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[Interview] Le Yiddish Express Trio en concert à Paris (Espace Rachi) le 29 janvier 2014

[Interview] Le Yiddish Express Trio en concert à Paris (Espace Rachi) le 29 janvier 2014

25 janvier 2014 | PAR Arnaud Berreby

On prête à Denis Kessler, grand patron français bien connu, la jolie sentence suivante : « Si tu n’es pas de gauche à 20 ans, c’est que tu n’as pas de cœur, si tu le restes à 40, c’est que tu n’as pas de cerveau ! » Transposé à la musique, nous pourrions sans aucun doute affirmer : « Si à 20 ans tu n’écoutes pas de Techno, c’est que tu n’as pas de rythme, si tu persistes à 40, c’est que tu n’as pas d’oreille ! »

Vous avez donc la possibilité, dans le cadre de travaux pratiques, de partir à la découverte du Yiddish Express Trio, émanation du bien connu Paris Klezmer Band. Ils se produisent en concert ce mercredi 29 janvier à l’Espace Rachi à Paris et Toute La Culture a eu la chance de rencontrer Franck Seguy, le clarinettiste -et bien plus- de ce trio qui donne l’impression d’être bien plus de trois sur scène !
Entretien riche à quelques jours de ce rendez-vous scénique…

1 Quand est né ce groupe (le YET) ? Et les musiciens qui le composent se connaissent-ils depuis longtemps ?

Le YET est né, dans sa version définitive en Juin 2012. J’avais déjà comme partenaire musical et ami Renato Tocco, l’accordéoniste, avec qui je jouais et joue toujours dans sa formation « ATZEGANA », lorsque j’ai été recruté par Guillaume Dettmar (le violoniste) pour faire partie du groupe qu’il était en train de monter : « Paris Klezmer Band » (PKB). Nous avons répété pendant un mois à l’issu duquel nous avons enregistré un album. Renato et moi avions déjà un duo clarinette-accordéon, mais je voulais l’étoffer, partager le devant de la scène avec un autre soliste, notamment le violon. Nous sommes restés presque 2 semaines en studio pour le PKB, et à la fin des prises de sons il nous restait une heure et demie à notre disposition et nous n’étions plus que nous trois. Je me revois dire à Renato: « Nous avons trouvé notre violoniste! ». J’ai alors demandé à l’ingénieur du son de placer des micros, nous avons choisi 4 titres dont nous avons décidé en quelques minutes des arrangements et nous nous sommes lâchés, gonflés à bloc par ces deux semaines de studio. C’est à ce moment là qu’est né le « Yiddish Express Trio » que nous appelons maintenant : le « YET ».

2 Avez-vous une actualité discographique?

Il y a pour le moment un album en gestation. Nous disposons déjà du disque du PKB qui s’intitule « Un peu de soleil », dont nous sommes tous trois les solistes, mais pour le YET, un trio, je préfère encore attendre une nouvelle tournée, afin de passer à l’épreuve du feu notre jeu et nos arrangements. Jouer à trois est très difficile et subtil, l’accordéon devient à lui seul la rythmique (basse, batterie et guitare) en plus de prendre des thèmes, contre chants et solos. Guillaume est aussi chanteur, quant à moi, je dois osciller entre le Klezmer, le jazz swing, les contres points, les chorus, les contres chants et les thèmes. Bien que nous ne somme que trois, nous faisons le travail de plusieurs. Non seulement notre musique doit continuer d’évoluer mais une fois les arrangements calés, nous devons les faire vivre avec le public. C’est cette vie que nous voulons apporter en studio et non pas prendre le risque d’une froideur électronique. En attendant, quatre titres sont à l’écoute sur sound cloud:

http://soundcloud.com/search?q%5Bfulltext%5D=yiddish-express-trio

3 Comment êtes-vous arrivés à ce style musical ?

Au début des années 90, j’ai fait la rencontre, tout à fait par hasard d’un immense accordéoniste, fondateur du groupe « Les yeux noirs » Misha Nissimov. En fait, il cherchait pour le soir même un clarinettiste en remplacement du sien qui avait un empêchement. Je ne connaissais pas alors le klezmer ni le Yiddish, étant de formation classique puis jazz, mais il a insisté pour que je vienne tout de même. C’était pour le cocktail d’une Bar- Mitzvah. Quand je suis arrivé sur place, je lui ai demandé où étaient les partitions, il m’a simplement répondu: « Pas de partitions, tu me suis: Ré mineur ». J’en ai eu des sueurs froides et une désagréable sensation d’être mauvais toute la soirée, mais à la fin Misha m’a dit contre toute attente: « C’est pas mal, reviens demain ». J’ai alors écouté du bon klezmer et me suis senti pris, investi par cette musique, comme si elle avait été toujours au fond de moi et ne demandait qu’à en sortir. Misha m’a alors formé dans la tradition, le klezmer étant une musique de transmission orale et ce vieil accordéoniste connait quasiment toutes les musiques d’Europe centrale et d’Europe de l’Est qu’il joue merveilleusement bien. Ce fut pour moi comme un vent de liberté donné à mon instrument, il fallait oublier la rigidité classique et partir à la recherche des émotions dans une nouvelle façon d’exploiter la clarinette. Le klezmer est pour moi l’outil de la liberté, le moyen d’aller chercher dans mon instrument la plus grande palette d’émotions, c’est plus qu’une rencontre c’est le chant de l’âme de toute une culture.

