Classique
Des concerts originaux dans le Festival du Périgord Noir

Des concerts originaux dans le Festival du Périgord Noir

18 août 2022 | PAR Victoria Okada

Pour son 40e anniversaire, le Festival du Périgord Noir se démarque davantage par une programmation originale et offre une palette de concerts qui ne se cantonnent pas à un genre précis. Nous avons assisté à trois de ces concerts qui donnent un bon aperçu de ce large éventail.

« Il est impossible d’être jeune et tout à fait sage » Spectacle sur Henri Effiat de Cinq-Mars


Notre premier concert, ou plutôt un spectacle, retrace la vie tumultueuse d’Henri Effiat de Cinq-Mars (1620-1642), dernier favori de Louis XIII, décapité à 22 ans pour avoir conspiré contre Richelieu. Le spectacle est conçu par le claveciniste Olivier Beaumont à l’occasion de la sortie de son livre Tombeau du jeune Monsieur de Cinq-Mars (Arléa, 2021).
avec un récitant. Les textes, extraits des Historiettes de Gédéon Tallemant des Réaux, de témoignages de l’époque ainsi que de Louis XIII et de Cinq-Mars lui-même, sont lus en alternance avec la musique, par Adrien Melin qui entre dans la peau de jeune homme. Le timbre lumineux de la soprano Luanda Siqueira, l’archet agile de Noémie Lenhof sur sa viole de gambe, dialoguent avec les doigs d’Olivier Beaumont, un grand habitué du Festival (depuis 25 ans !), sur un magnifique clavecin de Philippe Humeau d’après un Ruckers de 1625. ils amènent ainsi l’auditoire dans une époque où des complots politiques des puissants l’emportaient sur tout. Parmi les musiques choisies dans le répertoire vocal et instrumental du règne de Louis XIII, la plus bouleversante est probablement Il Lamento ‘Sul Rodano severo’ (sur la mort de Cinq-Mars) de Barbara Strozzi dans le style madrigalesque avec des arias, chanté avec théâtralité et affectes convaincants.
13 août, Eglise d’Auriac

« The Waves », une création qui fait vivre la viole de gambe à notre temps


La mezzo soprano Anaïs Bertrand et le violiste Robin Pharo ont créé pour le Festival un programme qui sort du carcan de la musique ancienne à laquelle la viole de gambe est intimement associée. Robin Pharo, qui a toujours été baigné dans l’univers de la musique lointaine, rêvait d’un répertoire contemporain pour que son instrument, redécouvert au milieu du XXe siècle après presque trois siècles d’oubli, renaisse encore davantage des cendres.
Ainsi, le programme est entièrement constitué des pièces du XXe siècle à une exception près : un air anonyme du XVIIe siècle, J’avais cru qu’en vous aimant, qui situe l’instrument et le chant dans leur répertoire d’origine. Le titre du concert est tiré de celui d’une série de quatre courtes pièces composées par Fabien Touchard (né en 1985), sur commande de notre duo en 2019. Des intervalles glissants sur la viole (The waves), un chant dépouillé sur une formule répétitive minimaliste sur la viole (Haïku), la voix de mezzo qui descend jusqu’à une tessiture très grave et réalise des sauts soit doux soit mouvementés (The Rose of Sharon) ainsi qu’une atmosphère onirique (The Lake isle of Innisfree), caractérisent ces quatre pièces écrites sur mesures pour les deux musiciens. Elles explorent différentes possibilités de la viole qui fusionne avec la voix veloutée d’Anaïs Bertrand qui change magnifiquement la manière de chanter selon les pièces. Le programme présente également des compositions de Robin Pharo sur des poèmes de Rilke, Apollinaire, Aragon, Beaudelaire, d’Andrée Chedid, mais aussi de son propre poème. Pour ces dernières pièces, il laisse la viole de gambe pour la guitare, mais sa sensibilité poétique reste la même. Le programme sera enregistré dans les mois qui viennent mais il faudra patienter un an ou deux avant la sortie du disque…
14 août, Eglise d’Ajat.

L’Ensemble Diderot invite à un voyage violonistique de Venise à Paris au 16e et au 17e siècles


Ce concert de l’Ensemble Diderot à l’Église d’Ajat marque le début de sa résidence croisée pour trois ans avec le Festival du Périgord Noir et le Centre de la Musique Baroque de Versailles, centré sur un programme français. Le violoniste Johannes Pramsohler, directeur artistique de l’Ensemble et le fondateur du label Audax Records, propose toujours des programmes intelligeamment construits, dont « De Venise à Paris ; A tre e a quattro violini ». Juste avant la concert, il a dû modifier le programme en remplaçant un violoniste indisposé par l’un des étudiants participant à l’Académie Baroque Internationale (qui fête ses 20 ans), tout en conservant la thématique. La première partie ainsi modifiée répond aussi bien que le programme initial à la question : « d’où aurait pu venir la manière de composer à l’italienne en France ? ». Les musiciens, surtout les violonistes, déploient cette vocalité dans les Sonates de Giovanni Gabrieli et Giovanni Battista Fontana ; leur interprétation évoque des chœurs multiples vénitiens, avec une dose de théâtralité et une virtuosité éblouissante. Dans le programme, avant d’arriver à Paris, on passe par Vienne avec deux Sonates de Giovanni Battista Buonamente et de Johann Fux dont la musique est en général plus posée. Dans la deuxième partie, Paris est évoqué par trois Concertos à quatre violons, deux de Jacques Aubert (qui faisait partie des 24 Violons du Roi) et un de Georg Philipp Telemann qui séjourna longuement à Paris et de ce fait aurait pu rencontrer Aubert. Les musiciens insistent naturellement le caractère italien exubérant dans les mouvements vifs, alors qu’ils dessinent avec élégance la ligne mélodique de l’air à la française des mouvements lents, ainsi que la chaconne finale empruntée à l’opéra français, et ce, avec un clavecin à… l’italienne.
Le concert est rempli de grâce, de joie, de sérénité aussi, illustrant un échange actif entre différents styles de différents pays, faisant revivre le grand dynamisme qui régnait à l’époque.
14 août, Eglise d’Ajat.

Photos © Paul Denais

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