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Denise King & Olivier Hutman : Give me the high sign, le divin album

Denise King & Olivier Hutman : Give me the high sign, le divin album

16 mars 2013 | PAR Aaron Zolty

Denise King, Olivier Hutman, et un quintet pulsant la force et le swing dans un groove tempo battant, nous donnent le Bonheur  d’un second opus sensible et divin: Give me the high sign. Album superbe à  l’intelligence d’un roman de Paul Auster – Invisible de préférence –  et de sa relation à la femme qu’il aime, comme un amour qui relierait à quelque chose de supérieur. Hors la banalité et l’exercice prévisible des standards.  Le jazz n’est-il pas une représentation de l’esprit ? Parfois barbante pour les non initiés ou non pratiquants. Ici, ce n’est nullement le cas. Un OVNI soul Jazz construit comme une histoire faite d’aucun standard. J’entends, de ces grands standards chantés dans tous les sets de divas le soir dans les pinèdes des quatre coins du monde. Une recherche des titres méticuleuse et intéressante, hors des sentiers battus. Chaque titre sonne comme une nouvelle d’un opus autant personnel que littéraire. Equilibre excitant entre les titres écrits par le trio Hutman King Wember-Hutman et des perles inconnues. N’allez pas penser qu’il s’agisse d’un album courage. Avec Olivier Hutman (Accompagnateur de Dee Dee Bridgewater, Henry Salvador, Michel Legrand et bien d’autres) le bon goût dans l’exigence absolue de la construction tel un génie de la haute couture vise à l’harmonie, le respect immense du plaisir de l’auditeur et du spectateur en concert. Ce musicien humble est un bloc rassurant et créatif, généreux. Ce genre d’homme qui permet l’accomplissement de celle qu’il habille, de celle qu’il aime. Le sens des Hauts Signes. Ce qu’ils nous donnent  est une fois de plus un amour puissant, sans concession que celui du tempo dans un espace idéal. Simplement jubilatoire.

Ce qui impressionne dans la première écoute de l’album, c’est la richesse dans la juste partition. Sans débordement de soli épuisants. Le respect de la chanson, de son esprit, et des opportunités considérables que l’écrivain Hutman offre à une héroïne exceptionnelle par la variété de ses performances vocales dans chacun des chapitres qu’ils habitent dans le moindre espace. Ce compositeur, pianiste, arrangeur est, disons-le,  sécurisant dans le charme qu’il procure : un intellect de la construction, de l’architecture sans faille qui permet toutes les émotions et les  relations que le jazz diffuse. Ainsi, cette magnifique fusion de la Soul, du blues et du jazz.  Car le jazz est fait de cette colonne vertébrale rigoureuse qu’est le rythme, comme une prière en attente de transe et d’un lâcher prise qui, dans l’interprétation, se doit d’ouvrir à la modernité si ce n’est l’avant-garde, l’improbable. Mission réussie. Qui plus est, jamais le moindre ennui. Denise King et Olivier Hutman, s’ils font penser au duo mythique Joe Sample et Randy Crawford teinté d’Oscar Peterson et de Sarah Vaughan, ont une concorde particulière qui tend à l’universel, subtilement cimentée par Miss Hutman.

Les talents d’écriture de Viana Wember Hutman, qui hors le fait d’être l’épouse d’Olivier Hutman a un talent littéraire réel doublé de celui de songwriter, apporte un bain esthétique sentimental comme un cadeau venu du ciel. A la question que pourrait se poser la chanteuse de gospel : Sœur âme ne vois-tu rien venir ? : Si. L’élégance intimidée et intimidante de Viana Hutman.

Dans cette continuité et son harmonie variée, l’expérience est autant dans la sensibilité, voire la sensualité que l’esprit. Celui des hauts signes. Ce signe que l’on attend dans la banalité quotidienne qui aurait à voir avec la poésie d’Edmond Jabès face à de Hautes Portes. Nous sommes tous face à des portes que l’on ouvre et ferme, bon gré mal gré, avec nostalgie ou résolution. L’une d’elle nous met face à une ombre, une dimension qui nous dépasse. Que l’on attend. Comme un signe, d’un homme, d’une femme, d’une amante, d’un mari offrant un amour si profond et particulier qu’il nous permettrait enfin de comprendre le monde et son ordre. Dont le jazz et l’esprit dont il vient, et les louanges qu’il procure. Rien, absolument rien à jeter. Un mot simplement sur l’objet qui joue dans une tonalité avoisinant le label Blue Note. Le jazz a donné l’occasion à des photographes de produire des images divines d’ombres et de lumière. Un si beau roman, avec une réalisation musicale de ce haut niveau  aurait mérité un travail de l’image avec de plus hauts signes de pixels.

Le jazz doit tout à ce genre de production courageuse. Le souci du public. La fusion majeure qui ressort de cet album aux douze titres sonnant comme des réflexions, miroirs de nos vies mises en pulsations rythmiques.

L’album au crible.

