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Le préservatif dans les campagnes de prévention : un enjeu central

Le préservatif dans les campagnes de prévention : un enjeu central

30 novembre 2012 | PAR Bastien Stisi

Omniprésence visuelle absolue de notre quotidien, les campagnes de prévention jouent un rôle primordial dans la lutte médicale contre la profusion du V.I.H., ainsi que dans la prévention incitative à l’utilisation régulière du préservatif. L’évolution de ces campagnes, matraquées sur tous les supports depuis la fin des années 80, s’avère symptomatique de l’évolution des moeurs en France et du rapport de l’hexagone avec cet objet impudique, visqueux, d’une laideur affreusement repoussante…et viscéralement salvateur.

En juin 1981, le SIDA fait une entrée fracassante sur la scène internationale pour ne plus jamais la quitter. La toute première campagne de communication publique sur la maladie, preuve formelle de l’attentisme et de l’incertitude étatique sur le sujet, n’interviendra toutefois qu’au cœur du printemps 1987…Il est vrai que jusqu’alors, la loi interdisait formellement l’apparition de la capote dans toute sorte de campagne publicitaire ou informative. Le but de cette toute première campagne, pionnière d’une armée d’émules préventives, est aussi évident que limpide : renseigner le grand public, encore peu au fait du problème, sur les modes de transmission du Sida, et plus encore, sur l’objet qui permet d’endiguer le fléau pandémique : le préservatif. Lancée par le Comité Français d’Education pour la Santé (C.F.E.S.), cette campagne consiste en la diffusion d’un vidéo-clip et d’une série d’affiches qui reprennent une formule largement passée à la postérité depuis : « Le S.I.D.A., il ne passera pas par moi » / « Le S.I.D.A., il ne passera pas par nous ».

Le préservatif : un objet à normaliser

Rapidement toutefois, et malgré l’impact positif des spots de 1987, les pouvoirs publics sont confrontés à une évidence handicapante : aux yeux du profane, la capote est associée à la maladie et à la dangerosité. Émettre la volonté d’enfiler un préservatif, c’est sous-entendre un manque de confiance envers son partenaire, ou, pire encore, laisser penser que l’on peut être détenteur du V.I.H. A partir de 1988, dès lors, les campagnes de prévention dissocient la communication sur la maladie de la communication sur le préservatif, qui doit devenir un réflexe immédiat, inhérent à l’idée même de sexualité et d’amour, l’objet le plus banal et le plus évident du monde. Les comportements vis-à-vis de la maladie évoluent, les séropositifs cessent peu à peu d’être considérés comme des pestiférés en puissance, mais la bataille pour imposer dans les mœurs l’objet de la honte paraît bien loin d’être gagnée.

Ainsi, en 1993, la vaste campagne de communication « 3000 scénarios contre un virus » est lancée en France, et permet d’insister, de manière cinématographique, didactique et ludique, sur le caractère salvateur de cet objet. 31 scénarios proposés par de jeunes cinéastes en herbe sont sélectionnés parmi les quelque 4 000 idées proposées et seront finalement réalisés par des professionnels du métier. Jane Birkin, Philippe Lioret et même Cédric Klapisch, par l’intermédiaire de son célèbre court-métrage « Poisson Rouge », font partie de la belle aventure. Mises en scène des problématiques diverses liées à la prévention, la solidarité ou la vie avec le V.I.H., ces scénarios sont le reflet de la perception de la capote par la France des 90′.

Au début des années 2000, toutefois, les progrès esquissés à la fin du XXe siècle ne se sont pas pleinement confirmés. A l’aube du nouveau millénaire, ce n’est en effet pas le préservatif qui s’est normalisé dans l’esprit de chacun, mais bien l’existence du Sida, maladie dont on s’est accommodés et qui effraie moins que par le passé, composante presque naturelle d’une société toujours aussi pudique lorsque le problème est véritablement mis sur la table. Une fois encore, devant les résultats alarmant des sondages réalisés, l’Etat se charge de mettre en place une nouvelle vaste campagne de prévention, qui consiste en la diffusion de plusieurs spots TV, ainsi que d’un slogan répété à outrance dans 1 600 supermarchés de l’hexagone : « Achetons des préservatifs aussi simplement que n’importe quel autre produit ».

