Electro
DeLaurentis nous présente « Unica », sa petite sœur numérique qui donne son nom à son premier album (Interview)

DeLaurentis nous présente « Unica », sa petite sœur numérique qui donne son nom à son premier album (Interview)

28 octobre 2021 | PAR Anne-Christine Caro

Si son premier EP éponyme remonte à 2015, 2021 est l’année de son premier album. Accompagnée de ses fidèles machines en studio comme en live, DeLaurentis nous partage une électro ciselée nourrie de classique, de jazz, mais aussi de musiques de film.

On la rencontre juste avant son concert à la Boule Noire pour le MaMA Festival le 15 octobre 2021. Originaire de Toulouse, cette fan de Laurie Anderson incarne la relève où technologie et spiritualité se rencontrent pour nous offrir des moments suspendus d’immense beauté. Pas étonnant d’ailleurs qu’elle ait été invitée à prendre la parole pour un TedX consacré l’Art du Hasard.

On a adoré « Unica » son premier album, et même si on était déjà fan de sa musique, ce nouvel opus l’emmène à un autre stade et contient des pépites qui ont tout pour devenir des tubes. Dans cette interview on parle en vrac : de tech et de geekerie, de Spielberg, de yoga, de visualisation, mais aussi de l’Antarctique et de Pinocchio.

Toute la culture : Pouvez-vous raconter le concept de ton album Unica ?

C’est ma sœur numérique qui s’appelle Unica et c’est devenu le titre de l’album. C’est celle qui émane de mes machines. Je passe beaucoup de temps dans mon studio que j’appelle mon laboratoire, parce que je me vois comme un chercheuse qui explore…

D’ailleurs vous êtes en combi !

Oui je suis en tenue de travail, les mains dans le cambouis : je manipule les sonorités avec mes machines. C’est un travail très solitaire, j’adore ça ! J’ai commencé à me poser des questions car il y avait des hasards, pas toujours heureux d’ailleurs, des bugs avec les machines. J’ai fini par les accueillir et ça m’a amené vers de nouvelles idées, de nouvelles créations. C’est là que je me suis dit, ça ne vient pas de moi en fait, ça vient de la machine.

Elle vous parle ?!

Voilà ! Et j’ai fini par lui donner un nom, je l’ai baptisée Unica.

Pourquoi Unica ?

Parce qu’elle est unique. Ça vient d’un film de Spielberg que j’adore IA, où la maman du petit robot s’appelle Monica. Ce film fait un parallèle avec l’histoire de Pinocchio, ce rapport entre le créateur et la créature. Je me vois moi aussi comme une sorte de Gepetto.

Ça va plus loin car Unica, c’est vraiment une sœur numérique, un double, une version améliorée de moi-même. Une version machine qui a cette assurance que moi je n’ai pas, cette confiance. C’est l’algorithme imparable et parfait. Alors que moi je suis l’être humain, faillible, femme, qui n’a pas trop confiance en moi.

Mes machines, ce sont pour moi des piliers, des socles qui me rendent meilleure, plus forte et me permettent de faire des choses incroyables que je ne pensais même pas pouvoir faire. Ne serait-ce qu’être seule sur scène et jouer ma musique. Pas juste un piano-voix mais ma musique avec toutes ses orchestrations, tous ses arrangements. Car ça fait partie de la composition, mes titres ne sont pas juste un texte et une mélodie. Chaque instrument est un petit personnage qui fait partie du morceau, de ce scénario-là, et ils sont tous importants, j’ai besoin de les entendre et de les faire intervenir sur scène.

Avant vous aviez une autre formation pour votre live ?

J’ai beaucoup joué avec des musiciens, et souvent on était au moins 3-4 pour pouvoir arriver à reproduire ce que je faisais en studio. Ça c’était à Toulouse. Après je suis arrivée à Paris, et là ça s’est réduit, on n’était plus que deux. Un jour la personne avec qui je jouais me plante le matin même d’un concert. Et là je réalise que je ne suis pas capable de jouer ma propre musique sans lui. Ça a été un électrochoc. Je me suis dit qu’il fallait que ça change.

Vous n’avez pas joué cette date ?

En fait j’ai inventé un truc et j’ai appelé la salle. Je leur ai demandé de repousser de 4 mois et ils ont dit oui. C’était en janvier 2016. Ça a été le déclencheur. Je me suis dit, j’ai 4 mois pour apprendre à me servir du logiciel Abbleton et monter un set de 45 minutes en solo. Sauf que 4 mois pour faire ça, c’est pas beaucoup. Je me suis enfermée, j’ai joué, j’ai bossé jour et nuit et en avril 2016, j’ai fait mon premier concert solo.

