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[Live-Report] Simon Ghraichy au TCE

[Live-Report] Simon Ghraichy au TCE

07 mars 2017 | PAR Alice Aigrain

Simon Ghraichy est un phénomène. Pianiste classique qui a eu le droit à une campagne publicitaire grand format dans le métro, un article dans Vogue, le titre de « rockstar du piano » par Paris Match, il est pourtant un musicien qui doit encore faire ses preuves sur scène. Son premier grand concert parisien a eu lieu samedi 4 mars au Théâtre des Champs-Élysées, retour sur cette soirée qui sonnait comme un rite de passage.

Multiplier les héritages, élargir ses libertés

Simon Ghraichy est le genre de personnalité qu’une partie des auditeurs de la musique classique adore détester. Un peu trop pop et médiatique pour un monde qui aime l’entre soi d’un élitisme culturel qui clame le purisme comme ligne d’horizon. Il faut dire que le pianiste n’est pas franchement du genre à s’embêter du conformisme. Curieux aux goûts variés, qui fait de son multiculturalisme une force, il a su marquer les esprits par sa force de proposition. Classica ne s’était pas privé de faire une critique acerbe de son dernier album, en fustigeant sur son laisser-aller à une « ivresse facile de l’improvisation style bossa-nova » ou un jeu « chargé d’effets vulgaires ».  Le reste de la presse semble plutôt saluer, celui qui, par sa liberté, épate et fascine.

Avec ses deux albums, Simon Ghraichy prouve qu’il se balade avec une certaine désinvolture dans le monde sonore du piano. Il avait marqué la critique, avec son album Duels dans lequel il jouait Schumann et Liszt avec beaucoup d’engagement et de ressenti ; il avait surpris avec son album Héritages dans lequel il explore la multiplicité de ses inspirations musicales comme de ses origines, de Debussy à Arturo Marquez en passant par Isaac Albeniz. La prise de son rêche et sèche de l’enregistrement pourtant signé par le célèbre label Deutsche Grammophon laisse pourtant entendre toute l’implication et l’amusement du pianiste à jouer ce répertoire éclectique et novateur. Alors nous attendions de le voir en scène pour nous rendre compte de tout cela sans passer par les arrangements et les enregistrements. Quand le Théâtre des Champs-Elysées a annoncé un concert nommé « Liszt et les autres Amériques », l’attente était donc grande.

Grandes attentes et petites déceptions

Le pianiste français a des origines à la fois libanaises, mexicaines. Éminemment cosmopolite, le programme du concert se veut à son image, comme à celui de son parcours: du grand classique et du plus rare, de l’ici et de l’ailleurs, de l’avant et du maintenant. Un concert polymorphe et instable, comme l’inconstance de la qualité de la prestation. Si Simon Ghraichy a montré son aisance et son élégance sur ses enregistrements, il ne convainc pas autant sur scène. Le concert s’est ouvert avec la Danzón n°2  d’Arturo Marquez. Simon Ghraichy se lance donc sur une pièce qu’il chérit et qu’il connaît, puisqu’elle ouvre et ferme son dernier album – ce sera le cas pour le concert aussi. Le jeu est un peu sec, le toucher un peu abrupt. Ceci se confirmera dans la Sonate en si mineur de Franz Listz. Le manque de nuance et de rondeur perdurera la plupart des trente minutes de cette composition d’une grande difficulté d’interprétation, comme si la nécessaire sécheresse du début du premier mouvement était devenue un effet de style jusqu’à la fin. Pourtant la pièce – composée en 1853 et dédiée à Schumann – est connue pour ses contrastes forts, ses montées haletantes et ses descentes tonitruantes. Elle donne le vertige, passant d’arpèges ronds et langoureux à des instants d’une gravité tragique. L’engagement et l’implication doivent être totaux pour gérer cette œuvre intense qui recherche la noblesse et le Sublime. Sur scène on ne retrouve pas ces qualités pourtant si largement saluées lors de l’écoute du premier album de Simon Ghraichy. Il y a certes, un doigté précis et élégant, une rythmique infaillible, mais on ressent un certain attrait pour l’effet et le style, pour la démonstration virtuose qui finissent par se faire trop présents. Le pianiste prend le pas sur l’œuvre et sa sensibilité. La seconde partie est bien plus convaincante. Les morceaux s’enchaînent, reprenant bon nombre de compositions présentes dans son second album, on retrouve cette originalité suprême, tout en conservant une grande qualité technique. On découvre surtout une plus grande aisance. Les allegro sont toujours aussi virevoltants et la rythmique se libère et passe de la précision au ressenti, en témoigne cette incroyable chevelure qui danse de moins en moins timidement sur le crâne du pianiste. Le toucher est plus nuancé aussi. Son interprétation de La sérénade interrompue de Debussy est ovationnée, comme celle de Andaluza de Manuel de Falla, et celle d’Asturias- Leyenda  d’Albeniz. Le voyage en terres hispanophones se poursuit et le plaisir du pianiste de partager ce répertoire plus méconnu à un public intergénérationnel devient communicatif. Finalement, le concert se termine avec quelques invités, dont Emmanuel Curt et Florent Jodelet, percussionnistes de l’Orchestre National de France qui viennent accompagner une nouvelle interprétation de la Danzon n°2  de Marquez, cette fois retranscrite pour piano et percussions qui est particulièrement convaincante.

Photo ©S.Ghraichy -DR

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Alice Aigrain

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