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Gautier GARRIGUE : « On est là pour longtemps, le plus longtemps possible » – Interview

Gautier GARRIGUE : « On est là pour longtemps, le plus longtemps possible » – Interview

02 juin 2022 | PAR Geraldine Elbaz

Le 3 juin 2022, le quartet Flash Pig sort un nouvel opus intitulé Le plus longtemps possible. Ils seront en concert au Sunside le 5 juillet. Rencontre avec le batteur du groupe, Gautier GARRIGUE. 

Bonjour Gautier, pourriez-vous nous raconter comment s’est créé votre groupe Flash Pig avec lequel vous jouez depuis près de 15 ans ?

Au départ, on jouait en trio avec Maxime et Adrien Sanchez, respectivement pianiste et saxophoniste. On avait 15 ans quand on s’est rencontrés lors d’un stage au festival Jazz in Marciac. Le courant est passé tout de suite car on avait la même culture musicale et les mêmes centres d’intérêt. On parlait déjà de Keith Jarrett. A ce moment là, Adrien partait à Boston (pour étudier au Berklee College of Music) et avec Maxime on s’est retrouvés à Paris au conservatoire du 9è arrondissement. On faisait des jams, on sortait dans les clubs. Quand Adrien est rentré de Boston, on a commencé à jouer en trio puis Florent, qui étudiait à Paris au CNSM, nous a rejoint. C’est vrai que sans basse, c’était plutôt expérimental et qu’avec Florent, c’était beaucoup mieux (rires). 

Alors pourquoi avoir choisi justement Florent Nisse à la basse ? 

C’est toujours une histoire de connexion, d’esthétique musicale. À ce moment-là, Florent était très Larry Grenadier, le contrebassiste de Brad Mehldau. Avec Maxime on les écoutait beaucoup, on adorait et puis Florent était déjà un excellent musicien. Ça a matché tout de suite. 

Pourquoi ce nom Flash Pig ? 

C’était un délire avec une lampe en forme de cochon… rose (rires), qui figure d’ailleurs sur la pochette de notre premier disque. On cherchait un nom et puis on est tombé sur ça. C’est pas mal, non ?

Depuis vos premiers concerts, vous remportez des prix prestigieux et vous gagnez notamment l’European Jazz Competition vous permettant de jouer au North Sea Jazz Festival. Vous donnez des concerts dans toute la France et vous sortez 3 albums Remain Still, Flash Pig, Year of the Pig. Votre dernier opus Le plus longtemps possible sort le 3 juin. 11 titres, dont 9 compositions originales. Parlez-nous de ce projet.

Ce projet est né d’une volonté de parler de nous, d’exister. Depuis notre précédent album Year of the Pig sorti en 2019, nous n’avions rien fait. Ces années covid nous ont bloqué et ça faisait longtemps qu’on se disait qu’il fallait produire quelque chose. On a donc enregistré l’album, finalisé en 4 mois, ce qui est plutôt rapide quand on pense à toutes les étapes d’élaboration d’un disque. C’est la première fois que nous composons tous sur ce disque, qui est un vrai projet collectif. Pendant deux jours, nous étions en résidence à Rouen, ça nous a permis de jouer le répertoire devant un public avec beaucoup de musiciens et d’avoir des retours immédiats. L’ambiance était conviviale et les gens nous disaient ce qu’ils aimaient ou pas, ce qui nous a permis de remanier certaines formes pour que ça marche mieux. Je précise d’ailleurs que nous n’avions pas de chauffage le deuxième jour de résidence et que c’était l’hiver, ce qui montre notre motivation (rires).

Pourquoi ce titre Le plus longtemps possible

C’est le titre d’un morceau de Florent. Il résume assez bien notre message. On est là pour longtemps, pour le plus longtemps possible. Surtout depuis le confinement, ces mots résonnent autrement, c’est plus fort encore. 

Dans cet album, vous nous proposez également deux reprises : Get Busy de Sean Paul et Video Games de Lana Del Ray, pourquoi ce choix ? 

On s’était donné un thème sur les musiques du début des années 2000. On aimait bien travailler ces titres, trouver des arrangements. Avec un matériel harmonique et mélodique très simple, le challenge était de trouver quelque chose d’original à faire. Il fallait jouer sur quelque chose de reconnaissable, tout en exprimant notre créativité. L’idée était de reprendre des chansons commerciales assez éloignées du jazz et de se les réapproprier. Avec Video Games, on a trouvé le nouvel arrangement pratiquement tout de suite, c’était plus facile que pour Get Busy. On fera peut-être d’ailleurs un prochain album avec uniquement des reprises. 

Pourriez-vous nous raconter une anecdote que vous n’avez racontée à personne sur l’élaboration de ce disque ? 

La photo sur la pochette de l’album est celle d’Adrien. Il l’a prise lors d’un voyage en Suède. 

Quel est votre rapport à la liberté dans votre musique ?

C’est un élément clé qui caractérise bien Flash Pig. On a cette volonté d’être le plus libre possible, on n’a pas envie de se brider. Paradoxalement il faut bien maîtriser les choses pour s’en libérer. Il ne s’agit pas non plus de faire n’importe quoi ou disons qu’il faut faire n’importe quoi intelligemment. Même si ce n’est pas parfait ou propre, quand ça déborde, ce qu’on privilégie c’est plutôt le moment présent, la spontanéité, les improvisations dans les lives par exemple. C’est ce qui compte le plus pour nous, ce qui fait de nous des musiciens libres. D’ailleurs en studio on ne fait souvent qu’une seule prise. La première est souvent la meilleure. Dans cet album, il n’y a qu’une prise pour chaque morceau. Ça nous convient, même si ce n’est pas parfait. C’est ça, la beauté du collectif ! Le son des quatre musiciens ensemble et plus encore dans le free jazz avec ce besoin, cette recherche de spontanéité. 

Vous jouez une musique ouverte et sans compromis. Vous revendiquez l’héritage de la scène free des années 60 et 70. En quoi Keith Jarrett, Paul Motian, Charlie Haden, Ornette Coleman et Dewey Redman vous influencent-ils ? 

Ce qu’on aime c’est le lyrisme, la pureté et la recherche de nuances. Le son de Garbarek (saxophoniste) par exemple : il peut jouer très faiblement, presque comme une respiration où l’on entend à peine le son ou alors c’est très fort, très musclé avec un son plus affirmé et puissant. Il n’y a pas de limite dans les nuances. 

Visuels : (c) Oliver Degabriele et pochette album

 

Flash Pig

Maxime Sanchez, piano

Adrien Sanchez, saxophone

Florent Nisse, contrebasse

Gautier Garrigue, batterie

Nouvel album Le plus longtemps possible, sortie officielle le 3 juin 2022

En concert au Sunside le 5 juillet à 21h30

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Passionnée de théâtre, de musique et de littérature, cinéphile aussi, Géraldine Elbaz est curieuse, enthousiaste et parfois… critique.

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