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[Chronique] « Stratégie de l’inespoir », Hubert-Félix Thiéfaine poétique et incandescent

[Chronique] « Stratégie de l’inespoir », Hubert-Félix Thiéfaine poétique et incandescent

06 décembre 2014 | PAR Jean-Christophe Mary

Né dans le sillon contestataire de la chanson française des années 70, aux cotés des Higelin, Renaud et Lavilliers, le Jurassien Hubert-Félix Thiéfaine a bâti en quarante ans de carrière une œuvre considérable. Chronique de son nouvel album, Stratégie de l’inespoir.

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Véritable artiste underground, faisant le plein partout où il se produit, il aura fait des millions de kilomètres sur les routes de France et de Navarre, rempli des dizaines de zéniths à Paris et en province et couronné par Bercy en 2000.

Tout ça sans le moindre soutien des grands médias. Après « Supplément de Mensonge » sorti en 2011, album folk sensible aux sonorités particulièrement étonnantes, Thiefaine revient sur le devant de la scène et s’impose un peu plus dans le paysage grand public grâce à l’excellence de ces nouvelles chansons. Dès l’ouverture du « En remontant le fleuve » au titre phare « Stratégie de l’inespoir» en passant par « Mytilène Island » « Resilience zéro », les mélodies pop font figure de soleil hivernal au milieu de la production grisâtre des artistes de la jeune génération.

D’abord il y a ce petit choc visuel sur la photo où l’artiste apparaît les yeux bandés, tel un condamné à mort, illustrant de façon évidente le titre phare de l’album. Et puis dès l’écoute, on retrouve avec délectation cette écriture poétique fiévreuse dans la lignée des Lautréamont, Rimbaud, Léo Ferré, ces musiques teintées de pop, blues et de rock’n’roll. Même si le personnage semble aujourd’hui plus apaisé, Thiéfaine reste Thiéfaine, avec cette mélancolie omni présente de bout en bout, marque de fabrique de l’artiste depuis les débuts. Partout dans ce disque flotte des atmosphères poétiques, aussi fiévreuses qu’incandescentes.

La voix et les chansons conservent elles aussi leurs atouts premiers : chaleur et avec de belles intonations théâtrales. La nouveauté viendrait plutôt de ces ouvertures vers la pop, de ces mélodies plus légères comme l’illustrent  » Toboggan ». Thiefaine est orfèvre de l’écriture, on le sait depuis longtemps, mais cela se sent particulièrement ici. Il est obsédé par la magie, la beauté, l’émotion que procure l’écoute d’une chanson.

Ce nouvel opus n’en manque pas. A cela plusieurs atouts : des titres élégants et racés, des compositions mâtinées de claviers, de cordes, de piano et guitares électriques alambiquées. Côté textes, les mots se fondent parfaitement aux mélodies avec une certaine pudeur qui caractérise l’univers écorché vif de l’artiste. Soulignons que « Angelus » est littéralement envoûtant avec cette mélodie obsédante, cette guitare ondulante qui vient en contrepoint. Avec des chansons à dominance electro pop et sa voix marquante, la pop splendide et envoûtante du dernier Thiefaine frappe désormais aux portes de la célibrité grand public.

Titres
1. En remontant le fleuve
2. Angelus
3. Fenêtre sur désert
4. Stratégie de l’inespoir
5. Karaganda
6. Mytilène Island
7. Resilience zéro
8. Lubies sentimentales
9. Amour désaffecté
10. Médiocratie
11. Retour à Celingrad
12. Toboggan
13. Père et fils

visuel : couverture de l’album

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Jean-Christophe Mary

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