Musique

Interview de Jean-Michel Dupas, programmateur du Printemps de Bourges pour l’édition 2018

Interview de Jean-Michel Dupas, programmateur du Printemps de Bourges pour l’édition 2018

13 février 2018 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’on attend la très attendue sélection des iNOUïS pour 1er mars, les grands concerts du Printemps de Bourges 2018 ont été annoncés. Le programmateur de cet événement culturel incontournable et qui ouvre au cœur du printemps la saison musicale des festivals nous parle de ce que l’on va pouvoir voir et entendre à Bourges, du 24 au 29 avril.

Même si le Festival ouvre sur Catherine Ringer et Véronique Sanson le 24 avril et qu’on y entendra Orelsan, Shaka Ponk, Charlotte Gainsbourg, Alela Diane ou Laurent Garnier, il semble que vous mettiez en vis-à-vis et presque à la même hauteur pas mal de jeunes artistes.
C’est vrai et cela correspond tout à fait à la vocation du Printemps de Bourges, né il y a 43 ans. Au départ, il a été créé comme un festival de contre-culture, les Renaud ou les Higelin ne passaient pas à la radio et encore moins à la télé. Ce sont ces artistes-là que le Printemps a voulu défendre. Et nous avons la volonté de réamorcer le festival sur la découverte de talents. Aujourd’hui encore plus qu’hier peut-être, nous sommes le festival des irrésistibles gaulois qui essaient de proposer des alternatives et de marquer notre différence. Nous nous battons contre l’uniformisation de la culture, qui nous parait un peu triste. Pour ne pas avoir les mêmes artistes qu’on retrouve ensuite dans tous les festivals de l’été, nous sommes obligés de réinventer notre modèle. Par ailleurs, à l’heure où la surenchère des multinationales fait que les cachets montent jusqu’à 100-150 000 euros pour un concert, notamment pour les artistes anglo-saxons, la taille des lieux du Festival joue aussi pour des concerts plus mélangés. Bourges n’est pas un festival de plein air et là où d’autres festivals peuvent agglutiner 30 à 40000 spectateurs, nous pouvons accueillir 8000 personnes dans la plus grande salle, le W. Sur 500 artistes annoncés, il y a toujours une vingtaine de têtes d’affiches et à notre grand dam les grands noms masquent parfois les découvertes. Cette année, hors le programme de découverte des iNOUïS, nous sommes à 55 % d’artistes qui ont juste sorti un premier album, ou pas d’album du tout.

Dans l’édito de la programmation, vous parlez « d’Odyssée culturelle » et mettez l’accent sur la pluridisciplinarité du Festival. Pouvez-vous nous en parler?
Déjà présent l’an dernier, le cycle « musique et littérature » va proposer principalement des inédits : Dani & Emmanuelle Seigner, Marina Hands & La Maison Tellier, Sandrine Bonnaire & Erik Truffaz et Marcella Giulian (sur des textes de Duras, lire notre article sur le spectacle dans une forme différente au Festival Notes d’automne, ici). Il y aussi le spectacle « L’arbre en poche » de Claire Diterzi, qui mêle musique, art lyrique, art du cirque, théâtre (qui est la spécialité de cette artiste protéiforme). Et il y aura également « On a dit on fait un spectacle« , de Sonia Bester, qui croise Théâtre et musique. Ce n’est ni une comédie musicale ni une pièce de théâtre avec de la musique mais c’est un mixte entre les deux, c’est très décalé. Dans une autre configuration, Jeanne Added va jouer debout pour 200 personnes tout autour d’elle, dans une immersion totale, dans une mise en scène avec infiniment de fumée. On perd le rapport entre scène et public, et le public, qui regarde en contrebas se retrouve à la fois fasciné et déboussolé.

