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[Live Report] Jazz sous les Pommiers : du talent, des révélations, une grosse déception

[Live Report] Jazz sous les Pommiers : du talent, des révélations, une grosse déception

05 mai 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le 32e Jazz sous les Pommiers s’est ouvert hier sur une journée fleuve. Comme à son habitude, le festival a permis aux spectateurs coutançais de picorer d’un concert à un autre, dans une frénésie de la découverte qui ne saurait se tarir. Live Report

16h-15- Eric Harland quintet
Sur la scène du théâtre, le jazz se fait tendre sans jamais être mièvre. Eric Harland est batteur et compositeur. Une fois que l’on a écrit cela, on n’a rien dit. Il est une espèce de génie des baguettes qui ne frappe pas mais survole. Il ne tape pas, il glisse. Le texan de 34 ans a une double formation, musicale mais aussi religieuse. Il a été ordonné Pasteur. Le savoir éclaire pas mal sa musique que l’on sent infiniment habitée.
Avec son quintet, il a proposé de nous transporter dans son album Voyager, dont un live est sorti récemment.
Lui qui a l’habitude d’accompagner les plus grands, en tête de file, Charles Lyod ou Joshua Redman est ici un leader à l’écoute. Jamais le saxophone ténor de Walter Smith III ne sera étouffé, jamais le piano de Taylor Eigsti ne sera forcé, jamais la guitare électrique de Nir Felder ne cherchera le rock, jamais la contrebasse de Harish Raghavan Tout n’est qu’équilibre dans une intensité de la douceur. Il se dégage de là une impression de suspension qui vient de cet art des reprises après des longues plages où les refrains se font délicieusement obsédants.
Le concert donné resolvait l’équation insoluble d’une force sans violence qui fait dialoguer le jazz le plus classique avec les sources du funk. Ça groove en même temps que ça plane. C’est canon.

18h15-Madeleine Peyroux

C’était le concert événement de journée. La fille a la voix de Billie Holiday et a le gout pour les festivals. Elle pense que « ce sont les meilleurs endroits où être » et on ne va pas la contredire. Malheureusement, les bons points s’arrêtent là.
La folk-singeuse a livré un concert de reprise de Ray Charles pour la plupart  sur un ton monotone qui ne nous a que très peu convaincus.
Pourtant, la voix est très belle et les moyens sont là : huit musiciens entourent la dame avec une attention extrêmement portée sur les cordes : deux violons, une viole, une contrebasse et un violoncelle. A cela s’ajoutent les claviers de Jim Beard et la batterie de Daren Beckett.

En conférence de presse, elle avouait avoir très envie de composer en français, pour le moment, elle chante de temps en temps dans la langue de Molière, et cela n’est pas pour le meilleur. Sa reprise de « La Javanaise » de Serge Gainsbourg devient une ballade smoth vidée de la substantifique moelle de la passion. Il est en de même pour les titres en anglais  Le rockabilly de Buddy Holy devient un slow country.

On ne s’attendait pas à la retrouver si loin du jazz après le succès impressionnant de ses albums, Careless Love, sorti en 2004 et Bare Bones en 2009.  Elle continue donc, à notre grand regret à dessiner sa ligne amorcée avec Standin. Le résultat de son nouvel opus, The Blue Room,  est trop propre, trop lisse, trop doux. Quand arrive une version aseptisée de « Bird on the wire » sans la jeune voix de Léonard Cohen, enraillée, on jette l’éponge.


20h30- Elise Caron et Edward Perraud

Pendant qu’au théâtre se donnait le magnifique concert de The Touré-Raichel Collective dont nous vous parlions à l’automne, notre choix s’est porté vers la cave des Unelles à la découverte de l’étonnant et brillant duo composé d’Elise Caron et Edward Perraud.

Incroyable, le mot n’est pas galvaudé. On voit débouler dans la petite salle voûtée une longue jeune femme et un trentenaire à la chemise disco. Leur attitude détonne et suscite un rire immédiat  Avec eux, on va passer par toutes les émotions et par toutes les larmes.

