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Luxueuse intégrale des symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Vienne (3)

Luxueuse intégrale des symphonies de Beethoven par le Philharmonique de Vienne (3)

01 mars 2020 | PAR Gilles Charlassier

L’intégrale Beethoven par le Philharmonique sous la baguette d’Andris Nelsons, en tournée au Théâtre des Champs Elysées, se poursuit ce vendredi 28 février avec les Sixième et Septième Symphonies.

[rating=4]

Les oeuvres les plus connues du répertoire recèlent parfois certains risques, même pour les formations chez lesquelles celles-là coulent naturellement dans leurs veines. La contrainte de l’ordre chronologique choisie par Andris Nelsons et le Philharmonique de Vienne pour son intégrale des Symphonies de Beethoven réunit ainsi en une seule soirée deux des opus les plus jouées du corpus, la Pastorale et la Septième, même si leurs affinités se concentrent d’abord dans leur succession au catalogue.

Si le surnom de la Sixième Symphonie, en fa majeur opus 68, suggère d’emblée une évocation bucolique, la présente lecture privilégie l’atmosphère générale aux détails imitatifs. Sans céder à une densité trop pesante, la rondeur de la pâte orchestrale, soutenue par l’homogénéité des cordes, enveloppent l’auditeur dans l’Allegro ma non troppo initial. Si la fluidité du chant de l’Andante molto moto est parfois égayée de quelques babils ornithologiques, à la flûte ou à la clarinette, les eaux du ruisseau restent figées dans une placidité sereine. Le tableau musical, au pinceau soigné, relève plus des cartes postales de l’âge romantique que de l’émotion subjective ou de l’immersion dans les éléments à la Caspar Friedrich ou à la Turner. Les deux Allegro qui s’enchaînent ensuite ne manquent pas d’animation, sans sacrifier cependant l’équilibre de l’ensemble, et l’Allegretto final confirme cette prévalence de la texture symphonique.

Après l’entracte, la Septième Symphonie en la majeur opus 92, dont Wagner disait qu’elle était « l’apothéose de la danse », prend sous la baguette d’Andris Nelsons, comme pour la Troisième et la Cinquième, le parti d’une puissance et d’une plénitude sonore affirmées. Les premières mesures Poco sostenuto ne s’embarrassent guère ici de jouer avec la retenue rythmique, et ne servent qu’à se précipiter dans la jubilation du Vivace augural. Conduit avec un classicisme relatif mais efficace, l’Allegretto déploie son continuum de variations avec un appréciable sens de la forme et de la progression dramatique. La vitalité du Presto se fait parfois appuyée, mais est compensée par un contraste habile avec la modération du trio, tandis que le finale, Allegro con brio, que l’on aurait aimé entonné à la suite, sans la moindre pause, poursuit un triomphe presque écrasé par la vaillance irradiante des cuivres, qui ralentit plus qu’il ne propulse le mouvement. L’allant d’une partition ne se mesure pas à la seule aune du métronome. En somme, une Septième à l’image de la soirée : une affiche prestigieuse, qui peut, au-delà de l’excellence des interprètes, réserver quelques frustrations, sinon de relatives déceptions.

Intégrale des Symphonies de Beethoven, Orchestre Philharmonique de Vienne, Théâtre des Champs Elysées, concert du 28 février 2020

Visuel © CC

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