Cette année, le thème sociétal, c’est FEMMES! . A la suite de #balancetonporc?
Pas du tout, nous avons décidé de ce thème en juin, bien avant l’affaire Weinstein et l’on s’est même demandé si on allait garder ce thème pour ne pas être accusés de faire de la récupération. Mais en même temps le Printemps a la tradition de mettre sur le devant de la scène beaucoup de femmes. Bourges, chaque année, compte 25 à 30 % de femmes dans sa programmation. On a décidé aussi de ce thème pour 2018 parce qu’on voyait qu’on allait tranquillement arriver aux 50 %, nous sommes le seul Festival à atteindre ce chiffre, sans marche forcée ou sans appuyer les femmes particulièrement. C’est un mouvement naturel qu’on voulait célébrer, surtout lorsque l’on sait qu’il n’y a que 13 % de femmes sociétaires à la Sacem… On a donc gardé le thème et il y aura une exposition, des conférences où les femmes artistes parleront de leur parcours, de la création artistique féminine.

Après l’hommage à Barbara l’an dernier, pourquoi Leonard Cohen cette année?
Pourquoi pas! Quand un artiste décède on a souvent envie de faire des hommages et c’est bien de prendre un peu le temps de faire mûrir les choses. La cathédrale, on ne l’a pas tous les ans et il faut que la programmation soit validée par le Clergé. Sous le titre «Hallelujah», qui est un clin d’œil à sa chanson, Leonard Cohen l’est! Henck Hofstede, le leader des Nits, un groupe hollandais, menait le projet avalanche quartet où quatre musiciens reprenaient Cohen. Il va travailler avec une jeune compositrice et chef d’orchestre franco-américaine, Uèle Lamorede, qui dirige l’Orchestre Orage et fait les arrangements de cordes. Henck va aussi chanter quelques chansons avec des invités comme Jeanne Added, Raphaël, Rover, Yann Wagner, Rosemary Stanley et Dom la Nena…

Les INouis sont classés par catégorie, Orelsan et Damso chantent le même soir, le week-end est dédié à l’electro au W et les soirées 100 % folk condensent ce genre. Est-elle organisée  de manière à attirer un certain public certains soirs, cette programmation?
Evidemment, il y a certains passages obligés. Pour l’électro, c’est mieux le samedi pour finir tôt le matin, mais il ne faut pas que les artistes de la grande salle fassent oublier tous les concerts proposés. Tout autour c’est très diversifié. Par exemple, le samedi on a à la fois une soirée nouvelle scène française, un plateau chanson folk avec Ben Mazué et Melissa Laveaux, et les cycles musiques et littérature qui continuent. Du hip-hop, on en a tous les soirs… Il y a aussi une programmation enfants avec des concerts à partir de 6 ans sur quatre jours à l’école du cirque : Okonomyaki, La Boum des Boumboxers, L’envol et Populaire. Et puis, comme chaque année, on réunit les deux plus grandes salles, le chapiteau et le Palais d’Auron pendant le week-end : les gens peuvent voir une douzaine d’artistes entre la Happy Friday et la rock & bit. Pratiquement 25 % achètent des pass sur les deux soirs. Si bien qu’on est presque dans le cas d’un festival au cœur du printemps qui fonctionne sur le modèle des festivals d’été.

Il y a beaucoup d’anciens iNOUïS qui ont été découverts au Printemps et qui y reviennent, notamment Eddy de Pretto, révélation des Victoires de la Musique 2018 et que l’on a découvert à Bourges l’an dernier…
On n’y fait pas attention mais les INOUÏS commencent à avoir de la bouteille, et les artistes passés par là sont de plus en plus nombreux. Une douzaine cette année. parmi lesquels Caire Diterzi, Raphaëlle Lannadère, Concrete Knifes, Palatine. Et oui, quand Eddy de Pretto est passé l’an dernier, il était complètement inconnu. Aujourd’hui avec internet cela va très vite. Du coup on a resserré le règlement pour interdire aux groupes de plus de 5 ans d’y participer. Nous voulons continuer à découvrir des talents.

visuel : Boris C Crénel

Informations sur le printemps de Bourges, ici.
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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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