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Jonglage musical et visuel à Aujourd’hui musiques à Perpignan

Jonglage musical et visuel à Aujourd’hui musiques à Perpignan

23 novembre 2019 | PAR Gilles Charlassier

Depuis désormais presque trois décennies, le festival Aujourd’hui musiques à Perpignan célèbre la musique contemporaine à la croisée de la création visuelle et numérique, dans le Théâtre de l’Archipel inauguré en 2011. Le spectacle de jonglage Encore la vie, réunissant l’Ensemble TaCTuS et le Collectif Petit Travers, en témoigne le 19 novembre.

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Né en 1992 avec comme épicentre le Conservatoire de Perpignan, et essaimant alors un peu dans la ville, Aujourd’hui musiques s’appuie désormais sur les ressources du Théâtre de l’Archipel, inauguré en 2011, pour faire converger le public autour d’une programmation dépassant les clivages entre les genres. A l’écoute des recherches des compositeurs eux-mêmes, Jackie Surjus-Collet, la directrice du festival, a ainsi fait évoluer le rendez-vous musical roussillonnais vers un croisement avec la création visuelle et numérique, dans une immersion polymorphe transformant les outils technologiques qui façonnent notre contemporanéité en émotion et réflexion artistiques.

Sur une partition de Paul Changarnier, que celui-ci coordonne lui-même, Encore la vie, présenté le 19 novembre dans la grande salle du Grenat par les quatre percussions de l’Ensemble TaCTuS et les quatre jongleurs Collectif Petit Travers, illustre cette réinvention poétique des formats, pour le plus grand plaisir d’un public divers – si une séance scolaire a été donnée en matinée, les familles ne sont pas absentes d’une soirée, qui, commençant à 19 heures pour se terminer une heure plus tard, s’adapte aussi aux besoins des foyers. Dès les premières séquences, image et musique nouent d’étroits rapports rythmiques, faits d’imitations et de légers décalages qui façonnent progressivement un fil narratif autour des balles de jonglage et d’effets d’illusions. Le travail scénographique épuré de Nicolas Mathis et Thibault Thelleire, fait de quelques panneaux mobiles et habité par les lumières d’Alix Veillon, s’immobilise parfois dans des tableaux extatiques, à l’exemple de l’augurale onde de balles blanches qui s’évanouit dans la brume. Entre répétitions et apparitions fugaces, ces variations autour de la pulsation musicale et visuelle permutent les sens et les phrasés avec une décantation parfois aux confins de la magie. Le minimalisme du spectacle allège les repères du temps jusqu’à un flottement doucement hypnotique, sans s’interdire des touches d’humour qui font gazouiller certaines culottes courtes et sourire les plus grands.

Deux jours plus tôt, la commande Cosmophonies, ce qui vit en nous, passée à Cyril Hernandez par le festival, prend l’allure d’un seul en scène tapissé de projections visuelles conçues par Emmanuel Labard, modulant les focales d’un canevas navigant entre topographies et abstractions – l’imagination passe de coraux morts à un littoral marin ou encore une vue aérienne de métropole. Un peu hétéroclite, l’association entre la chorégraphie gestuelle et le couplage sonore et vidéo porte sans doute les stigmates de l’évacuation forcée des locaux de l’association Mains d’oeuvres de Saint-Ouen par la mairie et la préfecture de Saint-Denis, privant les artistes de leur matériel, séquestré dans les murs barricadés de ce qui était un creuset artistique donnant une autre impulsion à un territoire en difficulté. Devant la fragilité de la culture face aux tectoniques politiques, le Théâtre de l’Archipel et Aujourd’hui musiques constituent un foyer dont il faut préserver la flamme, celle du partage.

Gilles Charlassier

Festival Aujourd’hui musiques, Théâtre de l’Archipel, Perpignan, novembre 2019

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