Livres

Vingt pieds sous terre tu « père » encore

16 janvier 2009 | PAR Yaël Hirsch

Le biographe de Maurice Sachs écrit à son père après et malgré la mort de celui-ci. Un roman court, vivant, immédiat et touchant de franchise

Après la mort de son père, Henri Raczymow lui parle encore. Pour ressusciter leurs dialogues quotidiens, brefs, mais tellement nécessaires, au téléphone. Pour lui dire qu’il écrit ce livre et lui faire comprendre qu’il l’écrit comme il l’entend : c’est-à-dire comme une évocation puissante plus que comme un compte rendu fidèle de la vie de son géniteur.

Bien sûr le père d’Henri Raczymow est ce juif impressionnant, d’origine polonaise, qui a résisté à l’occupation allemande et survécu à la guerre. Mais son fils ne veut pas le décrire comme une figure écrasante. Loin d’être le père de la horde freudien, Etienne Raczymow est aussi un vieil homme malicieux, avec un corps. Ses radotages et ses heures passées aux toilettes à lire sont aussi présentes que ses idéaux sociaux et sa générosité filiale. Ecrit dans l’urgence, et comme nourri de la nécessité de prolonger un lien toujours trop brusquement rompu, ce petit roman a la force de ses maladresses, et le respect de ses impertinences.

En filigrane, on y découvre un autoportrait du fils, confronté au manque qui surgit brusquement, à tout moment de la journée, et à la difficulté de se voir soudain héritier financier d’un père communiste. Transformé en « nabab », Henri Raczymow peut se payer des déjeuners de Bourgeois Bohême pour continuer seul, au bord su canal St Martin les dialogues qu’il entretenait avec son père.

Difficiles, mais naturelles et dénuées du sentiment de culpabilité qu’on attendrait peut-être, ces conversations post-mortem ne font pas l’éloge d’un fantôme parmi les fantômes d’une famille décimée par la Shoah. Bien au contraire, elles sont ancrées physiologiquement dans un quotidien d’homme posé et lui-même vieillissant.

A mille lieues de la plombante « Lettre au père » de Kafka, « Te parler encore » est un entretien imaginaire et néanmoins terriblement vivant qui laisse même son droit de réponse au mort.

Henri Raczymow, « Te parler encore », Seuil, 13 euros.

« – Tu m’apporteras le livre quand on se reverra… C’est un livre sur quoi déjà ? – Je fais un livre sur toi, papa. – C’est vrai tu me l’as dit. J’oublie toujours ce qu’on me dit, de plus en plus, j’ai l’impression de me dégrader, d’aller vers… je ne sais pas quoi… Tu parles de ma Résistance ? De ma mère qui n’est pas revenue ? – Je vais forcément en parler, je ne sais pas encore comment. – Tu devrais écrire un vrai roman, au lieu de faire comme tu fais d’habitude… ce qui me manque le plus, tu ne me croiras pas, c’est la télé, c’était une bonne occpation, une agréable façon de… d’attendre la …- Mais si, je te comprends, papa, je te comprends parfaitement. Je te reçois cinq sur cinq. D’autant que moi aussi, comme toi… Comme beaucoup de gens finalement. » p. 25

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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