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« Las Niñas » de Pilar Palomero : regard tendre et féminin sur la sortie de l’enfance

« Las Niñas » de Pilar Palomero : regard tendre et féminin sur la sortie de l’enfance

28 octobre 2021 | PAR Alice Martinot-Lagarde

Dans ce film déjà multi-récompensé, Pilar Palomero dépeint l’Espagne du début des années 90 entre modernité et poids du passé. Récit initiatique aussi délicat qu’éloquent, Las Niñas raconte la pré-adolescence avec une justesse infinie à travers le regard de la jeune Andrea Fandos qui s’illustre dans un premier rôle sublime. 

Pour son premier film en tant que scénariste et réalisatrice, Pilar Palomero se place à hauteur d’enfant pour raconter un âge de toutes les questions, où la candeur heurte une réalité que les adultes ne veulent pas toujours faire savoir. Sa caméra suit Celia, 11 ans. Nous sommes en 1992, elle vit avec sa mère à Saragosse et étudie dans un collège catholique réservé aux filles. De son quotidien corseté par l’éducation religieuse et les non-dits familiaux, elle va peu à peu s’ouvrir au monde en rencontrant Brisa, nouvelle élève de sa classe aux accents fougueux qui va l’aider à grandir. 

Ce que veut dire « grandir »

C’est d’abord l’histoire d’une amitié. Celle qui vous entraine dans ce que vous n’avez jamais osé tenter, qui complète des attentes et stimule des envies. L’arrivée de Brisa est un inévitable changement dans la vie de Celia, une nouveauté qui l’introduit en douceur vers la vie d’adulte. Mais le film porte son attention dans les détails, il faut surtout ne rien brusquer, au risque de tout gâcher. Le récit est d’une grande maitrise pour révéler les doutes, les rires et les peurs d’une fille de 11 ans et inonder l’écran de l’ambiance si spéciale de la sortie de l’enfance. Chaque petite chose parfaitement retranscrite bouleverse, la force est dans la retenue mais sans jamais oublier qu’on parle d’une vie qui se construit. La jeune Andrea Fandos porte tout cela dans son jeu avec générosité et tendresse, réussissant à dévoiler toute la profondeur de son personnage dans une grande simplicité. 

Un regard féminin puissant

Celia a grandi sans père, ni frères et sœurs. Ses repères sont toutes ces femmes qui l’entourent : sa mère, les bonnes sœurs, ses camarades. Le film se débarrasse d’ailleurs de toute présence masculine, rendant le regard féminin particulièrement criant et surtout, en dehors des schémas traditionnels où une figure patriarche serait nécessairement présente dans la structure familiale ou du moins sur le plan de l’éducation. La façon de raconter ces jeunes filles est ainsi fondamentalement moderne, affichant le poids de la religion sans pour autant porter un regard culpabilisant. Pilar Palomero ne cherche pas non plus à trouver des parallèles avec le présent et laisse place aux ressentis des jeunes filles qui tâtonnent dans la construction de leur propre individualité alors même que subsistent de lourds carcans. Le film semble ainsi parfaitement les comprendre et en cela confirme la très belle intention de départ. Délicat, juste et percutant, Las Niñas est une merveilleuse réussite. 

 

 

Las Niñas de Pilar Palomero, avec Andrea Fandos, Natalia de Molina, Zoe Arnao, Julia Serra. 1h30. En salles le 27 octobre 2021. 

 

Visuel : © Image du film

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