Musique

Fadeur conventionnelle de La Favorite au TCE

Fadeur conventionnelle de La Favorite au TCE

13 février 2013 | PAR Bérénice Clerc

« La Favorite » de Donizetti fut l’un des plus grands succès parisiens, elle n’a pas été représentée à Paris depuis une trentaine d’années environ, Valérie Nègre et Paolo Arrivabeni signent son  très terne retour.

L’œuvre, fut créée en 1840 à la Salle Le Peletier dans le style « grand opéra »,

Le livret d’Alphonse Royer et Gustave Vaëz, assistés d’Eugène Scribe, narre la tragique histoire de Léonor,  maîtresse du roi de Castille Alphonse XI, qu’elle pensait épouser…

Par  amour pour elle, un jeune novice du couvent de Saint-Jacques de Compostelle, Fernand, se défroque et part sur le champ de bataille au service du roi. Revenu héros, Fernand réclame pour prix de ses exploits la main de Léonor. Laquelle lui est accordée par le roi ulcéré, averti de la trahison de sa favorite.

Fernand est le seul à ignorer le passé de courtisane de Léonor, informé du déshonneur de son mariage, Fernand renie Léonor, retourne à son couvent pour prononcer ses voeux. Un jeune novice errant arrive au monastère : c’est Léonor venue obtenir le pardon de son bien-aimé avant de mourir d’amour à ses pieds.

Histoire tragique, s’il en est, d’amours contrariées, de pouvoir et de place dans la société passée. Si La Favorite fit le régal de son époque (pas moins de 692 représentations jusqu’en 1918), elle ne tomba pas dans les bras de la postérité. Difficile, d’interpréter aujourd’hui le calvaire moral et social de cette femme perdue, préfiguration de La Traviata verdienne de 1853, à laquelle de nombreux accents donizettiens peuvent s’apparenter.

Le Théâtre des Champs Élysées n’est pas comble, mais les spectateurs sont tout de même nombreux pour découvrir une nouvelle version de La Favorite, plus moderne, enlevée et jouée pour des spectateurs d’aujourd’hui pensaient-ils.

Il n’en est rien hélas, la mise en scène de Valérie Nègre pourrait être tout droit venue du début d’un vingtième siècle ultra conventionnel. La scénographie prend des allures décoratives parfois à la limite du laid, les costumes sont sans fantaisie, les rôles sous dimensionnés, les chanteurs, à l’exception de Ludovic Tézier sont sans relief et la musique suit hélas ce même chemin banal exempt de souffle, sans parler des lumières proches de l’amateurisme.

Ludovic Tézier annoncé souffrant brillera par sa voix limpide, son panache et son charisme loin du style emprunté et faussement surjoué de ses partenaires aux lignes vocales interrompues par des respirations mal placées et une articulation parfois inintelligible.

L’Orchestre National de France dirigé par Paolo Arrivabeni est terne sans rythme, laisse des silences de trente secondes entre chaque scène, des ralentis inexplicables, des balances insupportables où les cuivres prennent des allures de fanfare et l’orchestre mué en un accompagnateur lourd sans finesse.

Le choeur de Radio France est perdu au milieu d’une scénographie absente, les voix instables peinent lors de chorégraphies proches du ridicule et sans intérêt.

Tout est plat, anecdotique, insignifiant, une mauvaise opérette ringarde aurait pu emporter la foule, mais ici aucun choix réel, engagement ou relecture de l’opéra ne sont faits.

 

La représentation est applaudie sans réel engouement, le manque cruel de souffle du spectacle ne le rend pas détestable ou à siffler, il est fade, sans passion, dans le jus d’une autre époque à la française, trop conventionnel et sans l’énergie et le talent nécessaires à un lieu aussi porteur que le théâtre des Champs Elysées.

 

 

Visuels : (c) TCE.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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