Musique
David et Jonathas, William Christie oiseau de bon augure musical

David et Jonathas, William Christie oiseau de bon augure musical

18 janvier 2013 | PAR Bérénice Clerc

Après un succès au festival d’Aix en Provence, David et Jonathas de Marc-Antoine Charpentier  mis en scène par Andréas Homoki et dirigé par William Christie revient à l’Opéra comique du   14 janvier au 24 janvier 2013.

Salle comble, financiers puissants, de gros groupes et membres du protocole viennent célébrer, en ces temps sombres d’homophobie à la française, l’histoire d’amour entre David et Jonathas tirée des livres de Samuel dans la Bible.

William Christie réinvente la partition, puissants et passionnels, les Arts florissants méritent leur nom, quand les chanteurs, souvent talentueux et engagés peinent à trouver leur place dans une mise en scène sans réelle direction et au milieu d’un décor digne du simplisme à la suédoise en kit aux mouvements systématiques et répétitifs.

Créée en 1688 devant les élèves des jésuites de Louis-Le-Grand, la tragédie en musique de Marc-Antoine Charpentier se révèle une œuvre bouleversante, une vérité humaine plus profonde que son contexte religieux et sa mission morale. La guerre, le rapport au pouvoir, la vie ensemble, la peur de l’autre, l’Amour ambigu entre deux hommes. Israéliens, philistins en Palestine actuelle

Andrèas Homoki tente de rendre le drame de l’Ancien Testament intemporel, un Moyen-Orient d’aujourd’hui peut-être ? Divisé par des guerres fratricides entre va-t-en guerre assoiffés de combats et pacifistes soucieux de reconstruction, la violence est bien de toutes les époques.

Le décor, étriqué dans les murs du superbe Opéra Comique décline l’idée de la boîte, dans la boîte dans la boîte, dans la boîte, petite, moyenne, grande, double, triple mais hélas surtout trop systématique et répétitif dans un fracas quasi dérangeant au moment des fermetures de rideaux, très nombreuses hélas. Une imitation bois pique les yeux, les meubles en kit ne donnent même pas une illusion de modernité ou de réalisme poussé. Les costumes, un brin clichés sont tout de même efficaces.

Les chanteurs, volontaires, énergiques et dotés d’une très belle musicalité semblent faire de leur mieux malgré un manque de direction d’acteurs, trop souvent de dos, le chœur à grand renfort de bourrades,  tapes et jeux sur les tables donnent une image naïve, simpliste au réalisme hélas trop niais proche du patronage.  Infaillible vocalement, la direction de Christie est très juste, mais les voix somptueuses du chœur sont plaquées au sol par le décor au plafond trop proche.

David (Pascal Charbonneau) charme, touche, sa voix dépasse le décor et son émotion vibre loin. Si ce n’est par exigence vocale et encore un homme pourrait chanter ainsi, le choix d’Ana Quintans pour jouer Jonathas reste incompréhensible. Sa voix est belle, puissante, limpide, sensible, elle tente tout pour « singer » l’homme mais la beauté de cet amour, nommé dans le texte comme celui du Cantique des Cantiques pour parler de la relation Amant, Amante n’est-il pas cette possible union des cœurs, des corps et des vies de deux hommes ? Eut-il été si choquant pour un public d’opéra de voir deux hommes vibrer l’un pour l’autre et s’embrasser sur les lèvres ?

Un Homme travesti en femme eut été une interrogation scénique du genre, mais là il ne reste qu’un travestissement « opératique » tel celui de Chérubin, Sesto et les autres…

L’homosexualité possible entre David et Jonathas n’est à l’évidence pas le centre de l’histoire, mais le manque de traitement des personnages est à déplorer comme celui d’un travail d’acteur, d’articulation, de respect de la diction et de la poésie française.

Malgré tous ces points négatifs pour un opéra, William Christie, tel un Faucon royal accompagné par son orchestre colombe musicale, sauve le spectacle, il emporte tout sur son passage et rend cette œuvre de Chapentier, sensuelle, passionnelle et palpitante.

Le chef d’orchestre est en son royaume, sa direction imaginative, libérée, harmonique, fortifiée par l’expérience garde l’énergie d’un adolescent enthousiaste et expressif.

Tout y est, le baroque, la noirceur dramatique, la désolation affective. La rencontre de Saül avec la Pythonisse lui est l’un des sommets de la partition, celui où mise en scène, jeu, décors et costumes se rencontrent enfin. Inspirés par  Macbeth de Shakespeare, metteur en scène et chef d’orchestre se sont mis d’accord pour déplacer cette scène, du début de l’œuvre à son milieu. Initiative idéale pour recentrer la gravité du drame, la nourrit d’un sang neuf et surréaliste. Une dizaine de sosies déstabilisent, la créature surnaturelle de la pythonisse prend l’apparence anodine d’une femme d’intérieur, robe imprimée et tablier de cuisine. Inquiétante étrangeté du contre ténor, prouesse vocale jouée avec sobriété. Dans la fosse, la percussionniste Marie- Ange Petit fait tonner les longs vacarmes de Jupiter et les vents violents suivront pour annoncer à Saül l’abandon de Dieu et sa perte prochaine.

Amoureux de l’oeuvre, William Christie et les Arts Florissants frémissent, palpitent au gré des liens d’amour ou de haine des personnages. La prosodie enseignée par le chef est intégrée, son autorité respire le partage, ses gestes précis et ciselés telle la danse de l’aigle royal font voler la musique sans reconstitution désuète.

De la direction aux saluts, William Christie et son équipe transpirent l’humilité des artistes amoureux du son, heureux de jouer pour un public dont les mains claquent et les bravos fusent au gré des saluts.

Visuels (c) : Pascal Victor Artcomart

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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