Aprés ses Poèmes dérangées, place à ce qui pourrait s’appeler Les chansons dérangées pour cette performance au sens spectacle vivant du terme. C’est à dire une expérience à la fois plastique et spectaculaire. Il y a autant à voir qu’à entendre pour ce show à deux où le batteur fait du son avec tout ce qu’il trouve, du crin de cheval à son iphone. Elle, elle a la voix de Björk et un charisme qui vous scotche. Virtuose du chant, elle passe des aigus aux graves en une seconde et s’amuse à gratter ses sons dans des basses gutturales. Si elle est encore méconnue du grand public, elle a déjà une belle carrière. Elle fut victoire du jazz en 2010 et accompagna l’Orchestre National de Jazz. Elle a la chance de posséder une liberté rare dans le milieu. Elle a l’humour de Boby La Pointe et la voix d’une diva.  Le langage est fait de phonèmes, peu de « vrais » mots ici, Elise laisse place à un yaourt bien à elle.Elle scate des fausses phrases, improvise à partir d’un mot… n’importe quel mot, preuve en est cet ovni parti d’une quinte de toux qui l’aura fait improviser sur le mot… sirop ! Surgit alors la poésie alors que l’on ne l’attendait pas là. On saisit leur fonctionnement, celui d’une écoute parfaite où l’un reprend là où l’autre aura ouvert l’espace pour.

Le duo avec le percussionniste est dantesque, on est surpris par tant d’inattendu  Lui cherche le grincement, le frisson du bout de sa baguette qu’il tient à la verticale pendant qu’elle grimpe « haut » jusqu’aux « oiseaux » et… c’est beau.

Leur album s’appelle Bitter Sweet, un sucré amer. Cela sied comme un gant à ce duo qui joue ensemble depuis 2008 en alliant l’humour à la qualité de la musique.

C’est fou, c’est spectaculaire, c’est nouveau… c’est génial. 

22H15 :Charles Lloyd & Sangam avec Zakir Hussain et Eric Harland

Après la claque Caron/Perraud,  nous avons laissé place au Nirvana grâce au concert unique en Europe avec cette formation du saxophoniste Charles Llyod, au joueur de tablâ Zakir Hussain et au Batteur avec qui nous avions commencé notre programme, Eric Harland.

Là aussi, le bonheur de jouer ensemble se ressent au premier instant, instant long, plannant où Harland deviendra pianiste et Llyod batteur…car dans ce trio où le piano est présent, personne n’a le rôle, belle leçon d’humilité.
Charles Lloyd a 75 ans, il avait clôturé la 22e édition du festival sous les ovations et cette année, il aura ouvert le festival sous le triomphe.
Avait clôture le festival il y a 10 ans.

Le trio va nous emmener loin, dans les battements de cœur les plus archaïques. Zakir Hussain  va dialoguer avec Eric Harland dans une fusion Bombay/New York magique. Ils sont virtuoses, amènent des sons de contrebasses où font cliqueter les tambourins sur les peaux des tambours. Il se dégage de là un calme absolu et une sérénité profonde.  Il n’y a pas de nostalgie dans ce concert, pas de facilité.

Ils vont nous approcher d’une forme d’hypnose, nous plaçant dans les nappes des vents du hautbois, de la flûte traversière ou du sax que Lloyd choisit de mettre en avant, à cet instant.

La voix aura une place considérable dans cette proposition où règnent le feeling et la transe.

Un concert comme un coup de vent, qui aura duré prés de deux heures et qui se sera envolé en un instant avec l’intime sensation d’avoir touché à la plénitude. Magique.

Si Toutelaculture est rentrée à Paris, Jazz sous les Pommiers ne fait que commencer. Le pont du 8 mai est à ne pas louper : à l’affiche, vous trouverez Louis Sclavis, Stefano di Battista ou Joshua Redman….

Tout le programme est ici !

Visuels : (c) Pierre-Yves Le Meur et © Jean-Baptiste Millot

Infos pratiques

5eme édition du Festival 360° de danse
Maison Européenne de la Photographie
Camille Hispard

Une réflexion sur « [Live Report] Jazz sous les Pommiers : du talent, des révélations, une grosse déception »

Commentaire(s)

  • bertould

    RICHARD BONA a parlé pdt une demi-heure sur 1h30 de concert!Quelle frustration sa musique était si belle!Pour nous la finale du festival 2013 n’a pas été à la hauteur…THE syndicate en finale et c’était l’apothéose!!!

    mai 18, 2013 at 9 h 55 min

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