Jazz

Guillaume Perret et Stefano di Battista & Sylvain Luc dans le cadre du festival Domaine Jazz

Guillaume Perret et Stefano di Battista & Sylvain Luc dans le cadre du festival Domaine Jazz

28 octobre 2014 | PAR Delphine Habert

Le Café de la Danse accueillait pendant quatre jours la 1ère édition du festival Domaine Jazz, un événement proposant une rencontre entre cépages et jazz. Jeudi soir se produisait Guillaume Perret en solo puis Stefano di Battista et Sylvain Luc en quartet, dans le cadre de leur album « Giu la testa ». Une belle soirée musicale.

Le café de la Danse fait presque office de cabaret. Une vingtaine de tables blanches, chacune assortie de deux ou trois chaises, parsèment la petite fosse de la salle, donnant un côté à la fois musette et sélect à l’événement. La vue depuis la tribune vaut le détour. L’atmosphère est à la détente et propice à la discussion.

Au bout de quelques minutes après l’entrée en salle des spectateurs, Guillaume Perret arrive seul sur les planches, dans une obscurité qui sera peu à peu parsemée de lumières rouges. Son saxophone laisse sortir de ses entrailles un faisceau lumineux, tel un phare de camion, s’allumant en fonction du son émis par l’engin. Devant l’artiste, apparaissent ses outils de scène : de nombreuses pédales toutes différentes les unes des autres. Le musicien joue sur les sonorités, le volume et la densité du son sortant de son instrument. Le saxophone se change tantôt en guitare électrique endiablée, tantôt en violon plaintif. Ses pédales loopers lui permettent de créer à lui tout seul une harmonie riche et une rythmique complexe, un vrai orchestre. Les sonorités nous font voyager dans un univers onirique, on y entend des mélodies orientales, l’agitation de la ville, les bruits des vagues aussi. Sa musique nous porte dans des endroits très différents en même temps. Ses inspirations sont multiples : on passe du jazz au rock progressif, en passant par la musique baroque. Ces styles se mélangent tout en formant un ensemble cohérent. Sa musique nous pousse à faire fonctionner notre imagination. On pourrait trouver dommage que la virtuosité musicale de l’artiste au sens où on l’entend d’habitude soit mise de côté. Cette virtuosité (un jeu, une technique, une rapidité dans l’interprétation de son instrument), l’artiste l’a assurément, mais son talent le plus génial réside dans cet enchaînement et cette coordination à manœuvrer tout son outillage électronique pour rendre un mélange de sons novateur, original et très intéressant à l’écoute. Guillaume Perret fascine par l’originalité de son style et sa virtuosité dans l’utilisation du son de son instrument.

À l’entracte, un producteur de vin présente un de ses vins blancs, il insiste sur la particularité de fabrication et de procédé de son vin issu de l’agriculture biologique. Après cette courte intervention, arrive ensuite le quartet formé par le saxophoniste Stefano di Battista et le guitariste Sylvain Luc. À leurs côtés, Pierre-François Dufour est à la batterie ainsi qu’au violoncelle et Daniele Sorrentino à la basse. Les musiciens viennent présenter leur nouvel album sorti en septembre dernier : Giu La Testa.

Les lumières sur scène ont changé. Après un set sombre, dans une ambiance intimiste, les quatre musiciens s’installent sur une scène plongée dans une lumière jaune orangée, on sent revenir l’été. Les sons chauds et envoûtants de la guitare acoustique et du saxophone y jouent aussi pour beaucoup. D’Ennio Morricone à Nino Rota, la musique de films prédomine. On retiendra l’interprétation magnifique de la musique du film de Fellini 8 et demi. L’œuvre « Otto e mezzo » traduit très bien l’aspect onirique du film, tout en apportant une touche originale, notamment à travers les parties improvisées des deux instruments solos mais aussi le léger retard dans l’arrivée des notes du thème principal. Certains morceaux sont menés par le violoncelle, instrument au son chaud et dramatique. La structure jazz l’emporte souvent mais l’interprétation des musiciens s’inspire de bien d’autres styles de musique. L’atmosphère sur scène est bon enfant, les deux leaders se charrient gentiment entre chaque morceau. Sylvain Luc part parfois dans des élans improvisateurs incontrôlés, commençant par exemple un des morceaux par la musique de Jeux Interdits, pour perturber son acolyte. Une bonne alchimie semble régner au sein du quartet.

Après l’interprétation de plusieurs musiques de film, leur version originale du très célèbre « I got a woman » de Ray Charles redonne au concert une certaine dynamique, dans une ambiance presque rock’n’roll. Après de longs applaudissements et pour son dernier morceau, le quartet interprète une ballade et amène ainsi un peu de douceur pour terminer ce concert en beauté.

Visuels : © Christophe Charpenel et Just Looking Productions (pochette de l’album Giu la testa)

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Delphine Habert

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