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Y revenir : Retour aux sources pour Dominique A

Y revenir : Retour aux sources pour Dominique A

25 avril 2012 | PAR La Rédaction

Dans Y revenir, un récit autobiographique, Dominique A(né) sonde les raisons de son attachement à Provins, sa ville natale qu’il a quittée sans regret à 15 ans. Pour ne plus avoir à y retourner.

Dominique Ané a longtemps cru que Provins était le bout du monde, « le seul possible, l’unique port au seuil d’une mer qui n’existait pas ». Percluse de son passé, encerclée par une plaine qui, loin de l’ouvrir sur d’autres perspectives plus avenantes, la maintient dans son isolement pesant et dans l’orgueil de son histoire, la ville n’a inspiré qu’un seul espoir à l’adolescent qui y est né: la fuir. Pourquoi donc Dominique A, l’adulte et l’artiste qu’il est devenu, et qui finit par quitter Provins pour Nantes avec le soulagement que l’on comprend, ressent-il si profondément le besoin d’y revenir? Dans Y revenir, précisément, le titre que porte son deuxième livre, l’artiste cherche, avec l’élégante mélancolie qui sied si bien à son écriture, à comprendre la force des liens qui l’unissent à la ville. « Régulièrement, j’éprouverai ce besoin de revisiter « mes bases », comme pour m’assurer de leur existence, de la mienne, de l’inanité de ma nostalgie. Mes retours seront toujours brefs, à peine une journée. Je partirai chaque fois sans regret, comme libéré d’une dette pour quelques années » écrit-il. Au cours de ces rares retours, le chanteur qui a sorti récemment son neuvième album (magnifique « Vers les lueurs ») revient donc sur son propre cheminement à travers le temps et les lieux. Il y revoit la Tour César et les remparts qui s’ouvrent sur la plaine, décor oppressant de carton-pâte; mais aussi la cabine téléphonique, où la mère allait appeler ses soeurs jusqu’à ce que le porte-monnaie soit vide, ou encore Vincent, le camarade de classe, avec qui le futur artiste découvre le new wave et le punk anglais, et qui défie l’adolescent fragile de sa trop grande assurance. Avec lui, on croise aussi le professeur de français, dont on s’aperçoit des années après, qu’il fut un vibrant critique de rock…
Dans ce livre, rédigé avec l’humilité et la prudence de celui qui sait l’inévitable imperfection d’un récit aussi autobiographique, on perçoit surtout ce sentiment de malaise lié à la cité médiévale et dont l’auteur peine à définir la cause: le conservatisme de ses habitants? son immuabilité? le fait d’y avoir été à jamais, sans racines familiales puisant dans son socle, un étranger? Dominique A aurait voulu pouvoir régler ses comptes avec Provins. « Bientôt j’écrirai tout/ Quand je saurai viser » a-t-il ainsi écrit à son sujet, dans une chanson intitulée Rue des Marais (L’Horizon, 2006). A l’occasion d’un concert dans la ville, l’enfant prodigue souhaitait pouvoir déverser contre elle toute sa rancoeur jusqu’ici retenue. En guise de réaction haineuse, il aura reçu, on s’en doute, un accueil aussi fervent que compréhensif. Et éprouvé, on le devine, la satisfaction de pouvoir se libérer de certains fantômes intimes un peu trop pesants.

« Si j’ai tant de mal à couper mes liens avec Provins, ça n’est probablement ni par fidélité à l’enfance, ni par besoin de déchiffrer le passé: c’est que la ville et moi nous comprenons bien, nous reflétons l’un l’autre. Nous sommes assortis, unis pour la vie par une même mélancolie âcre et agressive, un même goût de la poussière et du marécage, de ce qui recouvre et englue, chacun à l’abri derrière sa forteresse, guettant l’ennemi depuis les meurtrières, portant sur la plaine le même regard d’envie et d’inquiétude face à tout ce qui peut en surgir, toute nouveauté susceptible de bouleverser l’ordre des choses. »

Ariane Singer

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