Musique

Bon Iver, une ascension au paradis

Bon Iver, une ascension au paradis

17 juin 2011 | PAR Moriane Morellec

Il est un voyage dans une contrée lointaine où la folk est expérimentale, où le sens des mots se fait mouvant, où la voix d’un homme atteint des proportions presque divine. Bienvenue dans le nouvel album de Bon Iver, simplement intitulé Bon Iver.

Bon Iver sort des sentiers battus en explorant les limites d’une folk expérimentale ainsi que la beauté et l’absurdité de la langue anglaise. Extrêmement imagée, chaque teinte musicale fait écho à des sensations, des impressions de déjà-vu, des lieux, des rencontres, où les volutes de notes fusionnent avec les effets sur-réels de la musique. Chaque titre de l’album modestement intitulé Bon Iver se place dans un espace temps – une ville, une ère géographique, un lieu – et contraste avec les textes et la musique qui contient un aspect éphémère.

L’album démarre sur la chanson « Perth », à la douce folk, les chœurs et les voix en marge du paradis contrastant avec la rythmique presque militaire des tambours. Dès les premières notes de ce titre, il est clair que Bon Iver s’inscrit dans la lignée de la nouvelle vague indie-folk à la Angus & Julia Stone, Patrick Watson ou encore The Tallest Man on Earth. La fin d’une chanson se mélange au début de la suivante, les transitions se font sans coupure.

Bon Iver, de son vrai nom Justin Vernon, a enregistré et composé son premier album For Emma, Forever Ago en 2007 après s’être isolé dans une cabane au milieu d’une forêt dans le Wisconsin, suite à une violente rupture. Le thème récurrent était la solitude, ressentie intégralement au fil de la musique épurée. Bon Iver, son nouvel album est moins épuré que son précédent opus, mais la folk de ses débuts n’est jamais loin et se retrouve dans « Michicant » – les fonds sonores se taisent et laissent placent à la guitare et la voix.

Le son du troisième album de Bon Iver semble beaucoup plus affirmé et un peu plus complexe. Bon Iver s’est amusé à l’expérimentation au niveau des sons, des voix, de l’utilisation des instruments. Aux premières notes plus « conventionnelles », Bon Iver s’amuse dans « Towers » à partir dans des cheminements musicaux peu explorés à travers ses lignes de basse ou la recherche de mélodies. « Holocene » explore aussi toute cette complexité musicale. Bon Iver, dans ce nouvel album, laisse une place essentielle au ressenti, crée des univers de douceur et d’onirisme au fil des titres. Quelques chansons offrent un rayon d’espoir dans une musique teintée de mélancolie, due à l’utilisation du piano dans les très belles « Hinnom, TX » et « Washington ». « Calgary » est une véritable gourmandise – la chanson possède une profondeur sublime et est en permanence sublimée par la voix et la présence du chanteur.

Bon Iver démontre toute sa palette vocale dans ce nouvel opus: des tonalités graves de « Minnesota, WI » il arrive à emmener les esprits dans les larges gammes de sa voix. Chaque chanson contient un fond sonore qui porte l’ensemble – une nappe synthétique, une flûte traversière, un riff régulier de guitare acoustique. Une impression complètement onirique se dégage de l’album, aux couleurs et teintes musicales presque pastorales – l’imaginaire ressent de larges étendues de forêts aux cimes enneigées ou des prés remplis de fleurs sauvages écloses. « Lisbon » est la seule chanson instrumentale de l’album et introduit un côté plus électronique de l’art de Bon Iver – des sons faisant écho aux fréquences digitales.

Le dernier titre de l’album de Bon Iver, « Beth/Rest » échappe à la règle des titres des chansons thématisées, étant ni un lieu, ni une ville. « Beth/Rest » est aussi à part musicalement – guitares électriques, synthés aux sonorités 80s et autotune – et clôt l’album. Un présage hypothétique de la direction musicale future du chanteur? L’album en tous cas est une véritable œuvre évolutive; plus elle s’écoute, plus elle s’imprègne dans la peau. Bon Iver est une expérience physique, émotionnelle et mentale.

Bon Iver sort le 21 juin (jour de la fête de la musique) et Bon Iver sera le 29 octobre prochain à la Grande Halle de la Villette dans le cadre du Pitchfork Music Festival Paris – concert déjà complet.

Visuels: (c) boniver.com

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Moriane Morellec

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