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[Live Report] A la rencontre de Beethoven et du Philharmonique de St-Pétersbourg

[Live Report] A la rencontre de Beethoven et du Philharmonique de St-Pétersbourg

28 octobre 2013 | PAR Marie Boëda

Le Philharmonique de Saint-Pétersbourg était samedi 26 octobre au Théâtre des Champs-Elysées pour offrir une coloration fluide et grave de deux œuvres majeures de Ludwig van Beethoven : Le concerto n°5, « L’Empereur » et la Symphonie n°3, « L’Héroïque ». Avec une émotion que seule l’intensité musicale peut traduire, l’orchestre le plus ancien de Russie, dirigé par Youri Temirkanov a fait vibrer la salle dans un répertoire allemand qui ne manque pas de force.

Le concerto, à l’air si connu, qui devait clore le spectacle nous a finalement été interprété en premier, quelques déceptions dans la salle très vite dissipées. Avec sobriété et professionnalisme, l’orchestre s’installe pour mettre en lumière l’arrivée applaudie du chef Youri Temirkanov et du pianiste Nikolaï Lugansky.

Le virtuose russe au toucher franc et souple nous a transmis son jeu du dernier concerto de Beethoven, l’empereur des concertos. Dédié à l’Archiduc Rodolphe, le Concerto n°5 op.73 a été composé en 1809, peu de temps avant l’occupation française. Produisant un effet jubilatoire jusqu’à aujourd’hui, la richesse musicale de l’œuvre a été pleinement absorbée et transmise par l’orchestre. Les cordes harmonieuses et profondes subjuguent par leur intensité, il semble pourtant que les violonistes effleurent à peine leur instrument pendant que le pianiste s’efforce de ne pas tomber dans une démonstration technique en raison de l’exigence tout en force et en retenue requise. Des notes franches et sèches imputées à la partition tranchent avec la douceur de certains passages au piano ; effet qui pouvait parfois exacerber la technique irréprochable du pianiste aux dépens de l’émotion. Fort heureusement, la manipulation arachnéenne de Nikolaï Lugansky donne à ressentir, outre la force fantaisiste, la mélancolie et l’espoir si prégnant dans l’éclatante partition aux tonalités tendres et mystérieuses.

Plus du tout de piano mais un nombre de musiciens amplifié pour l’arrivée de la Symphonie n°3. Dédicacée tout d’abord à Bonaparte, « L’Héroïque » est finalement dédiée au « souvenir d’un grand homme » après que Napoléon fut sacré empereur. Censée au départ célébrer la victoire d’un homme sur la tyrannie, l’œuvre demeure néanmoins un tournant majeur dans les compositions de Beethoven. Des violons en grande pompe, un cor inattendu, une exigence qui ne laisse pas les musiciens au repos rendent à la Symphonie l’originalité de sa création. C’est moins une marche triomphale qu’une oraison funèbre célébrant un héros disparu. Tristesse et pureté d’expression sont de mise dans l’harmonie musicale produite par l’orchestre. La plainte des flûtes soutenues par la majesté des cordes évoque la souffrance et la rage d’une musique au rythme heurté, empreint de légères dissonances. Le ballet des archets et du chef d’orchestre embellit les notes d’un spectacle visuel bouleversant. Beethoven ne fait peut-être pas partie du répertoire habituel de l’orchestre russe mais la beauté de l’œuvre du compositeur ajoutée au savoir traditionnel et juste des musiciens laisse le souvenir d’un moment magique.

visuel : DR

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