Chansons

Six pieds sous terre, excentricités paradisiaques grâce au SALÒ d’Olivier Py

Six pieds sous terre, excentricités paradisiaques grâce au SALÒ d’Olivier Py

10 avril 2017 | PAR Bérénice Clerc

Olivier Py n’est plus a présenter, son écriture, ses créations, ses mises en scène, ses directions de théâtres ou de festivals, son nom résonne au clocher de la gloire et des succès. Miss Knife, son double si c’était une travestie, sa diva homme et femme à la foi, parcourt les scènes du monde entier depuis plus de 20 ans sans jamais perdre son irrévérente ironie et ses griffes rougies par l’amour. Le SALÒ  lui donnait tout son corps pour trois soirs où le paradis et l’enfer donnèrent rendez-vous à sa ravissante beauté pour des nuits aux promesses multiples.

22h heures, est-ce là ou ailleurs, boulevard Montmartre au 142, les murs s’habillent de noir, rien d’ostentatoire, ceux qui savent sont là, les amis de la nuit, les chercheurs d’art même novices savent que les portes vont s’ouvrir. Un claquement de porte, un cordon de sécurité, une liste, le saint des saints peut pénétrer l’espace et descendre 6 pieds sous terre pour découvrir un paradis et rallumer son cœur. Ici, miracle d’une nuit parisienne, l’équipe a le sourire, les bonsoirs fusent dès l’entrée, des créatures à demi nues lancent des plumes et invitent à la jouissance totale. Brut, cru comme un espace à réinventer, le SALÒ se divise, certains au bar, d’autres prendront une table avec un canapé, la nuit a ses règles, les années passent, elles restent les mêmes, les looks changent pour nous donner une idée du temps qui passe. Sur le chemin, des vidéos, la voix d’Olivier Py, des images, un miroir pour se maquiller, le cabaret s’offre à qui veut le caresser. Une petite salle avec des tables et quelques chaises faisant face à la scène se remplit très vite. Le sol accueille les spectateurs, une foule dense debout attend la diva.

Étaient-ils là en 95 quand Miss Knife est née ? Ont-ils encore la voix de Mathieu Dalle et le son de sa contrebasse en tête comme un phare croisant les lumières musicales de Jean-Yves Rivaud ? Peut-être n’étaient-ils pas nés ? Peu importe, ici et maintenant Olivier Py va pratiquer la résurrection des chaires endormies par la vie et faire vibrer la salle entière au son des instruments éclatants de Julien Jolly, Olivier Bernard, Stéphane Leach et Sébastien Maire.

Le temps d’une intro pour souffler sur les braises et Olivier Py entre en scène, vénus en robe lamée, chapeau claque à la voilette perdue, talons hauts et voix toujours en place.

La musique est bonne, les textes saint d’esprit et la petite foule de spectateurs privilégiés survoltés. La chanteuse a vingt ans, quand on aime on a toujours vingt ans, Miss Knife notre folle à tous aime toujours, partout, à vingt ans rien n’est impossible alors la joie demeure. Rien ne saurait nous manquer, le règne de Miss Knife arrive, sa volonté est faite sur la scène et dans la salle.  Des éphèbes cherchent la femme en eux, dansent dans la salle, caressent les spectateurs de plumes et finissent sur scène avec Olivier Knife, Miss Py aigusée comme un rasoir tranchant sur le fil de ses morts pour une transe menée à la baguette par l’extatique batterie de Julien Jolly et les notes de ses camarades.

Où sommes-nous ? Qui est qui ? Six pieds sous terre est-ce un avant goût de l’enfer pour certains, un Sodome et Gomorrhe aux saveurs de paradis, une apocalypse maintenant cracheuse de joies, gicleuse de poésie, sensuelle violence avec sortie du corps garantie ?

Une pause, un temps porteur de réel puis Olivier revient rapidement rejoint par Jeanne Balibar vêtue de noir et de peau nue. Femme divine elle envoute la salle comme une chanteuse burlesque aux textes érotisées et danses lascives où le corps s’électrise le temps dans mouvement de mains. La voix, la musique, corps et âmes tout y est. Knife revient puis repart pour revenir encore cette fois accompagnée par Patachtouille. Interlope comme elles le sont toutes ce soir, combinaison de zentaï léopard avec tête, perruque et maquillage apparent, le baryton Patachtouille, étoile de chez Madame Arthur, fait hurler les spectateurs de sa voix et son corps sensuel perché sur de sublimes chaussures noires et blanches. Une chanson d’Ingrid Carven et la superbe Champagne d’Higelin pétillent et arrosent toute la salle de paillettes.

Même sous terre Olivier Py arrive à donner la vie, poussière étincelante Miss Knife habite le monde d’éclats, fantaisies, folies, musique et désespoir. La mort l’a frappé mille fois sans jamais atteindre son cœur. Elle souffle sur le notre et le fait renaître avec ses chants.

Si Miss Knife revient encore et encore, ici, partout, nulle part, ailleurs, suivez là ! Dans une cave, un bouge, un opéra ou un rade elle vous réanimera pour des siècles et des siècles et vous fera croire aux lendemains qui chantent. Py gracia !

Visuels : (c) : Bérénice Clerc.

 

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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