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« Le Bourreau de Gaudí » d’Aro Sáinz de la Maza : il y a quelque chose de pourri au royaume de Catalogne

« Le Bourreau de Gaudí » d’Aro Sáinz de la Maza : il y a quelque chose de pourri au royaume de Catalogne

06 décembre 2014 | PAR Audrey Chaix

Juillet 2010. Dans une Barcelone brûlante, sur les dents à quelques jours de la venue du Pape pour la consécration de la Sagrada Familia, un meurtrier particulièrement sadique immole ses victimes par le feu en les suspendant à des bâtiments créés par le célèbre architecte Gaudí. L’affaire est si grave que l’inspecteur Malart est réintégré aux forces de police alors qu’il était sur la touche depuis le suicide de son neveu, qui a utilisé l’arme de service de son oncle. Flanqué de la sous-inspectrice Rebeca Mercader, Malart se lance à la poursuite du Bourreau de Gaudí avec hargne, dans les rues d’une capitale catalane bien loin des guides touristiques.

bourreaugaudi

C’est la première incursion d’Aro Sáinz de la Maza dans l’univers du roman policier, et espérons que ça ne soit pas la dernière : l’intrigue menée dans les presque 700 pages du Bourreau de Gaudí est conduite d’une main de maître, les ingrédients du roman policier tous distillés avec doigté. D’abord, il y a le tandem entre le flic bourru, menacé de suspension, et sa jeune coéquipière encore peu aguerrie aux pratiques du milieu, mais pleine de bonne volonté. Ensuite, il y a les crimes, spectaculaires, et qui prennent une dimension autre alors qu’ils convoquent le mystère de l’univers architectural de Gaudí ainsi que celui de la franc-maçonnerie. Ajoutez à cela une pincée de corruption dans les plus hautes sphères de l’intelligentsia barcelonaise, un zeste de pédophilie et un soupçon de journalisme véreux, vous verrez la sauce prendre sous vos yeux avides de connaître les nombreuses péripéties de l’histoire.

Outre l’enquête policière, suffisamment compliquée pour tenir en haleine, sans pour autant perdre le lecteur, c’est surtout l’image de Barcelone dépeinte dans ce roman qui le rend si particulier. Loin des clichés associés aux guides touristiques ou à L’Auberge espagnole de Klapisch, De La Maza fait de la ville la toile de fond d’un roman qui dénonce la désolation sociale d’une capitale qui a construit son image à coups d’expropriations et d’hypocrisie pour montrer un visage attrayant aux touristes, source inépuisable de revenus. Comme New York est souvent l’héroïne des romans policiers américains qui s’y passent, Barcelone est ici le personnage principal d’un roman qui déconstruit le mythe pour mieux montrer la réalité de la ville qui lui sert de décor. Une belle découverte.

Le Bourreau de Gaudí d’Aro Máinz de la Maza. Traduit de l’espagnol par Serge Mestre. Editions Actes Sud, Actes Noirs. Paru le 3 septembre 2014. 672 p. Prix : 23,80 €.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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