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Un été sans les hommes de Siri Hustvedt : Plaidoyer pour les femmes

Un été sans les hommes de Siri Hustvedt : Plaidoyer pour les femmes

23 mai 2011 | PAR Marie-Salome Peyronnel

Le dernier livre de Siri Hustdvedt nous plonge dans l’intimité de femmes : celle de la narratrice, une poétesse en proie à un violent chagrin d’amour mais aussi des femmes qu’elle côtoie. A travers les aventures de ces personnages et les considérations scientifiques ou intellectuelles de la narratrice, l’auteure signe un roman féminin et féministe.

Féminin, parce que c’est l’histoire de la reconstruction d’une femme plaquée (Mia) par son scientifique de mari (Boris) et ça se passe dans un gynécée géant (une bourgade du Minnesota). En effet, brisée par le départ de Boris qui s’est entiché d’une française de 20 ans plus jeune qu’elle, Mia perd pied. Après avoir été l’objet d’une crise de démence passagère et avoir séjourné en hôpital psychiatrique, elle va chercher refuge auprès de sa mère à la campagne. Dans cette petite ville paisible, elle se retrouve dans un univers exclusivement féminin. De sa psy qu’elle a au téléphone, jusqu’aux vieilles amies de sa mère en passant par ses sept jeunes élèves, elle n’est plus en contact direct avec aucun homme. Ce sont des hommes en creux, absent ou morts.
Outre, le décor dénué de testostérone, la tournure que prend l’histoire est d’une sensibilité et d’une humilité toute féminine. Pour cicatriser sa peine, Mia prend du recul et s’occupe des femmes et filles qui l’entourent. Elle prend le temps d’aller mieux. Cette période est l’occasion de revenir sur ses souvenirs d’enfance, d’éveil sexuel et d’épanouissement en tant que femme. Ces passages d’une lucidité remarquables sont d’ailleurs admirablement servis par des extraits de poèmes qui lui reviennent en mémoire.

Certes ces 216 pages règlent des comptes avec la gent masculine, puisque le seul homme qui fait partie du décor est un vieil obèse libidineux qui ne fait pas rêver. Mais le but n’est aucunement de dessiner un monde idéal sans hommes. Cet été sans les hommes interroge sur les différences entre les hommes et les femmes et sur ce qu’est la vie de couple. On peut également y voir une métaphore pour le giron maternel réconfortant dont a besoin Mia avant de renaitre.
Comme les broderies d’Abigail, (une des vieilles dames qui vit dans la même maison de retraite que la mère de Mia) qui cachent des scènes érotiques dans des paysages idylliques et enfantins, ce livre trompe par ses aspects sucrés et poétiques. Nous sommes invités à mieux lire. Derrière les comparaisons homme/femme et la belle histoire qu’est ce roman, cet ouvrage est profondément poignant et iconoclaste.

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Marie-Salome Peyronnel

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