Livres

Un être vous manque au Japon

07 juillet 2010 | PAR Yaël Hirsch

Avec « Le cœur régulier », Olivier Adam (« Falaise », »A l’abri de rien« , « Je vais bien ne t’en fais pas »), signe encore une fois un chef d’œuvre de pudeur et de justesse. L’auteur entre par sa plume cinématographique dans la psyché d’une femme mûre que la mort de son frère remet entièrement en cause. Abandonnant sa vie bien rangée, elle part alors au Japon, dans le lieu où ce frère a passé les mois les plus apaisants de son existence. Un roman aussi bouleversant qu’étonnamment calme à découvrir dès le 19 août 2010 aux éditions de l’Olivier.

Sarah s’est construit une vie solide : un mari parfait, un travail de cadre moyen un peu ennuyeux mais dans lequel elle ne s’implique pas outre-mesure et deux enfants. Elle s’est un peu éloignée de son frère, le brillant et dépressif Nathan, qui lui, a préféré une vie de Bohême et le projet jamais achevé d’un grand roman. L’alcoolisme de Nathan et ses grands moments de descente aux enfers pesaient trop lourds et n’étaient pas tolérés par son mari. A la mort de celui-ci lors d’un accident de la route, Sarah est sûre qu’il s’est suicidé. Elle apprend la nouvelle alors qu’elle est en pénible voyage d’entreprise. Et se sent affreusement coupable. Incapable de verser une larme au début – au contraire de sa bien plus jeune sœur-, Sarah est persuadée que Nathan s’est suicidé et que la manière dont elle l’a tenu à distance a joué un rôle dans ce geste définitif. Elle a alors du mal a quitter sa chambre, et ressasse une culpabilité et une douleur que rien ne peut faire passer, surtout pas l’attention un peu vague de ses enfants devenus des adolescents distants, ou encore la patience irréprochable de son mari dubitatif. Elle décide alors de partir pour la Japon, avec les billets que Nathan avait réservés pour lui-même et la femme qui porte son enfant. La destination est un village japonais où Nathan avait retrouvé la paix avant de revenir affronter sa vie en France. Résidant d’abord dans une pension, Sarah rencontre l’homme qui s’est donné pour mission d’empêcher les suicides de ceux qui sautent des hautes falaises du lieu… En côtoyant les habitants de ce lieu, Sarah entreprend un pèlerinage par lequel elle espère mieux comprendre son frère. mais c’est peut-être elle-même qu’elle va trouver en chemin.

Olivier Adam a toujours le mot juste, qu’il s’agisse de décrire un paysage ou les sentiments mêlés d’une femme en deuil. Aussi apaisant que le petit village-refuge nippon qu’il met en scène, l’auteur tisse avec une maîtrise admirable une toile d’images et de métaphores qui plongent le lecteur au cœur des problématiques du personnage principal, sans jamais la brusquer ou la révéler complétement. Olivier Adam a toujours le mot simple. Et lorsqu’une injure ou une familiarité apparaît, elles ont l’élégance impeccable de la pudeur. Olivier Adam a toujours le verbe laconique, parce qu’il sait parler par images : en entrechoquant les mots, mais sans les abîmer, il créé tout un film autour d’une histoire simple, vraie, humaine. De livre en livre, l’auteur progresse toujours dans la voie rigoureuse qu’il s’est choisie, et « Le coeur régulier » vient encore ajouter une pierre étincelante dans ce jardin stylé qu’est son œuvre.

Olivier Adam, « Le coeur régulier », L’Olivier, 232 p., 18 euros. Sortie le 19 août 2010.

Toute la rentrée littéraire de L’Olivier, ici.

« J’ai défait ma combinaison, le soleil était suffisant à cette heure, j’ai fermé les yeux et je me suis laissée mordre. Quand je les ai rouverts, je n’ai pas regardé dans leur direction, leurs cris et leurs rires ne parvenaient plus à mon oreille, j’ai enfin vu le paysage, la lumière violente et la mer, compacte et nerveuse, le ciel acide et el tranchant des récifs au large. Ca m’a lavée de toute cette merde, pendant un bref instant je me suis sentie neuve et pacifiée, je portais en moi l’été parfait. », p. 49

La famille de la princesse Diana vend un tableau de Rubens
Paris Kiss Party ce soir…Embrassez qui vous voudrez!
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

2 thoughts on “Un être vous manque au Japon”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *