

Acteur autant que chanteur, il tient à la fois de l’expressivité puissante d’un Jacques Brel que de la verve tempétueuse et outrancière d’un Raymond Devos. Enfant de la chanson française « classique », il reprend même le R grasseyant des Barbara, Brel & co. Largement nourri de littérature « décadente », il reconstitue dans ses textes une époque imaginaire, où se croisent les fantômes d’un Maupassant, les rêveries d’un Baudelaire, les cauchemars sans fin d’un Kafka, le Faust de Goethe et des personnages dignes de l’univers interlope d’Egon Schiele…

Il anime comme un ventriloque toute une galerie de personnages très campés (le Poète, le Diable, la Mort, les putains, le savant fou, l’apothicaire, les amants lyriques…). Et le voilà jouant des stéréotypes, tant littéraires qu’oratoires, mimant des inflexions orales de classe sociale, du marlou poulbot à la grande bourgeoise en passant par le bonimenteur… Et de recréer toute une époque quelque peu fantasmée, entre bordels (« Les Bordels ») et cirques humains (« Le Terrible enfant à gueule de chien »), vendettas des bas quartiers parisiens (« Fred Parker contre les Corses) et poètes maudits.

Tout le brio du dégingandé Yanowski est de savoir embarquer chaque spectateur, dans sa rêverie à la seule force d’une interprétation totale (voix et corps) servant des textes remarquables. À force d’hermétisme, une certaine idée – répandue – de la poésie du XXe siècle avait fini par laisser perplexe. À écouter déclamer les vers surannés et hallucinés de « Fumée d’Opium », on serait tenter de dire : la voilà, la Poésie qu’on croyait morte – drôle peut-être, car nostalgique jusqu’à l’afféterie, mais poignante par sa réelle beauté.

Au risque de passer pour un bonimenteur de télé-achat, on incitera vivement à offrir ou s’offrir ce merveilleux spectacle, qui garantit une surprise où l’humour, la tendresse, le bizarre et la poésie s’entrecroisent dans une théâtralité sans bride. On est loin ici de la « nouvelle » chanson française et de ses tracas recuits de serpillière et d’angine.

Le Cirque des Mirages évolue dans un tout autre registre : le cabaret noir, rétro et drolatique. Un must-have-seen.

Le Cirque des Mirages, Dans les arcanes du temps, éd. Lycoprod, 2009
Nouveau spectacle : Les Trois Baudets, du 10 au 29 novembre

NB : Mention spéciale au réalisateur Franck Morand, qui a su donner tout son dynamisme à la vidéo du spectacle, en insérant des séquences de fiction. Filmé et monté avec intelligence, il en rehausse d’autant la saveur.

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Mikaël Faujour

4 thoughts on “Le Cirque des Mirages : un régal de cabaret expressionniste”

Commentaire(s)

  • Emilie

    Bonjour!

    Le cirque des Mirages est une découverte fabuleuse! Parker et Yanowski font preuve d’un talent extraordinaire et nous rassurent… De vrais artistes existes encore! A entendre mais surtout à VOIR!

    octobre 26, 2009 at 22 h 44 min
  • Bonjour Emilie. Merci pour ton message. On ne saurait mieux résumer : à voir ! Ne les manque pas lors de leur passage aux Trois Baudets pour le nouveau pestac. Et parles-en autour de toi : ce groupe mérite vraiment d’être connu.

    octobre 27, 2009 at 0 h 58 min
  • Emilie

    Les places sont déjà réservées! Je viens de Belgique pour l’évènement! J’attend cela avec impatience!

    octobre 27, 2009 at 12 h 21 min
  • Chère Emilie, n’hésitez pas à nous tenir au courant et à mettre l’eau à la bouche et la puce à l’oreille à nos lecteurs & à vos amis ! :-)

    octobre 27, 2009 at 12 h 27 min

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