I lost my way

Le groove est imparable. S’il aime le piano, Olivier Hutman offre une rythmique de claviers Rythm n blues calibrés funky. D’entrée il résout le difficile équilibre entre la conception du titre et le lâcher prise. Titre dans l’esprit GRP (Dave Grusin production) avec des arrangements de cuivre portant la saveur des Crusaders sans la liquéfaction. Une prouesse. La puissance vocale de Denise King emporte le titre, sans performance de diva, mais avec une puissance dans les graves et les medium qui ne nous présente que le plaisir. Se greffe un chorus de piano pertinent, sans traits connus, signés musicalement dans la maitrise des aigus et d’une rythmique main gauche redoutable.

Le doublement de la voix de Denise King ainsi que les choeurs auxquels on n’est pas habitués dans les contre chants donnent, quite à le redire, une signature musicale de grande marque. De l’art d’envoyer une énergie pleine et dense en quintet. Fusion.

Don’t overact

La classe d’Olivier Hutman,  c’est une gestion de l’espace et du tempo, les forte sont de bon goût et font naitre un  art de la fugue improbable dans lequel le flow magique de la chanteuse n’est pas sans rappeler Al Jarreau. Les chorus instrumentaux ne sont jamais bavards. On retrouve cette main gauche au piano baignée d’Herbie Hancock. Les arrangements des cuivres sont variés permettant c des variations tonales à tomber. La fin avec le tutti contrebasse est magistrale.

Mellow mellow

Dans ce titre, la place laissée à la voix est unique. Une complicité exceptionnelle. Une puissance émerge qui dépasse la musique, toujours portée par cet art des accords dans les medium des claviers. Il y a par exemple dans le reggae une sorte de toucher « guépard » sur le bout du contre temps pas si facile à capter pour un clavier. On a le sentiment qu’Olivier Hutman a inventé un RnBjazztouch pour chanteuse de jazz.

Night vision

Contre basse et Fender Rhodes en mode syncope, groove identitaire du compositeur que l’on retrouve dans No tricks du précédent album. signature rythmique de hutan que l’on retrouve dans nos tricks. Un titre traité comme une chanson généreuse. Blues très original proche all blues avec des choeurs en dentelles. Une retenue légère. Un titre en finesse qui aurait pu être essentiellement vocal.  Entre le rythm n blues et la fanfare. Il y a des choix esthétiques intéressants, notamment les mise en avant des solistes très intéressantes et produites avec maestria. Choix multiples passionnants.

What do they say today

Une syncope sur deux accords. Tutti voix saxophone. Mon coup de cœur jazzistique . Une rythmique exceptionnelle aux drums et à la basse. Un festival d’harmonie et de relations instrumentales. Une perle noire venue du ciel.

The things we don’t want

Une ballade classique accompagnée avec une harmonie pudique. Du medium aux aigus sur la voix vibrante et grave. Remarquable  opposition entre les vibes de la voix et la légèreté de l’accompagnement.  On a le sentiment qu’Hutman interroge le piano en lui demandant de souligner par répétition certaines gimmick. On a cette émotion proche de Basie ou eroll garner où la voix serait un A-train lancé à pleine puissance avec des aigus sensuels comme rails. C’est pour moi la marque de ce duo.

On reste dans le jazz swing avec une signature musicale forte : l’équilibre et les contre -chants. Le mode chanson.

Can you do it ?

Denise King voyage dans les tonalités de Sarah Vaughan et Nina Simone. On sent que le maitre pose la mélodie comme un tapis où elle pourrait chanter les pieds nus, libre. Ce titre montre le souci du duo de jouer face à un public. On entend ce morceau avec sa scénographie.

Blame it on my youth

Un début en émotion et en retenu avec un chorus de piano magique. Hors du commun.

Give me  high sign

Cadeau Rythm n blues dans lequel on sent la joie habiter le quintet. La mise en place rythmique est  hyper travaillée sur une base rythmique gospell développée toujours dans la voix jazzistique. On a juste envie de passer de cette demande sentimentale à une demande lithurgique, ce qui musicalement devient la force du titre. L’amour de l’homme dans l’amour de d-ieu. Fun . Ca envoie

Save the children

Ce n’est pas le titre le plus connu de Gil Scott Heron. Introduction originale proche de Ron Cartere du VSOP d’Herbie Hancock. On sent Denise King  en communion totale avec le titre.  On sent une session parfaite pour les sets des festivals estivaux. Il y a de l’apétit pour l’oreille.Ici, l’idée force est,  sans plagier l’art du toucher révolutionnaire en deux accords mineurs de Gil Scott Heron d’arriver par une approche classique, à traduire l’intention ploitique du message de l’auteur. C’est éblouissant dans la progression du titre. La force du message nait et on sent la chanteuse s’élever vers le créateur du titre dans cette prosodie majestueuse, quasi réaliste. Un must

Daydream

Introduction d’une légèreté radieuse façon Bill Evans. Ce Duo piano voix signe l’album dans toute sa sensibilité comme la définition de l’harmonie.

Give me the high sign est une réussite totale, tant dans les choix et l’écriture, que les compositions et les arrangements. Pour la seconde fois, la rédaction donne le toutelaculture jazz à Denise King, Olivier Hutman, et leur littéraire ciment, Miss Viana Hutman.


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Aaron Zolty

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