Classique
Semyon Bychkov, le Czech Philharmonic, Gautier Capuçon sont les talentueux invités de la Philharmonie de Paris.

Semyon Bychkov, le Czech Philharmonic, Gautier Capuçon sont les talentueux invités de la Philharmonie de Paris.

19 octobre 2022 | PAR Jean-Marie Chamouard

Le 17 octobre 2022, à la Philharmonie de Paris, le Czech Philharmonic interprète sous la direction de Semyon Bychkov le 1er concerto pour violoncelle de Joseph Haydn et la 11ème symphonie de Dmitri Chostakovitch. Il jouera le 18 octobre la 7ème symphonie de Gustav Mahler.

Le Czech Philharmonic a été fondé en 1896. Il réside à Prague, au Rudolfinum. Anton Dovrak y créa ses propres œuvres et Gustav Mahler sa 7ème symphonie. Semyon Bychkov est né à St Peters bourg le 30 Novembre 1952. Formé au conservatoire de Leningrad, il quitte l’URSS en 1974 pour Vienne puis pour les USA. En 1980 il devient directeur de l’orchestre de Grand Rapids (Michigan) et débute une carrière internationale. Il dirige l’Orchestre de Paris entre 1989 et 1998 et le Czech Philharmonic depuis 2018. Il apparaît ce soir calme, posé et dynamique dans sa conduite de l’orchestre.

Une œuvre tendre et joyeuse

Un miracle survint en 1962 aux archives du musée national de Prague: la découverte, deux siècles après sa composition de la partition du concerto n°1, en do majeur de Joseph Haydn (1732-1809). Depuis cette œuvre deviendra un classique du répertoire pour violoncelle. Le concerto est interprété ce soir par le célèbre violoncelliste Gautier Capuçon.
Le premier mouvement «Modérato», débute par une longue introduction de l’orchestre. La musique est insouciante, joyeuse, puis l’entrée du violoncelle apporte profondeur et gravité .Le dialogue s’installe avec l’orchestre, dans une ambiance teintée de légèreté, de délicatesse avant une cadence qui laisse éclater la virtuosité et le talent de Gautier Capuçon.

L’adagio est très mélodieux, le violoncelle entre, comme sur la pointe des pieds, par une note tenue d’intensité croissante. Le chant du violoncelle se développe, très pur, très émouvant. Il émane de cette musique une grande tendresse, à peine voilée d’une touche de mélancolie. Une vivacité joyeuse caractérise le mouvement final: les cordes et le soliste sont entraînés dans un tourbillon joyeux, comme pris dans un mouvement perpétuel.
Gautier Capuçon nous offre un bis: un prélude de Dmitri Chostakovitch qu’il a transposé pour violoncelle. Cinq violoncelles jouent ensembles une mélodie… très romantique.

Le récit d’un drame

1957. Staline est mort depuis quatre ans, Dmitri Chostakovitch (1906-1975) est réhabilité. Il reçoit une «commande» pour le 40ème anniversaire de la révolution d’Octobre. Ce sera la 11ème symphonie dite «de l’année 1905». Elle relate le dimanche sanglant de janvier 1905 lorsque la garde impériale tira sur les manifestants pacifiques.
Nous sommes devant le Palais d’Hiver, à St-Petersbourg. L’atmosphère de l’adagio initial est froide, gelée comme l’indifférence du tsar au sort du peuple. Le jeu des cordes est glacé, comme figé dans l’hiver. Les motifs des timbales et des cuivres l’attestent: la menace est bien là. La foule approche, les sons de l’orchestre sont sourds et rapides. Une énergie incontrôlable, une colère se déchaînent en paroxysmes. L’orchestration de cet allegro est spectaculaire. La musique nous fait vivre le drame, pour cela le rôle des percussions est primordial. On entend la garde arriver, les rafales de la caisse claire rendent la fusillade palpable. Les percussions jouent seules, le massacre est inexorable, la musique devient chaotique témoignant de la panique de la foule. Puis tout se fige à nouveau, la musique est lugubre, comme la neige ensanglantée. Le 3ème mouvement a pour titre: «Mémoire éternelle». La mélodie portée en particulier par les violons est très belle.

C’est une prière émouvante, un hommage aux malheurs répétés du peuple russe. La musique devient plus ample plus majestueuse, les accents impétueux de l’orchestre évoquent un élan, un enthousiasme révolutionnaire. Tocsin, tel est le titre du dernier mouvement. Agitation, dissonances, retour des percussions, l’allegro non troppo est un moment de rupture exprimant la colère du peuple. Un magnifique solo de cor anglais interrompt l’agitation jusqu’à un nouveau paroxysme. La caisse claire sonne le tocsin: «le Tsar n’a pas entendu» … ce qui laisse présager la réitération de la violence

Ce fut un concert contrasté. Une symphonie épique a été précédée d’un concerto représentant le classicisme viennois. Une œuvre harmonieuse, lumineuse. L’orchestration de la 11ème symphonie de Chostakovitch est grandiose, inventive, surprenante. Les images naissent de la musique. Cette symphonie dédiée à toutes les victimes de toutes les tyrannies est très émouvante. L’acoustique de la salle Pierre Boulez et l’interprétation de Seymion Bychkov valorisent cette œuvre spectaculaire.

Visuel :©JMC

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Jean-Marie Chamouard

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