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[Carnet de route] Jazz à Vienne (Isère) : le bon stop sur la route du Sud

[Carnet de route] Jazz à Vienne (Isère) : le bon stop sur la route du Sud

13 juillet 2017 | PAR Sabina Rotbart

Arrêtez-vous sur la route du Sud pour écouter du jazz en chemin. Avec son programme éclectique, qui va de Ponty/Lagrène/Eastwood/ à l’inclassable Yacine Boularés en passant par Keziah Jones, le Festival Jazz à Vienne offre un beau son dans un site sublime, celui du théâtre antique. Jusqu’au 13 juillet, nuit comprise!

Pour retrouver nos chroniques des concerts de Jazz à Vienne, c’est ici et là.

Choc visuel pour les artistes les plus blindés, le théâtre romain de Vienne (Isère) grimpe la colline de façon si abrupte, que vus de la scène, les 7000 spectateurs forment un mur véritable. Cela ne glace pourtant pas les musiciens tant les gradins sont chauffés à blanc, par la musique, l’astre solaire déchaîné et par les vins locaux aux messages subliminaux d’agrume et de violette. Les très célèbres, Côte-rôtie et Condrieu, ces frais nectars, mais surtout le petit dernier en plein work in progress, les vins du terroir viennois furieusement titillants. C’est une future AOC prometteuse que ce petit dernier dont le nom de baptême n’est même pas encore choisi (on parle pour l’instant de Vitis vienna ou du vignoble de « Seyssuel « … mot drolatique, très « Zazie dans le métro ») mais dont l’INAO devrait dans les deux ans annoncer la naissance. Un jus suave et encore abordable, vous avez donc intérêt à réserver vos caisses. Mais revenons à notre théâtre, 13000 place autrefois, 7000 aujourd’hui, soit deux fois celui de Fourvière, son voisin proche (Vienne est à 20 minutes en TER de Lyon).

A la nuit tombante, les ombres attentives, passionnées, assises sur les gradins vibrent. Tantôt c’est du funk, de la soul, de l’afro-cubain, tantôt un mix forcément singulier offert par des gaillards historiques comme Herbie Hancock (le 12 juillet à 20h30). Mais nous aimerions surtout y être le 13 juillet, du soir jusqu’au petit matin, pour cette nuit non-stop de jazz, avec une brochette musicale, Keziah Jones, de jeunes français brillants comme le pianiste toulousain Amaury Faye ou le saxophoniste Guillaume Perret, des sud-américains de Sao paulo et Seu Jorge, dans un tribut à David Bowie… L’ambiance promet d’être franchement intense, jusqu’au café-croissants distribué à l’aube à tous les adorateurs du jazz emmitouflés dans leur sac de couchage sur les gradins antiques.
Le festival est éclectique en diable, le 8, il fallait entendre ce concert archi familial réunissant le jazz afro-cubain, la jeune génération autour du dernier des membres historiques du Buena vista social club, Eliades Ochoa. L’excellent pianiste Roberto Fonseca, une carrure de champion sportif mais des mains percutantes dont on chuchote en coulisse qu’il serait l’héritier de Chucho Valdes et surtout une incroyable petite bonne femme, haute comme trois pommes, d’une rondeur délicieuse, la chanteuse Daymé Arocena, qui danse avec l’énergie débridée d’un enfant grimpé sur la table à la fin d’une fête de famille. Le 10, Ponty et Lagrène se sont follement articulés, alchimie réussie, avec l’aide précieuse de Kyle Eastwood. Le 9 c’était le grand jeu, tout feu tout flamme tout cirque de Larry Graham, un funk déjanté.

L’an prochain, c’est promis vous descendrez plus tôt et vous resterez plus longtemps. Histoire de partir au marché à l’aube avec Patrick Henriroux, le chef de la Pyramide, 2 étoiles au Michelin, un chef au cœur doux comme le beurre et à la créativité explosive (on n’oubliera pas sa tomate rôtie nimbée d’une mousse à la rigotte fraîche de Condrieu). Il fait découvrir la caillette savoureuse, les abricots à noyau doux et porte la verveine comme s’il s’agissait d’un fagot odorant. Vous resterez montrer aux enfants le superbe musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal, commune qui jouxte Vienne, en traversant le Rhône. La vision collectiviste des romains les amusera beaucoup (latrines, fours à cuire ou thermes, ils partageaient tout, sans souci d’intimité) sans compter que le site est en grande partie en plein air. Les jazzmen y abordent souvent, et de joyeux lurons y pratiquent fin septembre de l’archéologie expérimentale. Comprenez qu’ils pressent du vin à la romaine, pour rire sérieusement. C’est l’un des sites majeurs de cette ville  conquise par Rome au premier siècle, bâtie sur des trésors antiques qui empêchent de creuser la moindre piscine de peur de trouver (encore !) quelque vestige précieux.

Enfin, cerise sur le gâteau musical, si les spectacles du théâtre antique sont payants, (36 euros/ gratuit pour les moins de douze ans), 80% des concerts sont gratuits, ce qui n’est pas anodin pour les petits budgets…

Tables hautement recommandables : Le bistrot de Serine à Ampuis, un restaurant de vignerons et bien sûr la Pyramide, table gastronomique bien vivante, qui compte aussi un sympathique bistrot de chef, plus abordable. Un lieu fondé autrefois par Fernand Point, qui forma les grands chefs français, Bocuse, Troisgros, Chapel et lança la cuisine du marché.

Pour aller plus loin :  www.vienne-tourisme.com

visuels : SR

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Sabina Rotbart
journaliste en tourisme culturel, gastronomie et oenotourisme. [email protected]

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