Classique
Dusapin à l’heure de Soulages au Louvre

Dusapin à l’heure de Soulages au Louvre

12 janvier 2020 | PAR Gilles Charlassier

Dans le cadre de l’exposition Soulages au Louvre, l’Auditorium du musée programme un concert Dusapin que celui-ci a conçu comme un hommage au peintre français, avec la création des Piano Works n°2 et 3.

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Pour ne pas être nouveau, le croisement entre les arts fait désormais parti du cahier des charges des grandes institutions culturelles. Ainsi, l’exposition Soulages au Louvre trouve-t-elle un écho dans la programmation de l’Auditorium. En ce week-end de rentrée de janvier, la salle met à l’honneur une figure majeure de la musique contemporaine, Pascal Dusapin, qui a voulu rendre hommage au peintre centenaire, en lui dédiant deux créations, Piano Works n°2et3. Prenant la parole au début de cette soirée monographique, assurée par deux interprètes fidèles au musicien, le pianiste Nicolas Hodges et le violoncelliste Anssi Karttunen, le compositeur présente le choix des pièces, alternant chacun des deux instruments, avant une sonate les réunissant, et relate les circonstances de sa rencontre avec le maître du monochrome noir, par l’entremise de Pierre Encrevé, co-commissaire de la présente exposition, et récemment disparu.

Le concert s’ouvre avec la première des trois pages pianistiques, Piano works – Pièce n°1 Did it again, qui déploie une plasticité nourrie d’une indéniable dynamique. Iota – 50 notes en trois variations « sur un thème de Giuseppe Colombi » – For Magnus contraste par une belle maîtrise combinatoire, qui ne cède jamais à la sécheresse intellectuelle. Donné en création mondiale comme le deuxième volet des Piano works, Next piece, où s’entend un sens certain de l’articulation, Black letters, commande conjointe du Louvre et du Concours international de piano d’Orléans, affirme une vitalité foisonnante qui n’oublie des plages de cantilène, après l’ostinato virtuose de Invece qui explore magistralement les ressources du timbre du violoncelle, démonstration aussi chatoyante pour l’oreille que pour l’esprit : le spectaculaire n’a pas nécessairement besoin de moyens prolixes.

Les deux solistes se retrouvent pour une pièce plus vaste, en forme de sonate, Stackline, dont le titre fait référence, selon les mots même de l’auteur, à un exercice d’équilibrisme au-dessus du vide. Si le premier mouvement ondule sur un tempo mesuré, sinon contemplatif, le deuxième emprunte à la vivacité piquante du scherzo, dont il résume la vigueur et la légèreté, avec des accents et une pulsation qui empruntent délibérément au vocabulaire du jazz. Le finale inscrit une section centrale dense et nerveuse au cœur d’une déambulation sonore plus extatique, en une sorte de condensation formelle de l’oeuvre entière elle-même. Un bel exemple de synthèse entre exploration sonore et sens de la construction qui satisfera autant les experts que les plus novices : la fortune de Dusapin compositeur d’opéra peut aussi s’entendre dans le reste de son catalogue, et ce concert croisé ne le démentira pas.

Gilles Charlassier

Concert Dusapin, 10 janvier 2020, Auditorium, Musée du Louvre, Paris

©Patrizia Dietzi, de Durand

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