En 1984, seuls 15% des Français utilisaient le préservatif lors de leur premier rapport sexuel avec un nouveau partenaire. En 2005, ils sont, selon des chiffres publiés par l’agence KABP en 2010, plus de 85% à le faire. Les résultats de cette enquête, malgré tout, sont largement trompeurs, et bien peu révélateurs de l’état d’esprit hexagonal et de son rapport avec l’objet « préservatif ». Ainsi, si le ministère de la Santé ne desserre pas l’étau et affirme être toujours aussi communiquant sur le sujet, celui-ci n’est heureusement pas le seul acteur à proposer des campagnes de prévention invitant les amoureux, les libertins et les infidèles à porter la capote. La mairie de Paris, à titre d’exemple communique de manière persistante et pertinente sur le sujet depuis une dizaine d’années.

Paris et l’Île-de-France : une région touchée, des campagnes de comm’ éloquentes

Il est vrai que l’action, à Paris et en Île-de-France, s’avère particulièrement nécessaire : la région demeure, et de très loin, la zone la plus touchée par le VIH en métropole, avec 203 découvertes de séropositivité par million d’habitants contre 103 pour l’ensemble du territoire. Alors, depuis 2001, la municipalité parisienne a pris le taureau par les cornes et le préservatif par le capuchon, et organise de manière annuelle de vastes et médiatiques campagnes de prévention. Dans les premières années, ces campagnes municipales sont davantage axées sur la prévention, ainsi que sur l’usage de la capote. Aujourd’hui, c’est toutefois plus l’aspect du dépistage qui est mis en avant. Selon une étude publiée par l’Inpes (Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé) en 2010, 50 000 personnes seraient en effet atteinte du VIH sans en avoir aucunement conscience. Comiques, romantiques ou choquants tous les leviers sont successivement utilisés pour sensibiliser les Parisiens aux risques encourus suite à des amours vigoureux trop négligemment protégés.

En 2002, la série « Paris capotes », célébrée pour son esthétisme niché et pertinent, joue de manière didactique et ludique avec quelques quartiers emblématiques de la capitale : dans « le Marais », des capotes multicolores représentent les couleurs originelles du drapeau gay, pendant que le « Parc des Princes » voit trôner au milieu de sa pelouse verdoyante un objet phallique encapuchonné aux couleurs d’un ballon de football. A « Barbès », une capote s’habille des luisances de la célèbre enseigne foutraque Tati , alors que le « Jardin du Luxembourg » voit virevolter dans son éther bleuté deux capotes gonflées, référence aux ballons que les enfants traînent avec eux lorsqu’ils se baladent inconsciemment dans les allées du célèbre jardin…

Quatre années durant, la mairie de Paris fait confiance à la série « Paris protège l’amour », romantique et équivoque, et voit le retour en force du préservatif au cœur de la prévention sanitaire. De 2005 à 2008, dès lors, une capote géante s’incruste naturellement au sein des lieux les plus iconiques de la capitale : l’objet vient compléter gracieusement la Grande roue du Jardin des Tuileries ou l’horloge de la Gare de Lyon (2005), se fait lunaire dans un ciel surplombant la Tour Eiffel ou le pont de Grenelle (2006), ou fait office de coucher de Soleil salvateur au-dessus du canal Saint-Martin ou de la Gare du Nord (2007-2008).

Depuis trois ans, ces campagnes de prévention ont encore pris une tournure et une forme nouvelles, et la responsabilisation des jeunes face au préservatif est devenue un axe de bataille central.

Objet affreusement laid et honteux, la capote doit cesser d’être considérée aux yeux des plus jeunes comme un objet contraignant, symbole simpliste d’une certaine forme de moralisation professorale et insupportable administrée par les adultes, ces autres dont on peine à considérer les propos et les conseils lorsque fleurit l’âge des premières amours. Alors, un concours est organisé auprès des écoles d’arts de la Ville pour créer une campagne d’affichage estival. Deux affiches accouchent de la campagne de 2009 : « Le meilleur ami de l’homme » et « Le meilleur ami de la femme », œuvres explicites mettant en avant l’importance du préservatif et ses vertus protectrices.

Plus récemment, les Parisiens ont pu apercevoir au coeur de l’été un sympathique personnage phallique au sourire niais et accueillant, tout droit sorti d’une bande dessinée des années 70, qui invite les autochtones et les nombreux touristes à se protéger, le tout en cinq langues différentes. Légère et drôle, cette campagne est symbolique du virage entrepris par la mairie ces derniers mois, elle qui tente de marquer les esprits en élargissant le plus intelligemment possible les sourires de ses contemporains. De ces sourires, les Parisiens et tous les autres en ont encore bien besoin : en 2012, des dizaines de personnes meurent encore au France à cause du Sida…

Visuels (c) : mairie de Paris

La genèse des préservatifs dans la publicité
Pas de capote sur les planches des théâtres
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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