Depuis je suis une vraie geek. J’apprends un truc nouveau tous les jours. Le Push, c’est ma première amie machine, et c’est grâce à cet instrument que j’ai pu faire mon premier concert seule. Quelque-chose s’est alors révélé et m’a portée. Le fait d’être seule, qu’il n’y ait que moi, mes machines et les gens, ça crée une intimité beaucoup plus intense que lorsqu’on est plusieurs sur scène.

Et cet apport des machines ça a servi ma musique aussi. Curieusement je n’ai pas tant de références de musique électronique. Je fais de la musique électronique parce que je la fais sur des machines, mais mes inspirations sont plutôt classiques, contemporaines, la musique de film aussi, le jazz et la pop. Il y a peut-être parfois un peu de maladresse dans ma manière de faire, autodidacte et intuitive. Mais justement, je me laisse porter par ces fameux accidents, ces bugs qu’on ne maîtrise pas.

En fait c’est récent l’arrivée des machines dans votre vie ?

Oui, parce qu’avant j’ai commencé par faire le conservatoire. Mon père est pianiste de jazz donc j’ai toujours eu un piano à la maison. J’ai grandi dans les clubs de jazz, j’ai beaucoup chanté des standards de jazz, toujours fait plus ou moins de la musique et toujours composé, surtout au piano. J’ai commencé à enregistrer ma propre musique, à l’époque avec le logiciel Cubase. J’avais des machines chez moi pour enregistrer, des synthés, des logiciels, mais les machines de scène c’est venu plus tard, vraiment en 2016 avec cette date annulée.

Avant d’entrer en scène, est-ce que vous avez un rituel ?

Je fais beaucoup de méditation, du yoga, de la respiration, j’ai plein de trucs. J’aime bien être seule. J’ai besoin d’au moins 30 minutes seule dans ma loge où je vais faire des postures de yoga, m’ancrer, faire des exercices de respiration pour être connectée avec le sol comme si j’étais un arbre avec des racines et vraiment m’aligner.

Parce que le truc c’est d’arriver sur scène et d’être vraiment à ce que je fais. C’est pas facile parce qu’il y a plein de choses extérieures qui vont me perturber, et moi mon travail c’est ça : arriver à être totalement habitée et dans l’instant. Tout ça c’est un travail en amont.

Je fais beaucoup de visualisation aussi. Le concert de ce soir, je l’ai déjà vécu plusieurs fois, du début à la fin de chaque note. Je fais des visualisations en temps réel. Les grands sportifs font ça. Apparemment quand le cerveau a déjà vécu quelque chose dans la visualisation il ne fait pas vraiment la différence avec le réel, pour lui il l’a déjà vécu. Donc il ne se met pas en état d’alerte de «oh c’est la première fois qu’on fait ça », il se dit « ok, c’est quelque chose que je connais ».

En plus ce soir, c’est la première fois que je joue à la Boule Noire, et je n’y suis même jamais allée en tant que public !

Quelle est la suite pour vous ?

Je suis déjà en train de mûrir le deuxième album dans ma tête, mais d’ici là il va y avoir des concerts. Avec Unica, j’aimerais beaucoup voyager, que cet album m’emmène à l’étranger. J’ai envie d’aller rencontrer d’autre publics. Voyager avec ma musique, ça c’est le rêve ! J’aimerais aller au Japon en particulier.

Pour composer la suite, il va falloir que je me pose, que je prenne le temps. Je sais que pour le prochain album je serai dans un endroit connecté à la nature, isolé totalement. Je ne sais pas encore où mais j’aimerais bien partir en résidence dans un autre pays.

J’ai été contactée par des croisières pour faire un voyage en Antarctique parce que je leur ai fait leur musique. Pour me récompenser ils m’ont proposé de m’inviter un mois sur le bateau. Je pense que je vais y aller avec mes samplers et enregistrer des choses.

Ça me fait penser à Thylacine, et à son album Transsiberian

Oui tout à fait et aussi évidemment à Vangelis et son album Antarctica qui est juste sublime. Je pourrais faire mon Antarctica aussi ! Je suis une grand fan de toute cette musique électronique très planante, cinématique, ambiante. Je pense à Molécule aussi qui était allé au Groenland. Tout ça c’est pour le printemps 2022 !

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ?

De voyager avec ma musique. J’aimerais raconter cette histoire d’Unica dans d’autres pays. C’est un langage universel, je chante en anglais, ça serait parfait. J’ai envie de me confronter à d’autres cultures et de m’en inspirer pour la suite.

Et pour finir, voici le clip de « Pegasus » une de nos tracks préférées de l’album Unica.

Visuels © Anne-Christine Caro
Unica album de DeLaurentis, 2021 © Capitaine Plouf / Jardin Bouge – Muses

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Anne-Christine Caro

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