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L’Algérie, comment commémorer cinquante ans de liberté ?

L’Algérie, comment commémorer cinquante ans de liberté ?

01 novembre 2012 | PAR Charlotte Bonnasse

Les célébrations algériennes à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance ont-elle donné lieu à une nouvelle guerre des mémoires ? Les commémorations ont été l’occasion pour l’Algérie de revivre les moments forts de l’histoire d’une libération : à côté du sang et des oppressions, on a vu s’élever dans le ciel algérien les figures héroïques d’un passé que l’on veut pouvoir dire sien.

L’évènement national a été et reste encore le 5 juillet 1961 / 5 juillet 2012. En grande pompe, feu d’artifice et spectacles somptueux orchestrés par l’État qui n’a pas hésité à lâcher les cordons de la bourse pour l’occasion, ont envahi Alger. Il s’agit pour tous de remettre les pendules de l’histoire à l’heure, en se réappropriant les segments de son patrimoine culturel et la force de sa civilisation. L’Algérie regarde le passé, le plus loin possible, pour renouer avec ses racines : rénovation du patrimoine millénaire, colloques sur la contribution des algériens dans la littérature arabe ancienne, on retrempe ses mains dans les tréfonds du passé sans peur et sans tabous. « Le linge sale de la famille se lavera à ciel ouvert », c’est ce que semblent crier les commémorations en même temps que Rachid Boudjedra.  Sans oublier la culture populaire qui s’est emparée de l’évènement : aux déambulations en liesse dans les rues drapeaux flottant aux fenêtres, ont succédé les festivals de musique (bédouine et malouf, mais aussi sétifienne), et de théâtre populaire algérien (la Halka, théâtre populaire algérien sous la houlette de Kateb Yacine), parmi lesquels le grand Kateb Yacine a été salué plus d’une fois figure nationale, mais aussi Feraoun, Haddad Malek et tant d’autres.

Les commémorations se sont accompagnées d’un long travail de mémoire par le biais de nombreux supports artistiques : les Journées cinématographiques de Carthage ont donné une rétrospective des œuvres du cinéma algérien les plus marquantes (parmi lesquelles La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo, Chronique des années de braise de Lakhdar Hamina, La Montagne de Baya d’Azzedine Meddour…) et l’occasion de mettre à l’honneur le cinéma contemporain par huit court-métrages récents de jeunes réalisateurs algériens (dont Sophie Djama, qui a réalisé Mollement un samedi matin, voir notre interview). La sortie du film Zabana ! (premier indépendantiste algérien guillotiné) de Saïd Ould Khelifa a fait évènement dans la chronique du travail de mémoire, sans oublier la surabondance d’écrits sur la « guerre de libération nationale ».

L’idée phare de ces festivités est donc : le colonialisme a été une longue nuit, qui sommes-nous aujourd’hui ? Un regard qui s’interroge sans tabou sur ses racines pour mieux regarder vers l’avenir.

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Charlotte Bonnasse

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