Chanson
L’interview stroboscopique : Radio Elvis

L’interview stroboscopique : Radio Elvis

19 septembre 2014 | PAR Bastien Stisi

Crépitements lumineux, rugissements scintillants, et coup de strobo sur Radio Elvis, sur le point de sortir un premier EP, Juste Avant la Ruée, usant de guitares mélodiques et de paroles crevassées au service d’un rock poétique qui le rapproche bien plus de Cantat ou de Bashung que du héros sixty et rock and roll qu’évoque sa nomination…On les retrouvera aussi le 27 septembre au Trianon à l’occasion de la finale Sosh aime les inRocKs lab.

Instrumentations anglo-saxonnes, textes en français, verbes aux jolies enjolivures…on parle déjà de « rock poétique » pour parler de Radio Elvis, de la même manière qu’on le fait actuellement pour vos congénères de Feu ! Chatterton, dont vous avez assuré la première partie au Point Ephémère il y a quelques jours. Le terme employé par le monde extérieur correspond-il à la démarche voulue par le monde intérieur ?

Radio Elvis : Il est vrai que notre musique se constitue autour des textes à partir desquels nous essayons ensuite de trouver une musique. La musique doit apporter le côté sensoriel au texte proposé et lui apporter un millier de dimensions supplémentaires. Pour ce qui est du « Rock Poétique », nos chansons prennent racine dans nos lectures et notre musique dans nos écrits. Si le « Monde Extérieur » pense que notre « Monde Intérieur » est poétique, alors nous en sommes heureux. Par ailleurs, il ne faut pas voir la poésie comme quelque chose de salonnard. La poésie est partout et tout le temps. C’est une manifestation de la beauté et la beauté est là où on veut qu’elle soit. Pour ce qui est de la musique, nous aimons les sons à l’anglaise tout en revendiquant un profond attachement à la chanson française. Nous chantons en français par nécessité et nos influences non pas de limites alors nous ne nous posons pas plus de questions que cela. Notre démarche est assez instinctive, pour ne pas dire naïve, et elle doit le rester.

Il y a le nom, déjà, et le rappel d’Elvis Presley. Il y a votre texte de présentation que l’on retrouve sur votre Blogspot, dans lequel vous citez London, Saint-Exupéry, le Marquis de Sade, Herzog, la scène rock mancunienne. Il y a le clip de « La Traversée » qui, et vous le revendiquez, est directement inspiré du « Lou Reed’s Screen Test » d’Andy Warhol. Est-il nécessaire de citer à ce point les idoles pour introduire (et légitimer ?) un projet nouveau ?

Radio Elvis : Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de citer les idoles pour introduire un projet. Il s’agit juste de dresser un univers, de montrer ce qui nous a habité et nous habite encore. Nous sommes tous empreints d’une culture qui nous est propre alors pourquoi ne pas en parler ? Jack London, Herzog et Saint-Exupéry sont nos voyages, les Marquis de Sade, comme Théo Hakola ou Noir Désir nous ont permis de chanter en français et le rock, de son côté, nous permet d’unir le tout et d’essayer un tant soit peu de se laisser dériver. Alors nous, nous avons besoin de parler de ça, de dire que nous n’arrivons pas de nulle part. En revanche, la référence trop évidente à Elvis dans notre nom groupe est en réalité bien plus le fruit du hasard et d’un cadavre exquis que d’un amour profond pour le King.

Si on ajoute des harmonicas, et une voix un peu plus cassée, on pourrait se croire parfois sur Juste Avant la Ruée dans Aux Sombres Héros de l’Amer, le premier album de Noir Désir. On retrouve aussi dans votre titre « Le Continent », la référence à Cantat et à « Tostaky (le Continent) ». L’obsession pour Noir Désir est-elle donc bien présente ?

Radio Elvis : Noir Désir est un groupe que nous avons écouté mais de là à parler d’obsession, non! Et puis un harmonica et une voix cassée, cela fait pas mal de choses à rajouter finalement ! Plus sérieusement, la démarche est assez similaire donc les références, bien qu’involontaires, peuvent apparaître ici et là. Concernant « Le Continent » il fallait lire « Le Continent (Aguirre, la colère de Dieu) »

Les voyages de Radio Elvis, qui parsèment ce premier EP, sont-ils issus du fantasme rêvassé ou de l’expérience concrète ?

Radio Elvis : Ils sont issus de l’expérience concrète de voyages intérieurs. La musique et l’écriture sont une recherche quasi mystique. Plus que du voyage, il est question de conquêtes dans cet EP. C’est un prisme à travers lequel j’arrive à exprimer sincèrement ce que j’ai en moi sans forcément l’expliquer. C’est la recherche perpétuelle d’un retour aux racines et d’un voyage dans le temps. C’est une vaine tentative de comprendre la beauté, de trouver l’apaisement dans la contemplation.

Entre « La Traversée » et « Le Continent », on se noie ou on nage pour s’en sortir ?

Radio Elvis : La réponse est dans « Goliath », on essaie juste de s’en sortir.

Second EP, signature dans une maison de disques, premier album complet…comment envisage-t-on la suite après la parution d’un premier EP qui a déjà commencé à pas mal faire parler de lui ?

Radio Elvis : On envisage la suite sur scène!

Je cherche des sons pour remplir mon iPod…quelque chose à me conseiller ?

Radio Elvis : Mac Demarco, « My Kind Of Woman » ; Money, « Letter To Yesterday » ; King Krule, « Easy Easy » ; Motorama, « Special Day » ; Mansfield Tya, « Logic Coco » ; Léonie Pernet, « Two Of Us » ; Frànçois and The Atlas Mountain, « Moitié ».

En concert au Trianon le samedi 27 septembre, dans le cadre de la finale Sosh aime les inRocKs lab, aux côtés de Beny Le Brownies, Camp Claude, Juliette Armanet, Feu! Chatterton & Cats on Trees.

Visuel : (c) pochette de Juste Avant la Ruée de Radio Evlis

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Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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