4 Quel est votre background musical ?

J’ai commencé la musique assez jeune, par le classique et la clarinette. Je suis entré à 13 ans au CNR de Paris (Conservatoire National de Région), puis au CNSM de Paris (Conservatoire National supérieur) en clarinette et musique de chambre. Mon univers musical jusqu’a mes 17, 18 ans environ était presque exclusivement Mozart, Bach, Vivaldi, Handel, Chopin, Offenbach, Verdi… Je vouais ma vie à Mozart! J’ai ensuite découvert la musique pop, qui m’a transporté également, par des groupes comme Gong, les Pink Floyd, les Beatles, Crosby Still Nash and Young… J’ai alors commencé à me rapprocher de cette musique au clavier que je travaillais parallèlement. J’ai aussi rencontré la musique électronique contemporaine du GRM en enregistrant des albums avec un compositeur, Luc Mariani. Je suis aussi accordéoniste mon père m’ayant toujours poussé depuis mon jeune âge, et je l’en remercie, vers les musiques populaires, notamment celles du Massif Central grâce à la cabrette, instrument typiquement folklorique. Dans les années 80, avec mon ami Yann Bonizec que je connais depuis mes 13 ans, nous avons fondé un duo rock/variété « Nuit des stars ». Yann écrivait les paroles et moi les musiques. Nous avons enregistré un 45T qui s’est vendu à plus de 15000 exemplaires, mais nous avons quitté cette branche du show biz. J’ai aussi eu en 1984 ma première rencontre avec le théâtre dans une comédie musicale : « The Rocky Horror Show » qui s’est montée à Paris avec Zabou Breitmann, son père, et d’autres comédiens et chanteurs ayant joué dans des précédentes versions en Angleterre. Nous avons joué pendant deux mois, j’étais alors au sax ténor et cela m’a donné goût au théâtre. J’ai compris que sur une pièce il y a une réunion de différents arts au service d’un texte, et cette synergie donnant du sens à la mise en scène place le musicien et à fortiori le compositeur dans un édifice artistique de plus grande envergure qu’un simple concert. Malgré tout, je ne peux me passer ni de l’un ni de l’autre.

6 Travaillez- vous avec d’autres musiciens ? Dans d’autres styles ?

J’aime effectivement la diversité comme vous l’aurez compris dans la réponse précédente. Je n’ai pas de censure esthétique et je peux très bien aimer de la pure variété, puis passer à Chostakovitch, Camille, Duke Ellington, la musique indienne et Nina Hagen. J’ai, de par mon expérience, étudié et plongé dans différents styles comme le jazz, que je pratique régulièrement (cela doit s’entendre dans le YET) mais je suis également musicien de variété, j’accompagne Salvatore Adamo, Yves Duteil, des chanteuses réalistes… En ce moment je prépare une pièce où j’accompagne une soprano colorato sur des airs d’opéra à l’accordéon, tout en écrivant la musique d’une autre pièce dans le style new yorkais des années 20.

7 Vous souvenez-vous de votre premier choc musical ?

Je pense que cela devait être le quintette pour clarinette de Mozart, interprété par Jacques Lancelot, j’avais 5 ans.

8 Vos goûts ?

Vaste question! Comme je vous l’ai dit plus haut, je recherche surtout le fond bien qu’étant sensible à la forme, mon seul critère étant mon ressenti. Je peux être séduit par n’importe quelle musique dans n’importe quel style, y compris la bonne techno et trans sur laquelle j’ai usé mon corps dans les années 90… La beauté se cache parfois là où on ne l’attend pas. Je me souviens d’une interview de Brassens où il disait s’émouvoir autant en écoutant une chanson « neuneu » de Claude François qu’en écoutant du Brahms. J’ai donc, à l’instar du maître, des goûts extrêmement variés, allant du klezmer au jazz, de la chanson à la techno, mais quand j’ai les oreilles qui saturent, n’ayant plus d’envie particulière, je reviens à mes fondamentaux: Mozart et Bach. En revanche, la musique qui me ressource sur scène, me transcende, m’ouvre le coeur et l’âme, c’est vraiment la musique klezmer, dont Giora Fedmann a dit qu’elle est la « clef de l’âme ».

Infos pratiques et réservations pour le 29 janvier : Espace Rachi, 39 rue Broca 75005 Paris au 0142171036.

Photo : Le Yiddish express trio, photo officielle

Infos pratiques

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