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Le Festival de Saint-Riquier à la croisée des chemins musicaux

Le Festival de Saint-Riquier à la croisée des chemins musicaux

10 juillet 2019 | PAR Gilles Charlassier

Au cœur de la Baie de Somme, le Festival de Saint-Riquier ne se contente pas d’investir son Abbatiale, mais rayonne également dans l’ensemble de la région, dans une programmation placée sous le signe de la diversité et de la découverte. Le week-end du 6 juillet en témoigne.

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Le patrimoine ne se résume pas à un héritage à préserver. Dans la nécessaire dynamique d’entretien de témoignages de l’Histoire, il y a aussi une évidente ressource vitalité culturelle. Le festival de Saint-Riquier ne s’y est pas trompé. Après une série d’éditions associées à des résidences d’artistes, le Département de la Somme, et le directeur artistique, Frédéric Sannier, ont choisi de défendre une programmation diversifiée, rayonnant dans l’ensemble de la Baie de Somme.

Inscrite au menu des manifestations Lille 3000, Eldorado, placées sous le signe de l’Amérique latine, et plus particulièrement du Mexique, la journée du samedi 6 juillet, intitulée « Quoi de neuf Monsieur Sax ? », met à l’honneur un répertoire un peu négligé par la visibilité médiatique, les orchestres d’harmonie, alors même que la pratique irrigue généreusement les territoires. Dans ce domaine, la division administrative désormais appelée Haut-de-France compte parmi l’un des creusets les fertiles, mêlant amateurs et professionnels, avec un appréciable niveau de qualité, loin de la caricature de fanfares approximatives. Les concerts à Saint-Valéry-sur-Somme, en matinée, et Ailly-le-Haut-Clocher, en début d’après-midi, comme les aubades sur le parvis de l’abbaye, au sortir du conte musical autour de la légende du Machu Picchu – bel exemple de collaboration pédagogique avec les conservatoires intercommunaux de la région –, l’illustrent, dans une ambiance festive, autour d’alebrijes, sorte de monstres picaresques aux couleurs de l’exotisme latino et amérindien accueillant les lillois devant la gare des Flandres depuis le printemps. Dans la tiédeur du début de soirée, les musiciens de l’Orchestre d’harmonie de Roye, l’Orchestre Amadeus de Boves et l’harmonie de Villers-Bocage font vibrer les traditions mexicaines dans d’irrésistibles motifs cuivrés et ensoleillés.

A 21 heures, les effectifs de l’Orchestre Voltige et ceux de l’Orchestre d’Harmonie d’Epehy, offrent, dans la nef de l’abbatiale, une belle démonstration de la richesse du répertoire pour phalanges d’harmonie. Sous la baguette de Henri Brisse, les deux Fanfares liturgiques de Tomasi, Annonciation et Procession nocturne du Vendredi Saint, dévoilent une solennité homogène, presque cinématographique. Etourdissante de virtuosité, mais aussi de justesse stylistique, Dana Ciocarlie se joue des pièges rythmiques du Concerto pour piano et ensemble à vents de Stravinski, avant que l’orchestre n’entonne une transcription de la Habanera de Chabrier. Indifférente aux injonctions d’avant-garde, la commande passée à Thierry Deleruyelle, Eldorado, ne boude pas son plaisir des saveurs évocatrices et de la séduction mélodique, dans un crescendo habilement mené. Le compositeur prend le relais à la baguette pour les éclats d’Orient et Occident de Saint-Saëns, avant de laisser à la place à Gilles Czwazrtkovsky pour la Grande symphonie funèbre et triomphale de Berlioz, en consonance avec les célébrations du cent-cinquantième anniversaire de sa mort, où s’illustre la noble patine du trombone de Jean-Philippe Navrez.

Si le lendemain, les nébulosités et la fraîcheur sont de retour, la Baie de Somme n’en garde pas moins son charme, et c’est à la Gentilhommière du Cap Hornu, aux portes de Saint-Valéry-sur-Somme, classé comme l’un des plus beaux villages de France, que Roger Muraro offre un aperçu du vaste Catalogue des oiseaux, dans un cadre intime propice. Véritable invitation au voyage et à l »imaginaire, son concert commenté conjugue poésie et la pédagogie en une alchimie au diapason d’un album offrant un panorama pittoresque et ornithologique de la France, des Alpes à la Bretagne. Un bel exemple où la simplicité conviviale rencontre l’excellence artistique. Saint-Riquier choisit sa croisée des chemins.

Gilles Charlassier

Festival de Saint-Riquier, juillet 2019

© Festival de Saint-Riquier

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Gilles Charlassier

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