Musique
Le Magic Circus de Chorus donne le diable au corps de Jacques Higelin

Le Magic Circus de Chorus donne le diable au corps de Jacques Higelin

22 mars 2011 | PAR Bérénice Clerc

 

Le festival Chorus a planté son Magic Circus au pied des tours de la Défense sans vie la nuit. Jacques Higelin y était le clown explosif et chantant, hier soir, précédé par Karimouche.

Un chapiteau superbe, rétro, au pied des tours de verre sans âme reflétant le vide intellectuel de notre société, face au trop-plein de technologies, de lumières, de surpuissances économiques. Comme dans le vieux cirque, les toiles flottent, les lustres vibrent, il fait bon entrer dans cette ambiance déjà chaleureuse d’or et de pourpre mêlées. Une petite scène au loin pleine d’instruments, un arceau de banc clouté à l’ancienne et au centre un immense espace vide, bientôt plein de gens debout pour partager la musique. Seul reproche à faire à ce superbe Magic Circus, offrant des concerts intimistes et humains, son agencement, sans chaise cette année, obligeant trois générations à rester debout et se contorsionner si elles voulaient voir un bout de la scène… L’ambiance est bonne, les gens communiquent, échangent, trinquent.

Karimouche entre en scène pour sa première partie, un claviériste à sa gauche, des machines et un « Human beat box » à sa droite. Jolie jeune femme frêle, belle robe noire, une voix particulière entre aigus brisés et graves maitrisés sa voix semble porter les traces orientales. Elle prend la scène entre slam, chant, hip hop et textes poétiques et bruts dans un français léché. Pleine d’humour et de fantaisie, Karimouche raconte le début de notre siècle comme pouvait le faire la Môme Piaf au début du sien. Piaf était à moitié Kabyle, Karimouche Berbère du Maroc nous montre sans le vouloir une fois de plus s’il était besoin d’enfoncer le clou de la certitude qu’une identité est multiple et ne se résume pas à une nationalité administrative !

Du clavier, de l’électro, du théâtre, des bons mots, du beat box sobre et maitrisé, de quoi commencer ce concert avec joie et remercier Karimouche pour sa bonne humeur, son débit, sa fraicheur et son énergie.

Une petite pause, le public attend Higelin avec joie, il arrive, simplement, comme lancé par le pétard qui l’a coiffé dans un même geste.

Jacques Higelin est d’une présence forte en moins d’une seconde, il parle à ses musiciens comme si nous étions à une réunion de famille dans laquelle il chantait pour nous, avec nous, leur demande de commencer Coup de Foudre parce qu’un des musiciens ne semble pas prêt ! C’est partie pour une aventure folle et envoutante où le temps n’existe plus, seul l’échange, la réflexion, le partage et l’amour sont à porter de nos mains. Les musiciens sont en osmose totale avec le chanteur, au soupir près. Il parle, demande de commencer une chanson, à peine une respiration et la batterie, la guitare, la basse, les percussions, le clavier, les cuivres résonnent à la perfection. Comme toujours chez Higelin, les musiciens ont la part belle, les cuivres ont des partitions de rêve entre classique  jazz et contemporain, la basse des solos de star, la guitare des accords majeurs, les percussions et la batterie, des rythmes absolument nécessaires.

Ils jouent son dernier album, Coup de Foudre, J’ai jamais su, Qu’est ce qui se passe à la caisse, New Orleans, Aujourd’hui la crise…on croirait un jeune homme, libre subversif à l’intelligence rebelle, la réflexion, l’amour pur. Jacques Higelin a 71 ans, il parle de sexe entre les chansons, blague, s’amuse avec légèreté et n’oublie pas d’être engagé, non pas pour faire bien ou soigner son image rebelle dans les médias, mais pour rappeler des réalités comme il dit. Il échange de l’amour, est solidaire d’une société en crise, soutient les jeunes désireux de se libérer de la tyrannie des dictateurs, dit que le peuple seul peut s’en sortir à grand coup de solidarité, qu’un océan de partage pèse plus lourd qu’une pyramide de réussite ou qu’un nouveau chef des armées comme Nicolas Sarkozy qu’il trouve ridicule avec son nouvel alibi contre la Libye. Il le trouve plus proche d’un guignol que d’un chef et dit même que c’est lui la « Racaille » ! Sous les applaudissements du public en délire il va s’en dire. Jacques Higelin est un artiste, il prend position, il regarde notre société, en fait parti, prend du recul, écrit des mélodies, des textes lucides et poétiques, fait chanter une foule de 7 à 99 ans dans une joie de vivre rare et salvatrice. Le public danse, chante, crie, applaudit, sourit, rit quand il se mouche et lance le mouchoir dans la foule, fier d’offrir l’intégrité de son intérieur et proposant de l’encadré pour l’accrocher sous un crucifix et surtout de le garder pour le vendre quand il sera mort et que sa valeur aura décuplé !

Des solos de piano, un solo de guitare électrique Heureux, Higelin saute, danse, virevolte tournoie et transmet sa joie à toute la foule en délire pour terminer, après avoir présenté chaque musicien, sur Bye Bye Bye et un Champagne où le piano rythme de multiples couleurs exquises surplombé par la voix unanime et pleine d’Energie des spectateurs en quasi transe.

Quelle leçon de musique, de scène, de spectacle, d’engagement, d’Amour, d’Humanité,  de jeunesse, de vie.

Les jeunes postulants aux carrières artistiques devraient consommer jacques Higelin sans modération.

Auteur compositeur, acteur, chanteur, show man, poète, danseur, trublion, Higelin est un vrai Saltimbanque, gardons -le, choyions-le, nous en avons besoin pour respirer dans ce marasme médiatique.

 

 

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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