Electro
[Live report] Apparat au Café de la Danse : une mutation lyrique d’une beauté fascinante

[Live report] Apparat au Café de la Danse : une mutation lyrique d’une beauté fascinante

28 mai 2013 | PAR Bastien Stisi

foto2Un violon, un violoncelle, une contrebasse, un piano, une trompette…et un Sascha Ring en guise de chef d’orchestre electronica venant poser ponctuellement sa voix de velours sur une trainée de nappes lyriques et électroniques…Apparat présentait hier soir au Café de la Danse son nouveau projet, illustration récente de l’adaptation théâtrale du roman de Léon Tolstoï Guerre et Paix par le metteur en scène allemand Sebastian Hartmann. Un revirement artistique et scénique aussi audacieux que réussi pour le brillant dj et producteur berlinois.

Comme un clin d’œil malicieux à l’évolution connue ces dernières années par Sascha Ring et par son univers musical savant (on se souvient du pionnier Multifunktionsebene, 2001), passé en une dizaine d’années du purisme d’un univers résolument IDM aux expérimentations pop et instrumentales de The Devil’s Work, c’est le dj electronica Markus Popp, camouflé derrière le sobriquet d’Oval et derrière un accoutrement d’expert en assurance endimanché, qui est en charge de l’introduction de la soirée. Beats déstructurés et cosmiques, élancées martiennes et synthétiques, halos de sonorités suaves et sinoques, pas de sourire sur le visage du curieux personnage, mais des mimiques nerveuses et récurrentes sur le coin des lèvres et une attention fixée sur des machines vectrices d’un set glitch et fluctuant venant rappeler avec insistance les heures les plus cisaillées et les plus cérébrales de l’IDM berlinoise et de son compatriote et congénère Apparat.

Le public demeure assis, perplexe ou/et fasciné par la prestation autiste et érudite du personnage, et ne se lèvera pas davantage pour venir saluer l’arrivée de Sascha Ring, de ses machines et de ses musiciens sur scène, parmi lesquels Philipp Timm (violoncelle) et Christoph Hartmann (violon), composantes musicales live habituelles d’Apparat. Une longue et chaleureuse ovation, une présentation très brève (et en anglais) par l’artiste des contours de son audacieux projet, et voilà le Café de la Danse projeté par-delà les rives enneigées et délétères de la Russie et du Guerre et Paix de Tolstoï, accompagné dans son voyage sensoriel et ésotérique par la totalité des morceaux du conceptuel Krieg und Frieden. Violons venteux aux notes allongées, nappes numériques aériennes et grésillées, percussions plurielles et prépondérantes, piano solennel et porteur, tribulations bruitistes aux périmètres incertains venant rappeler aux nostalgiques les premières productions de l’artiste et les réjouissances de ses premières années.

Derrière le groupe, quelques images mouvantes et symbolistes circulent sur les écrans du Café de la Danse, démonstrations cinétiques passant alternativement du noir au gris et du blanc au rouge, maculation sanguine des tréfonds du scénario martial d’un Guerre et Paix évocateur de la bataille de Russie et de la tentative d’investissement du territoire cosaque par l’armée napoléonienne. Violence dans le script, mais douceur fascinante et hypnotique sur scène pour une performance live organique aussi savamment pensée que parfaitement calibrée.

Parfois, lorsque cessent de résonner la canonnade et les élucubrations maitrisées d’orgasmes symphoniques, Sascha Ring quitte le confort de son siège et la compagnie de ses machines pour pouvoir s’emparer du micro et poser sa voix de sirène homérique et ses accents « Sigur Róssien », comme sur le sublime « A Violent Sky » et ses trainées de pop mélancoliques venant ponctuer magistralement le récit de Krieg und Frieden.

Invité par le Café de la Danse à sortir des coulisses après cette terminaison sublime, le groupe reviendra pour un rappel et l’interprétation ultime de quelques titres, et s’écartera quelques instants des plaines dévastées et ensanglantées de la Russie du début du XIXe pour inviter le spectateur vers des contrées tout aussi ténébreuses (celles de l’album The Devil’s Walk) et à l’accent tout aussi « pop », puisque c’est avec les montées instrumentales et vocales de « Black Water » que Sascha Ring et ses acolytes concluront avec brio la soirée.

Dehors, pas de traces enneigées et rougeoyantes sur le pavé, assurément pas de guerre, mais une paix et un sentiment de bien-être cérébral, côtoyant la célébration sensorielle du virage classique et lyrique parfaitement orchestré par un Sascha Ring et par un Apparat de plus en plus élégant.

Visuel : (c) Ana

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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