Musique
[Live Report] Idan Raichel & Vieux Farka Touré, voyage au New Morning

[Live Report] Idan Raichel & Vieux Farka Touré, voyage au New Morning

13 novembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Festival Jazz’N’Klezmer s’est ouvert hier soir dans l’intimité du New Morning. Pour la onzième édition, l’ouverture a été placée sous le signe de la paix et du dialogue par le biais du concert invitant l’israélien Idan Raichel et le malien Vieux Farka Touré. De quoi faire taire la poignée d’antisémites qui manifestaient devant la salle au slogan notamment de « la musique n’adoucit pas l’apartheid »… Confusion d’ambiance !

Il a d’abord fallu se remettre de s’être fait insultés, impactés par ces drôles de relents qu’on pensaient effacés. La machine redémarre, en retard. Et tout s’envole, la place est donnée aux organisateurs du festival avant de laisser place aux artistes.

Ils sont quatre, Idan Raichel pianiste, Vieux Farka Touré, guitariste,  Yossi Fine, bassiste et le joueur de calebasse Souleymane Kane. Ils sont un. Un seul monde, instrumental essentiellement, qui de bout en bout de ce concert ne raconte qu’une seule histoire. Celle d’une rencontre entre l’oriental et l’africain à l’aéroport de Berlin. Une histoire d’amitié forte se tisse, de la musique en naît. Un album aujourd’hui, « The Tel-Aviv Session » sous le nom de groupe « The Touré Raichel Collective ».

Les morceaux s’enchainent. Dès le premier on comprend que pour la star israélienne, le piano est un instrument à cordes comme un autres, c’est débout ou penché qu’il vient les gratter. Les titres débutent avec douceur pour amener des ruptures de rythmes où viennent se glisser des tessitures classiques, jazz et blues le tout étant englobé dans une double identité israélo-africaine.

Il faut attendre le troisième morceau pour les voir devenir chanteurs, tantôt en hébreu, tantôt en malien, accompagnant, même quand la salle s’emballe et  tape des mains avec entrain, un même dialogue sur la lancinance du rythme. Ici, on ne heurte pas, on amène, on négocie.

Vieux dit « ici on est ni en Israël ni au Mali, donc , du coup, je  suis neutre ( il rit). Ce n’est pas parce qu’il est juif et que  je suis musulman qu’on ne peut pas faire de la musique ensemble ». Le public est en liesse.

Cette déclaration onusienne les amène à jouer un « morceau pour la paix » écrit à Bamako et nommé « Alcatar ». Ce sera la seule fois qu’un titre sera donné.

Il faut que le groupe se chauffe, puis de fil en aiguille, ils racontent plus leur monde absolument international, leurs influences worlwide tout en nous donnant à entendre une musique fédératrice et matricielle. Elle est universelle.

L’ensemble est hyper beau, doux, élégant. Mais c’est déjà l’heure du break. A la reprise, rien n’a changé et c’est tant mieux. La salle est toujours blindée, apaisée. La sensation de pureté vient de l’omniprésence sans ostentation de cette douce percussion qu’est la calebasse, objet tout rond et végétal dont on joue au sol, les jambes l’entourant. Raichel invite son piano aussi dans la cour des batteries en faisant claquer son clapet pour marquer un temps quand il faut.

La soirée se terminera bientôt, dans une sollicitation de plus en franche de la salle.  Après un morceau à l’attaque clairement dansante, toujours dans un voyage Israël/Mali, qui finira par un toucher piano très classique, il est déjà l’heure des rappels.

Pas mal d’amoureux d’Idan Raichel étaient là hier soir et ils attendaient un ou deux tubes du temps de son ancien groupe. Il s’est exécuté offrant sa chanson « Bo’i » dans une version très réussie plus malienne qu’israélienne.

Les artistes écrivent la bande son de l’endroit d’où ils viennent »  nous dit-il avant de laisser la place à un second rappel, mettant cette fois- ci le guitariste à l’honneur. Un simple duo absolument magistral qui aura fait frissonner tout un New Morning blindé.

Le festival se prolonge jusqu’au 26 novembre, demain, vous pourrez entendre le superbe groupe Yom, on vous racontera promis !

 

Visuel (c) ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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