Musique

La Java intime de Vincent Baguian

05 novembre 2010 | PAR Yaël Hirsch

Comme annoncé, toutelaculture.com était à la première de la série de concerts que donne l’auteur compositeur guitariste et chanteur Vincent Baguian à la Java. Aux côté de son complice multi-instrumentiste Hugo Renard il offre un spectacle « vrai », qui revient à la chanson française la plus traditionnelle : celle qui parfois traverse hors des clous, et du creux sans fond du nombril pour raconter des histoires fortes.

Comment imaginer que celui qui a co-écrit « Mozart l’Opéra Rock » et composé pour Florent Pagny est un grand garçon timide, simple et à fleur de peau? Après une première partie copine, Vincent Baguian n’a pas tout a fait réussi à mettre en œuvre la menace de son dernier album « Ce soir c’est moi qui fait la fille ». Mais en complicité avec l’excellent Hugo Renard, il nous a fait passer une soirée pleine d’émotions, affalés par terre sur le sol de la Java, tous unis par ses mots comme une vraie bande de vieux potes. Ayant fait la remarque qu’il nous « avait mis sur le cul » pour gagner sa vie faute d’avoir vendu des albums, Baguian a commencé à chanter un florilège de chansons savamment choisies dans ses trois albums. Les jeux de mots ne sont pas le plus important chez Baguian, ni même la voix, qui passe parfois à côté des notes avec beaucoup de chaleur.

Toute sa force vient du caractère simple, authentique et touchant de ses compositions. C’est souvent par quelques accords simples (le gimmick à la fin du refrain du duo enregistré avec Zazie « Je ne t’aime pas » est par exemple vraiment efficace en guitare acoustique) que Baguian séduit. Et surtout avec des mots simples, créant des images fortes. Le meilleur exemple est probablement le refrain de son dernier single « Ce soir, c’est moi qui fait la fille/ Ça t’apprendra ».Point. Et on voit bien!

Surtout Baguian sait s’éloigner à grands pas de ce qu’il décrit avec humour comme la « SNCF » (soit disant nouvelle scène française) en dressant de vrais portraits : comme Piaf, comme Brel, et comme Mano Solo.  Il y a, entre autres,  l' »aubergine » qui fait le trottoir, la copine qui veut maigrir et se lance sur son vélo (« Les vélos d’Amesterdam/ Font des beaux culs aux femmes », et les incompétents.

Et quand Baguian parle de lui, c’est avec humour comme par exemple dans « Sous Souchon » (J’suis moins bon / J’suis à la bourre/ J’suis sous Souchon / Sous Gainsbourg / J’suis moins bon qu’eux, c’est cruel /À côté d’Jacques, j’suis qu’une brèle.) Ou, toujours dans des mots très simples, il sait rendre ses origines arméniennes universelles, et sans trémolos inutiles : « Moi, je suis la tombe / D’une partie du monde / J’y peux rien, je suis là, je suis l’ombre / Au milieu des décombres » (« Je suis une tombe », probablement sa chanson la plus forte).

Enfin, une véritable complicité règne avec Hugo Renard, qui joue les Leporello de cabaret avec brio. Le pianiste accordéoniste entonne seul sur scène une parodie irrésistible de chanson pour asile psychiatrique à l’intention des enfants un peu limités : il leur décrit sous forme de comptine ce qui est bien et mal et détaille une cruelle pharmacopée-camisole de force : « Si t’aimes les chansons de Grégoire / C’est suppositoire ». Le climat d’amitié, atteint son acmé quand Baguian demande à une de ses copines chanteuses à belle voix rauque d’improviser pour le duo orinique qu’il chante normalement avec Zazie…

Ce Vincent Baguian intime à la Java est un moment vrai qui renoue avec la chanson française tendre, ironique, saisissante. Avec Agnès Bihl, dans un genre plus « politique », Baguian fait probablement partie de ces « Der des der » inventifs qu’il faut aller entendre .. avant le 22 décembre.


Zazie & Vincent Baguian – Je ne t’aime pas
envoyé par twoni. – Plus de vidéos fun.

Vincent Baguian, « En toute intimité », concert chaque mercredi (sauf le 17 novembre) du 3 novembre au 22 décembre, 21h, La Java, 105 rue du Faubourg du Temple, Paris 10e, m° Belleville ou Goncourt, 9 euros.

Infos pratiques

Gagnez 3X2 places pour la soirées Nos artistes ont des Talons, avec Olivia Pedroli, Ornette et Melissmell, le 17 novembre au Café de la Danse
Le Prix Médicis à Maylis de Kerangal
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

2 thoughts on “La Java intime de Vincent Baguian”

Commentaire(s)

  • rythmes du marais

    stop mail

    novembre 18, 2010 at 23 h 48 min

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